Non, nos enfants et nos jeunes ne sont pas des «présumés délinquants»!

Un collectif d'acteurs de la société civile apporte son soutien aux familles d'Adam Soli et Fatih Karakuss, morts dans un accident de scooter alors qu'ils tentaient d'échapper à la police à Grenoble. Ils rappellent le droit de leurs enfants à être «dans l’espace public en sûreté» et de ne pas être traités en «indésirables».

Nous, acteurs de la société civile, soutenons dans leur peine les familles des victimes, Adam Soli et Fatih Karakuss, ainsi que tous les jeunes et habitants du quartier de Mistral, et de tous les autres quartiers dits « populaires » et « prioritaires », suite au drame qui a eu lieu samedi 2 mars 2019.

Ce drame n’est pas le premier. Mais nous ferons en sorte que l’inadmissible de se reproduise pas.

Nous rappelons à l’ensemble des institutions, préfecture et police nationale notamment, que nos jeunes ne sont pas des « présumés délinquants », que les délits ne sont pas des crimes et doivent être traités comme tels.

Nous rappelons que nos enfants ont le droit d’être dans l’espace public en sûreté. L’État et la Direction Départementale de la Sécurité Publique doivent garantir ce droit sur l’ensemble des territoires. Personne ne devrait être jugé indésirable dans l’espace public.

Nous rappelons que ce qui est présenté comme des émeutes « urbaines », le saccage des biens et des services, suivent toujours le décès de jeunes de ces quartiers et sont le fruit d’une colère non canalisée face à l’inimaginable. Les contrôles abusifs et leurs suites souvent dramatiques ont des impacts réels sur la vie des habitants : atteinte à l’intégrité physique et psychologique les habitants ainsi que des dommages sur les biens publics. Nous y voyons les conséquences dramatiques au plan symbolique et financier de l’impact des contrôles abusifs, qui sont de la responsabilité de l’Etat et de la Direction de la Sécurité Publique.

Nous rappelons que cinq des sept conseils citoyens indépendants de la ville de Grenoble, instances de démocratie locale créées sous cette forme en 2015, suite à la loi Vaillant du 27 février 2002, relative à la démocratie de proximité, pour travailler sur les problématiques des habitants et faire remonter auprès de tous les pouvoirs publics les préoccupations et les difficultés des citoyens, ont alerté le préfet, les présidents des différentes collectivités locales (Métro et Conseil départemental) sur les contrôles d’identité discriminants et récurrents sur le territoire de l’agglomération grenobloise depuis 2016.

Nous rappelons que, suite à la condamnation de l’Etat pour faute lourde en 2015 pour des contrôles abusifs et discriminants, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) a soumis des recommandations en 2016. Il est urgent que l’État s’y conforme et les mette en œuvre au niveau local et national.

Nous rappelons que l’ensemble des collectivités locales ont des responsabilités quant à la sécurité des mineurs et l’accès aux droits des habitants.

Nous souhaitons apporter tout notre soutien aux familles endeuillées et continuer à œuvrer afin de faire cesser les violences et les discriminations à l’encontre des habitants :

Nous rappelons qu’un numéro national a été mis en place afin d’apporter des renseignements sur les démarches à tenir en cas de contrôle, fouille et palpation qui leur semblerait abusif (06.83.60.58.27), et que ces contrôles abusifs sont bien souvent suivis de violences plus graves.

Nous rappelons que des associations sur le territoire, les conseils citoyens indépendants, le Défenseur des droits, des avocats, et des institutions locales peuvent être des relais pour faire valoir les droits des habitants et modifier les pratiques discriminatoires et violentes.

Nous invitons les institutions et administrations à faire cesser toutes les discriminations liées à l’apparence, à l’origine, aux types de résidence et d’habitat, au sein de leurs structures, et à développer l’accès au droit des habitants.

Nous appelons les autorités à renforcer toutes les démarches améliorant la reprise du dialogue qui est interrompu depuis longtemps entre la police et les habitants ; les politiques des pouvoirs publics ont toutes leurs responsabilités dans le fossé que nous voyons de plus en plus se creuser entre nos services de police et les citoyens et qui a des conséquences dramatiques.

Nous invitons enfin le Défenseur des droits à renforcer les moyens financiers et humains sur notre territoire sur les thématiques de la déontologie des professionnels de la sécurité afin de garantir à tous un égal accès au droit, et afin de lutter efficacement contre les discriminations.

Nous nous attacherons à suivre avec attention l'enquête dont nous attendons les conclusions afin que soient établies les circonstances et la Vérité.

Nous réitérons nos sincères condoléances pour les familles endeuillées.

 

Le 6 mars 2019, à Grenoble. 

Signataires :

Collectif C Nous;

L’Union de quartier de Mistral (Cohamis);

La Délégation régionale Rhône-Alpes de la Ligue des droits de l’homme La Ligue des droits de l’homme – section Grenoble Métropole;

Le Forum social des quartiers populaires;

Le Conseil consultatif des résidents étrangers de Grenoble;

Les Fleurs d’Aurore;

Horizons Femmes;

Pas Sans Nous

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.