Peuple comorien : face aux forces conservatrices, défendons nos droits !

L'Union des Comores a glissé rapidement dans une dictature dont les victimes s'égrènent de la dizaine à la centaine. Un ensemble de personnalités comoriennes appellent leur peuple à « se lever pour défendre ses droits ». Le combat doit « être mené partout. Mais sa concrétisation ne peut se faire que sur place. Partout sur le territoire, chaque citoyen conscient a vocation à désobéir et à crier sa colère de quelque façon que cela puisse être. »

Au Peuple comorien,
À l’Union africaine,
À la Communauté internationale

L’Union des Comores traverse depuis quelques années une profonde crise politique, sociale, et économique, sans précédent. L’arrivée au pouvoir en 2016 du militaire et ancien putschiste Assoumani Azali a mis fin à plus d’une décennie de relative stabilité politique durant laquelle le processus démocratique par les urnes se déroulait sans incident majeur. Élu dans des conditions difficiles, suite à une élection historique à trois tours, le colonel Assoumani Azali a glissé rapidement dans une dictature dont les victimes s'égrènent de la dizaine à la centaine.

D’abord, ce sont des opposants politiques de premier calibre. Un ancien président est enfermé depuis le 19 mai 2018 dans sa résidence privée, laquelle a été transformée en prison annexe par un arrêté du ministre de la Justice en août 2018. De même pour l’ancien gouverneur d’Anjouan et un ancien vice-président. Le premier est placé en détention dans une résidence privée depuis le 21 octobre 2018 et le second est en résidence surveillée depuis octobre 2018. Aucune de ces trois personnalités politiques n’a été jugée à ce jour.

Ensuite, ce sont les journalistes (Abdallah Abdou Hassane Alia Agoi, Massoundi Ali), les citoyens et les activistes luttant pour un État de droit qui en pâtissent le plus en matière de restriction et privation de libertés individuelles et collectives. À la moindre critique sur la mauvaise gouvernance, ils sont arrêtés, torturés et emprisonnés. Les rapports de RSF sur la liberté de la presse aux Comores (depuis 2016) et celui de l'ONU sur les tortures et traitements inhumains et dégradants (2020) sont accablants.

Enfin, les institutions du pays sont piétinées et rendues obsolètes. La cour constitutionnelle est la première à avoir été supprimée par décret présidentiel le 12 avril 2018 pour permettre une série de dérives sur le plan judiciaire.

Aveuglé par le pouvoir et sa détermination à régner en maître absolu, le colonel Azali a modifié la constitution à travers un referendum au cours duquel les observateurs et les journalistes ont témoigné sur les bourrages d’urnesen 2018, referendum suivi d’une élection présidentielle dont le processus a été interrompu et suite à laquelle les bulletins n’ont même pas été comptésen mars 2019. Deux militaires et un civil ont été tués dans un camp militaire quelques jours après cette élection.

Dès mars 2019, la diaspora des Comores dont la majorité réside en France manifeste chaque semaine contre le gouvernement illégitime et dictatorial du colonel putschiste. Elle se bat au nom d’un peuple qui est privé de tout droit de manifestation. Puisque ceux sur place ne le peuvent pas (répression de tout rassemblement), cette diaspora a pris le relais.

Les droits les plus fondamentaux et les libertés individuelles notamment la liberté d’expression et celle de manifester, lesquelles sont garanties par la constitution des Comores sont ignorés et bafoués par le régime autoritaire actuel.

C’est pour toutes ces raisons que les citoyens que nous sommes, ne pouvons pas nous taire et ainsi nous rendre complices de la dégradation des valeurs universelles qui nous sont si chères. Nous emboîtons ici le pas à certains de nos compatriotes de la diaspora qui ont décidé de se rendre aux Comores pour organiser une marche pacifique afin de crier le droit du peuple à s’exprimer, se nourrir, se vêtir, se soigner et s’éduquer. Or, ces compatriotes de l’association Mabedja répondant aux noms de Farhane Attoumani et Chamoune Soudjay ont été kidnappés par un peloton de la gendarmerieet inculpés entre autres pour « terrorisme »depuis le 26 août 2021 pour avoir émis l'idée et exercé la volonté de manifester « pacifiquement ». Nous crions ici à travers ces mots notre soutien le plus total à ces compatriotes animés par l’espoir de voir notre pays enfin sortir de l’ornière.

