Climat: l’Afrique dit aussi non au charbon

Alors que le One Planet Summit s'ouvre aujourd'hui à Nairobi, deux jeunes militants pour la justice climatique, Claire Renauld, animatrice de Youth for climate et Landry Ninteretse, responsable de 350.org en Afrique, rappellent que l’Afrique est toujours «un eldorado pour les promoteurs du charbon», sans égards pour les populations locales, et exhorte le sommet de Nairobi à promettre «de mettre un terme à tous les projets charbonniers sur le continent».

La 3ème édition du «One Planet Summit» s’ouvre ce jeudi à Nairobi. Convoqué par Emmanuel Macron, avec le soutien de la Banque mondiale et des Nations unies, ce sommet, premier du genre à se tenir en Afrique, doit rassembler dirigeants, chefs d’entreprise et personnalités emblématiques de la jeunesse et de la société civile, autour d’une mystérieuse ‘Promesse à l’Afrique’ (le slogan du sommet). Officiellement, la réunion entend souligner «le rôle unique de l’Afrique en tant que partenaire mondial faisant face tant à des défis qu’à des opportunités, notamment dans le domaine des solutions innovantes en matière d’adaptation et de résilience» et promouvoir «les mesures et les actions concrètes nécessaires pour accélérer la transition mondiale vers une économie à faibles émissions de carbone».

Intentions louables. Pourtant l’Afrique est aujourd’hui le seul continent où le charbon demeure acceptable, et continue de se développer.

Six mois après la publication du rapport spécial du GIEC sur les impacts du climat, qui établit scientifiquement l’horizon de l’urgence climatique, la fin du charbon apparaît impérative à très court terme, et le financement de nouvelles infrastructures charbonnières - mines ou centrales électriques, sources de souffrances indicibles pour les populations riveraines de ces projets - devrait être impensable. Nombre de pays, et d’investisseurs, ont d’ailleurs dû s’y résoudre tant le développement de la source d’énergie qui produit plus de 40% des émissions de CO2 mondiale est devenu inacceptable aux yeux des opinions publiques du «Nord».

Jeunes militants pour la justice climatique aux abords du One planet summit, à Nairobi Jeunes militants pour la justice climatique aux abords du One planet summit, à Nairobi

Partout la tendance est à la baisse, voire à la stagnation. En janvier 2019, Emmanuel Macron a réitéré l’engagement de la France à fermer toutes les centrales au charbon d'ici 2021. En Allemagne, une commission gouvernementale prévoit l'arrêt total de la production d'électricité à partir de charbon en 2038, selon un calendrier qui planifie dès aujourd’hui son déclin. Même aux Etats-Unis, en dépit des rodomontades de D. Trump qui prétend encore sauver le «king coal», la production enregistre un irrémédiable recul. Depuis trois ans des géants des secteurs minier (Glencore), bancaire (ING, Crédit agricole, Rabobank, Deutsche Bank, Santander…), assurantiel (Allianz, Generali…) ont aussi renoncé, publiquement, à s’engager dans la levée de fonds pour de nouveaux projets.

Bien sûr ces promesses ne concernent pas le pétrole et le gaz, et le respect effectif de ces engagements devra de toute façon se vérifier, tant la question climatique est devenue un enjeu de communication politique et d’image pour un certain nombre de chefs d’Etat et de gouvernement, au premier rang desquels Mr Macron. Mais la tendance est belle et bien là.

Or s’agissant du plus urgent, l’Afrique - en plus de quelques pays d’Asie (Indonésie, Vietnam, Bangladesh notamment) - continue de faire figure d’eldorado pour les promoteurs du charbon, et il n’est nulle part question d’en finir. De nouvelles centrales sont ainsi à l’étude de l'Afrique du Sud au Sénégal, du Kenya au Mozambique, en passant par la RDC et la Côte d'Ivoire, la plupart co-financées par la Banque africaine de développement, au Conseil d’administration de laquelle siègent ensemble gouvernements d’Afrique, d’Europe, d’Amérique du Nord comme du Sud, et d’Asie.

C’est le cas des projets de centrale au charbon de Bargny (dans la banlieue de Dakar, au Sénégal), de San Pedro (en Côte d’Ivoire), dans l’île de Lamu (au large du Kenya, sur un site classé au Patrimoine mondial de l’humanité) ou de la centrale de Thabametsi, dans la province du Limpopo, à la frontière du Botswana.

Dans chacun de ces cas, les populations locales s’inquiètent aussi des effets pour l’environnement local, et redoutent de perdre leurs terres sans compensation suffisante. Tout comme en Europe, elles craignent pour la santé de leurs enfants, d’autant plus qu’elles voient déjà, bien souvent, les implications directes du changement climatique ; les réserves en faune et en flore s’épuisent, l’eau manque chroniquement, les événements météorologiques extrêmes sont de plus en plus nombreux et laissent les familles sans habitation ni moyen de subsister.

Si le sommet de Nairobi doit faire une promesse à l’Afrique, c’est donc, en premier lieu, de mettre un terme à tous les projets charbonniers sur le continent. Et si les chefs d’Etat et de gouvernement qui s’y rencontrent souhaitent réellement soutenir la transition énergétique, ils pourraient commencer par refuser de soutenir toute nouvelle centrale charbon de la BAD et via toutes les véhicules publics dont ils contrôlent les avoirs, y compris leurs agences de crédit à l’exportation (qui garantissent les investissements des banques et des financeurs privés contre les risques, et qui continuent d’engager des milliards dans les énergies fossiles).

Les gouvernements africains ont bien entendu leur part à jouer : ils doivent investir massivement dans les énergies renouvelables, dont les gisements sont inépuisables au sud de la Méditerranée. Ils pourraient encourager la décentralisation de leur production et de leur gestion, afin de minimiser le défi technologique et les coûts, et de rapprocher l’électricité des zones les plus enclavées.

Depuis quelques semaines, élèves et étudiants du monde entier se mobilisent pour demander aux gouvernements de prendre, sans attendre, les décisions nécessaires pour endiguer la déstabilisation structurelle du climat. Ce vendredi encore, ils seront des centaines de milliers aux quatre coins de la planète, de Suède à l’Afrique du Sud, en passant par la France, la Colombie et le Hong Kong à réclamer l’action de leurs responsables politiques.

La fin urgente du charbon en Afrique en est une ; au Nord comme au Sud de la Méditerranée les populations n’acceptent plus que les banques privées soient incitées à spéculer sur la manne des renouvelables tandis que les Etats perpétuent, de facto, les modes les plus climaticides de production électrique.

Sans cette assurance, le OPS sera un simulacre de plus à mettre au passif de ses promoteurs.

Signataires : 

Claire Renauld, animatrice de Youth for climate ;

Landry Ninteretse, responsable de 350.org en Afrique

 

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