L'urgence de prendre le contrôle sur la finance et sur notre avenir

10 ans après la dernière crise financière internationale, «les promesses de régulation du secteur financier sont restées lettre morte» dénoncent de nombreux intellectuels et responsables associatifs. Ils appellent à se mobiliser et à manifester, du 8 au 15 septembre 2018, avec des mouvements sociaux et citoyens à travers le monde.

Le 15 septembre 2008 a constitué le point d'orgue de la dernière crise financière internationale, avec la chute de la banque d’affaires états-unienne Lehman Brothers. Dix ans après cet événement aux conséquences dramatiques pour des millions de citoyens, les promesses de régulation du secteur financier sont restées lettre morte.

En 2018, non seulement le système financier n’a pas été réformé, mais les racines de cette crise globale et systémique – sociales, écologiques, politiques – sont toujours au cœur du capitalisme financiarisé et mondialisé. Les inégalités se sont aggravées, les dérèglements climatiques et l'érosion de la biodiversité se sont accentués.

Alors que notre système économique est à bout de souffle, celui-ci est toujours aussi favorable à la finance, aux fonds d’investissement et aux banques. Les timides réformes décidées depuis dix ans n’ont pas réussi à ébranler sérieusement leur pouvoir. Sans compter qu’un nouveau cycle de dérégulation financière voit le jour en Europe avec la Commission Juncker et le Brexit. Aux États-Unis, Donald Trump détricote allègrement les réformes engagées sous la présidence précédente. Les leçons de la crise ont déjà été oubliées par ceux qui nous gouvernent. Le « greenwashing » et les discours du secteur de la finance sur les dérèglements climatiques ne doivent pas nous leurrer. Les catastrophes écologiques se multiplient tandis que s’annoncent de nouvelles catastrophes financières pour demain.

Des milliers de citoyennes et de citoyens sont exaspérés par cette situation dangereuse et source de profondes injustices, mais se sentent impuissants à en changer le cours. La confiance à l'égard des institutions financières et des banques n'a cessé de s'éroder. Et parce que la finance contemporaine est savamment rendue opaque et complexe, son fonctionnement et ses limites échappent au débat démocratique.  

Une mobilisation citoyenne pour stopper les dérèglements financiers et climatiques 

Les mesures prises par le gouvernement français et les autorités européennes pour encadrer les activités en matière d'évasion fiscale et d'investissement dans les énergies fossiles sont insuffisantes. La loi proposée par le gouvernement français contre les infractions fiscales se limite à la fraude, mais ne s’attaque pas à l’évasion fiscale. Le plan d’action de la Commission européenne pour la finance soutenable ne prévoit, quant à lui, aucune mesure contraignante pour stopper le financement des énergies fossiles. Chaque année les plus grandes banques continuent à ouvrir des dizaines de sociétés offshores dans les paradis fiscaux et investissent des milliards d'euros dans des projets d'énergies fossiles.  

Pourtant, de nombreuses mesures pourraient être adoptées afin de stopper les dérèglements de la finance et du climat : agrément bancaire accordé aux seules banques de détail, contrôle des banques et de leurs autorités de régulation par les parties prenantes – incluant leurs salariés et usagers – taxe sur les transactions financières, interdiction du trading à haute fréquence, approfondissement du reporting public sur l'activité des banques pour chaque filiale dans chaque pays afin de contrôler les recours abusifs aux paradis fiscaux, ou encore, l'arrêt des subventions et des investissements aux énergies fossiles. 

Les mouvements sociaux et citoyens ont un rôle décisif à jouer pour mettre fin à l’irresponsabilité des autorités politiques et à l'impunité des acteurs financiers. Des mobilisations et des actions seront organisées, pour marquer les 10 ans la crise, avec un objectif clair : prendre le contrôle sur la finance et sur notre avenir (1). 

Du 8 au 15 septembre 2018, ces mouvements organiseront à travers le monde des actions d'interpellation et de sensibilisation. En France, nos organisations prendront pleinement part à ces initiatives au travers de formes multiples, de la mobilisation citoyenne à la désobéissance civile en passant par la promotion de réformes justes. Des actions se préparent pour scander devant les banques et les institutions concernées : « financer les dérèglements climatiques, organiser l'évasion fiscale et la spéculation : #PasAvecNotreArgent ! »

(1) Prenons le contrôle de la finance, Attac, LLL, 2018 ; La Finance Aux Citoyens, Secours Catholique, 2018, lafinanceauxcitoyens.org

 

Signatures :

Levent  Acar, cofondateur d'i-boycott ;

Dereje Alemayehu et Marie Antonelle Joubert, Global Alliance for Tax Justice ;

Sissoko Anzoumane, porte-parole de la CISPM (coalition internationale des sans-papiers et migrants) ;

Mohammed Bazza, président du Réseau IDD (Immigration Développement Démocratie) ;

Frédéric Bordage, Greenit.fr ;

Pauline Boyer, Alternatiba ;

Manuel Cervera-Marzal, sociologue ;

Anne Chassaing et Daniel Beauchêne, co-présidents de la fédération Artisans du Monde ;

Jeremie Chomette, directeur général de la Fondation France Libertés ;

Gabriel Colletis, économiste, Président de l'Association du "Manifeste pour l'Industrie" ;

Florent Compain, président des Amis de la Terre France ;

Sandra Cossart, directrice de Sherpa ;

Chantal Cutajaar, présidente OCTFI ;

Clémence Dubois et Victoire Guillonneau, 350.org ;

Olivier Dubuquoy, ZEA ;

Stephane Enjalran, secrétaire national de l'union syndicale Solidaires ;

Txetx Etcheverry, Bizi ! ;

Benoit Faucheux, délégué général du CCFD-Terre Solidaire ;

Franck Gaudichaud et Fabien Cohen, France Amérique Latine ;

Jacques Généreux, économiste Sciences-Po Paris ;

Bernadette Groison, secrétaire générale de la Fédération Syndicale Unitaire  (FSU) ;

Jon Palais, ANV-COP21 ;

Khaled Gaiji, Résistance à l'Agression Publicitaire ;

Kevin Jean, président de Sciences Citoyennes ;

Benoit Lallemand, secrétaire général de Finance Watch ;

Loïs Mallet, président du REFEDD ;

Jean-Louis Marolleau, secrétaire exécutif Réseau Foi et Justice Afrique Europe ;

Lorna McCallum, Initiatives pour un autre monde ;

Jean-Clair Michel, président de la Maison des Citoyens du Monde ;

Grégoire Niaudet, Secours Catholique ;

Julien Noé, président du Collectif pour une Transition Citoyenne ;

Claire Nouvian, présidente BLOOM ;

Laure Pascarel, Mouvement Utopia ;

Birthe Pedersen, présidente d’ActionAid France – Peuples Solidaires ;

Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne ;

Michel et Monique Pinçon-Charlot, sociologues ;

Dominique Plihon, Raphaël Pradeau et Aurélie Trouvé, porte-parole d'Attac France ;

Alexandre Poidatz, Oxfam France ;

Emmanuel Poilane, président du CRID ;

Thomas Porcher, économiste ;

Annie Pourre, No Vox International ;

Vincent Pradier, délégué général d'Etudiants et Développement ;

Lison Rehbinder, coordinatrice de la Plateforme Paradis Fiscaux et Judiciaires ;

Bernard Salamand, délégué général du réseau Ritimo...

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