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Tribune 12 nov. 2021

L’indécente indemnité de départ d’un président démissionnaire

Jacques Le Goff, Jean Pierre Nedelec, Roger Le Bris et Jean Claude Stephan, tous sociétaires d’une caisse de crédit mutuel, las des dérives de l'établissement bancaire breton Arkéa, sonnent l'alarme : « Après le départ à 5 millions d’euros du directeur général, le président qui choisit d’abandonner ses mandats doit percevoir une indemnité de 2,5 millions d’euros ! » Ils demandent au président actuel et au Conseil d'administration « de prendre les mesures nécessaires pour que ces cadeaux faramineux soient rendus. »

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Nous sommes sociétaires d’une caisse de crédit mutuel et sommes las des dérives d’Arkéa. Après le départ à 5 millions d’euros du directeur général, le président qui choisit d’abandonner ses mandats doit percevoir une indemnité de 2,5 millions d’euros ! Voilà une rupture conventionnelle d’un niveau inédit dont ne manqueront pas de s’inspirer les salariés désireux de quitter l’entreprise !

Bien sûr cet ex-président fait preuve d’une forme rare de générosité en renonçant volontairement à l’intégration de sa dernière rémunération variable dans le calcul de son indemnité. Faut-il rappeler que cette part variable était tout simplement illégale au regard de la loi de 1947 sur la rémunération des membres élus des conseils d’administration des coopératives ?

Faut-il rappeler que le code de bonne gouvernance pour les entreprises cotées, élaboré par l’association française des entreprises privées et le Medef, précise que « le versement d’indemnités de départ à un dirigeant mandataire social doit être exclu s’il quitte à son initiative la société pour exercer de nouvelles fonctions » ? Il est de règle que les salariés ne bénéficient d’aucune indemnité lorsqu’ils démissionnent. Deux poids, deux mesures.

Les membres du conseil d’administration d’Arkéa sont bien plus généreux avec leurs ex-dirigeants démissionnaires que les actionnaires des sociétés capitalistes. 

Qu’en pensent les sociétaires ? Sont-ils informés de cette extravagante « générosité » qui pourrait s’apparenter à un abus de bien social ? 

De plus, le démissionnaire restera très présent dans l’entreprise puisqu’il siégera en tant que président d’honneur au conseil d’administration, pourra toujours s’y exprimer et continuera de présider les filiales viticoles du groupe. Au nom d’un talent incontestable en œnologie qui permettra au châtelain de Calon-Ségur de recevoir ses invités dans un cadre magnifique et de cultiver ses relations... pour le plus grand profit de Suravenir, bien sûr  ! Qui oserait en douter ?

L’ancien président aura durablement terni l’image mutualiste du CMB et du Crédit mutuel Arkea ; il aura conduit ce groupe dans une impasse stratégique. Enfin il se sera servi…. Par des rémunérations et chèques de départs sans commune mesure avec la pratique mutualiste. Une bien triste illustration du propos du prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz dans « Le triomphe de la cupidité » ( Ed. Les liens qui libèrent ).

Il est temps de retrouver un chemin plus vertueux surtout à l’heure où Arkéa se flatte de son engagement dans la « Responsabilité Sociétale des Entreprises ». L’environnement en est une composante, le social aussi ! En conséquence, nous demandons au président d’Arkéa et aux membres de son Conseil d’administration de prendre les mesures nécessaires pour que ces cadeaux faramineux soient rendus. Ces 7,5 millions d’euros seraient bien plus utiles à assurer une présence bancaire dans bon nombre de communes que le CMB a désertés ! Ce n’est qu’un exemple d’utilisation de cet argent qui appartient aux sociétaires.

Signataires :

Jacques Le Goff, professeur honoraire des universités ;

Jean Pierre Nedelec, ancien cadre dirigeant des services de l’emploi en Bretagne ;

Roger Le Bris, ex délégué syndical national de la branche crédit mutuel ;

Jean Claude Stephan, ancien secrétaire du comité de groupe national du crédit mutuel et du comité central d’entreprise du Cmb

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