Des dizaines de prisonniers politiques croupissent dans les prisons des Comores. Plusieurs opposants politiques sont en exil. Nous interpellons ici la Communauté internationale, l'Union africaine ainsi que la France dont certains parmi nous sont aussi citoyens pour qu’elles se ressaisissent et s’honorent en dénonçant fermement la répression aveugle qui s’abat sur le peuple comorien en ce moment. Nous appelons toutes les diasporas comoriennes à se mobiliser de la façon la plus citoyenne pour défendre leurs libertés.

Aussi, nous appelons le peuple comorien à se lever pour défendre ses droits. Ce combat doit être mené partout. Mais sa concrétisation ne peut se faire que sur place. Partout sur le territoire, chaque citoyen conscient a vocation à désobéir et à crier sa colère de quelque façon que cela puisse être. Rendons la monnaie de leur pièce à ces jeunes conscients qui ont sacrifié travail, famille et confort pour se joindre au peuple sur place dans cette lutte.

La paix a toujours été notre richesse : mais sans justice, point de paix. La paix véritable, c’est surtout l’équité, la dignité, l’égalité, et l’espoir. Tout ce dont le Comorien est privé aujourd’hui.

Nous invitons notre peuple à intégrer que nous sommes à un tournant de notre histoire. Peuple comorien, ne laissons pas les forces conservatrices nous détourner des vrais enjeux au point de disqualifier des militants pour une coiffure ou un bout de tissu qui ne conviendraient pas aux normes traditionnelles. La courbe des priorités pour tous doit changer. D’abord, martelons l’essentiel avant la tradition : s’exprimer librement, se nourrir, se vêtir, se soigner et s’éduquer. Soutenons les Mabedja pour le message qu’ils véhiculent et battons-nous pour une paix véritable. Celle qui héberge l’équité, la justice et l’espoir pour tous les citoyens.

Signataires : 

  • Mze Ahmadou : Ingénieur informatique
  • Mladjao Abdoulanlym : Ecrivain
  • Abdourahim Abdallah : Educateur spécialisé, Elu ville de Brétigny
  • Ousseine Youssoufa : Docteur en santé publique/Epidémiologiste
  • Abdallah Ahmed : Cadre bancaire
  • Nolatamon Sakina : Médecin
  • Ahmad Abdoul-malik : Docteur en sociologie/Enseignant-chercheur
  • Akim Al-mouksit : Docteur en économie/Enseignant-chercheur
  • Djaé Tanalou : Docteur en géosciences de l'environnement
  • Mbaé Nourdine : Enseignant de français
  • Mirali Omar : Docteur d’histoire/Enseignant
  • Achiraffi Ghalil : Entrepreneur
  • Ibrahim Mahafidheddine : Juriste/Ecrivain
  • Mohamed Ben Ali Abdourahmane : Juriste
  • Youssouf Idjabou Salim : Enseignant de philosophie
  • Nassur Dini : Ecrivain
  • Ibrahim Fateheddine : Educateur spécialisé
  • Ibrahime Mahmoud : Docteur d'histoire (Paris 7) / Enseignant
  • Said Nafhata : Infirmière, membre association petits anges
  • Moutuou Elkaïoum : Docteur en mathématiques/ Enseignant-chercheur
  • Ali Fardi : Conseiller en insertion professionnelle
  • Ali Said Allaouia : Préparatrice en pharmacie
  • Simati Marie : Directrice d’une association de Médiation sociale, Elue ville de dunkerque
  • Abdou Bacar Mouzna : Responsable assurance qualité industrie pharmaceutique, coordinatrice de la coordination solidarité Comores
  • Youssouf Ahamada : Artiste (Nom de scène : Ahamada Smis)
  • Ali mohamed Nassur : Docteur en épidémiologie/Epidémiologiste
  • Barwane Ibrahim : Docteur en anthropologie/Comédien
  • Ibrahima Halim: Informaticien

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