Cadences infernales, sous-traitance, politique antisyndicale : lettre au PDG de l'entreprise de livraison DPD

Dans une lettre adressée au PDG de l'entreprise de livraison DPD, Boris Winkelmann,  24 eurodéputés de plusieurs groupes dénoncent « les conditions de travail des livreuses et des livreurs de l'entreprise, qui malgré les énormes bénéfices engrangés durant la crise, n'ont eu aucune participation à ces bénéfices, et dénoncent des heures supplémentaires non payées. »

« DPD élu meilleur service client de l’année 2021 dans la distribution de colis et de plis ». Voilà ce que l’on peut lire en arrivant sur le site internet de votre société de transport.

La pandémie a donné lieu à un développement exponentiel de vos activités. Face aux fermetures de magasins, aux mesures de couvre-feu et aux confinements, les citoyens européens ont pris l’habitude de faire appel aux services de livraison.

Les livreurs et livreuses, logisticien·nes, celles et ceux qui permettent la distribution de colis et de plis, ne semblent pas de l’avis que DPD puisse être « élu meilleur employeur » ou « élu meilleures conditions de travail 2021 ». Alors que vos bénéfices ont augmenté de 42% sur l’année 2020 les livreurs DPD sur qui repose l'accroissement de l'activité n’ont reçu aucune participation à ces bénéfices.

Dans toute l’Europe, depuis le début de la pandémie, leurs tournées sont comparables aux périodes de pics de Noël : 150 arrêts, 12 à 14h de livraison sans pause payées 8h. Ces heures supplémentaires, vous en avez connaissance grâce au scanner de surveillance que vous avez attaché à chacun des véhicules des livreurs. Pour autant, les heures supplémentaires ne sont que rarement payées. Par contre, chaque erreur commise par les livreurs et repérée par le scanner est sujette à des pénalités, des déductions de salaires.

À cela s’ajoutent des colis à porter seuls, dépassant 50 kg alors que la loi n’en autorise que la moitié. Des journées sans fin et sans pause, alors même que le temps de pause est obligatoire si on se réfère au droit du travail des pays dans lesquels vous opérez.

Ironie du sort : alors que tout le monde s’enfermait pour se protéger de la maladie, les livreurs qui permettaient à la majorité de la population de rester confinée étaient incités à venir travailler même s’ils sentaient les symptômes de la maladie se développer.

Sur l’année 2020, vous avez donc fait 11 millions d'euros de profits sur le dos d’une crise sanitaire. Et au lieu de reconnaitre celles et ceux qui sortent l’affronter en revalorisant leurs revenus vous continuez à promouvoir un système de paiement à la tâche pourtant illégal.

35% des bénéfices du groupe La Poste sont issus de l'activité de DPD. Un service public français participerait donc à sa destruction via un recours accru à la sous-traitance dans la livraison de colis via Geopost ? Leader (n°2 derrière DHL) sur le marché européen, vous proposez des prix plus bas que la concurrence, vous pratiquez une politique anti-concurrentielle et vous cassez toute sécurité pour les travailleurs de toute une branche qui se soumettent aux cadences infernales qui leur sont imposées pour survivre.

De tout cela, le syndicat Suisse UNIA vous en informe depuis des mois. Comme seule réponse, la direction de DPD Suisse qui continue de refuser de recevoir les représentants des travailleurs et de mettre en place des mesures de répression syndicale toujours plus virulentes.

Aujourd’hui les syndicats de plusieurs pays européens s’unissent aux côtés de l’UNIA pour demander le respect de l’accord cadre monde que Geopost/DPD Group a signé en 2017. Le droit syndical constitue un droit fondamental de l’OIT régi par la convention 87 et son respect au sein de Geopost est un engagement que vous avez réitéré dans l’accord que vous avez signé avec les organisations syndicales et leur fédération internationale UNI Global Union en 2017.

DPDgroup est principalement présent en Europe, en présence directe dans 23 pays au sein desquels nous sommes les élu·es. Nous, député·es européen·nes de ces pays, nous vous demandons de mettre un terme à cette politique antisyndicale et d’accepter la tenue de négociations avec les travailleurs organisés. Il s'agit de respecter les normes internationales du travail auxquelles vous êtes naturellement soumis.

Signataires :

Leïla Chaibi (La Gauche au Parlement européen, France)
Dennis Radtke (PPE, Allemagne)
Dietmar Köster (S&D, Allemagne)
Aurore Lalucq (S&D, France)
Kim Van Sparrentak (Verts-ALE, Pays-Bas)
François Alfonsi (Verts-ALE, France)
María Eugenia Rodríguez Palop (La Gauche au Parlement européen, Espagne)
José Gusmão (La Gauche au Parlement européen, Portugal)
Marisa Matias (La Gauche au Parlement européen, Portugal)
Ozlem Demirel (La Gauche au Parlement européen, Allemagne)
Sandra Pereira (La Gauche au Parlement européen, Portugal)
João Ferreira (La Gauche au Parlement européen, Portugal)
Nikolaj Villumsen (La Gauche au Parlement européen, Danemark)
Idoia Villanueva Ruiz (La Gauche au Parlement européen, Espagne)
Cornelia Ernst (La Gauche au Parlement européen, Allemagne)
Manuel Bompard (La Gauche au Parlement européen, France)
Diana Riba ( Verts-ALE, Espagne)
Kostas Arvanitis (La Gauche au Parlement européen, Grèce)
Emmanuel Maurel (La Gauche au Parlement européen, France)
Manon Aubry (La Gauche au Parlement européen, France)
Nora Mebarek (S&D, France)
David Cormand (Verts-ALE, France)
Ernst Urtasun (Verts-ALE, Espagne)
Katrin Langensiepen (Verts-ALE, Allemagne)

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