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Tribune 13 déc. 2015

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Burundi 2015 : Silence, on tue

Nous publions ci-dessous un cri d'alarme sur la situation au Burundi, pays voisin du Rwanda, où des exactions – rafles, pillages et, surtout, tueries – sont commises contre des civils Tutsi. Bon connaisseur du Burundi, son auteur – qui nous est connu – reste anonyme pour protéger ses sources sur place.

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Le Burundi s’enfonce doucement mais sûrement dans le chaos. Les affrontements violents qui ont secoué ce pays, voisin du Rwanda, depuis l’élection contestée du Président Nkurunziza en juillet dernier pourraient rapidement dégénérer en guerre civile avec la crainte de dérives génocidaires.

Vendredi 11 décembre 2015, les habitants de la capitale Bujumbura ont été réveillés dès 4 heures du matin par des explosions et de violents tirs d’armes automatiques. Les habitants sont restés terrés chez eux et allongés sur le sol durant toute la matinée pour échapper aux tirs nourris de la police qui effectuait des opérations de ratissage à la recherche d’éventuels assaillants qui auraient trouvé refuge dans certains quartiers contestataires.

Un bouclage systématique des quartiers visés a été mis en place avec des blindés tandis que la Police et l’Armée fouillaient chaque maison à la recherche d’hommes armés qui auraient lancé plusieurs attaques simultanées contre des camps militaires de la capitale. Les quartiers de Musaga, Nyakabiga, Ngagara, Mutakura et Cibitoke à majorité Tutsi, quadrillés par les hommes en armes, font l’objet de fouilles sans ménagement.

Certains habitants contactés par téléphone font état d’exactions à caractère ethnique. Une femme en pleurs nous a relaté comment son fils de 16 ans a été extrait de chez lui et froidement abattu dans la rue par un policier qui criait : « Il faut les abattre tous ces chiens de Tutsis ». Les policiers font sortir les habitants des maisons et se livrent à des fouilles approfondies des maisons. Les habitants sont sommés de donner leurs papiers d’identité et leurs téléphones portables dont les messages sont systématiquement analysés.

Un jeune homme qui avait reçu un SMS l’informant de ce qui se passait dans un quartier voisin a été embarqué de force par les policiers sans autre motif. De nombreux jeunes hommes ont été embarqués dans des camions vers des destinations inconnues, faisant craindre des exécutions sommaires comme il y en a quotidiennement dans la capitale.

Bien que la majorité de l’opposition à Nkurunziza soit d’origine hutue et provienne même de son propre camp, la crainte d’un génocide est dans tous les esprits. Il faut rappeler que de nombreux hutus dits modérés et opposés au pouvoir en place au Rwanda ont été massacrés au même titre que leurs compatriotes tutsis.

Les folles rumeurs sur l’implication du Rwanda dans le soutien à l’opposition armée burundaise propagées par les autorités de Bujumbura contribuent à favoriser le climat de haine intercommunautaire qui est attisée par les propos de certains dirigeants du parti au pouvoir similaires à ceux diffusés par la funeste Radio Milles Collines rwandaise.

Par ailleurs, les rumeurs de l’implication d’éléments Interhamwés agissant comme supplétifs aux côtés des forces de sécurité burundaises semblent justifiées par les profondes divisions qui existent au sein des forces de police et au sein de l’Armée.

La tentative avortée de putsch dirigée le 15 Mai dernier par le général Godefroid Nyombaré, ancien compagnon de lutte au sein de la rébellion hutue puis chef d’Etat Major de l’Armée burundaise et enfin chef des services de renseignement du Président Nkurunziza, prouve la dérive autoritaire voire suicidaire du pouvoir en place.

C’est ce qui fait craindre au Secrétaire Général des Nations Unies comme à certains diplomates occidentaux une dérive de plus en plus violente qui pourrait conduire le pouvoir burundais à une fuite en avant aux conséquences imprévisibles si la communauté internationale ne prend pas les mesures nécessaires pour éviter un nouveau drame identique à celui qui a fait près de 800 000 morts au Rwanda voisin en 1994.

A ce jour, plus de 200 000 personnes ont fui le Burundi pour se réfugier en Tanzanie, au Rwanda et en Ouganda.

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