L'éducation prioritaire menacée en Seine-et-Marne

Deux équipes enseignantes des écoles Jean Racine et Jean Giono du Le Mée-sur-Seine interpellent Emmanuel Macron sur la suppression des aides aux zones d'éducation prioritaire de Seine-et-Marne. Et posent une question: «Les enfants et les écoles de Seine-et-Marne n’ont-ils pas droit aux mêmes conditions d’enseignement que ceux du reste de l’académie ?»

Monsieur le Président de la République,

Vous avez fait naître l’espoir il y a quelques mois de faire changer les choses notamment dans l’Education Nationale en donnant des moyens accrus à l’éducation prioritaire.

Cette politique volontariste qui est la vôtre a pour objectif 100% de réussite au CP.

Depuis de nombreuses années le souhait des responsables politiques est de pouvoir placer dans les zones d’éducation les plus difficiles les enseignants les plus expérimentés.

Afin de favoriser la stabilité de l’équipe pédagogique, des mesures ont déjà été prises en ce sens notamment : l’octroi de bonifications financières, de conditions d’exercice améliorées, et de formations spécifiques pour les enseignants.

Une autre mesure phare était d’améliorer les quotas de décharges d’enseignement des directeurs en accordant une bonification en éducation prioritaire. La circulaire ministérielle n° 2013-038 du 13-3-2013 qui fixait les normes de décharges des directeurs au niveau national précisait ceci aux Directeurs Académiques des Services de l’Education Nationale (DASEN) : « Par ailleurs, dans le cadre de la politique départementale relative à l’éducation prioritaire, je vous demande d’accorder une attention particulière aux décharges des directeurs d’écoles y exerçant, en procédant, si vous l’estimez utile, à la bonification des écoles les plus difficiles situées en éducation prioritaire » .

Cette recommandation allait dans le sens des choix des trois DASEN de l’académie de Créteil qui accordaient déjà depuis de nombreuses années des bonifications de décharges pour toutes les écoles en éducation prioritaire, bonifications qui variaient légèrement selon les départements. Une décharge totale était accordée à partir de 9 classes dans le Val-de-Marne, 10 classes en Seine-Saint-Denis et 11 classes en Seine-et-Marne (la norme nationale de décharge totale pour toutes les écoles étant de 14 classes).

En septembre 2014 une nouvelle circulaire n°2014-115 du 3-9-2014 a été publiée.

Le paragraphe relatif aux directions d’école en éducation prioritaire n’y figurait plus.

Suite à la publication de cette circulaire la DASEN de Seine-et-Marne a informé par courrier les directeurs des Réseaux d’Education Prioritaire (REP) exerçant dans des écoles de 11, 12, ou 13 classes qu’ ils bénéficieraient, à titre exceptionnel uniquement pour l’année scolaire 2015-2016 du maintien de leur décharge, précisant qu’à partir de l’année scolaire 2016-2017 le régime de décharges de direction serait ajusté au regard des dispositions de la dernière circulaire ministérielle.

Ce régime dérogatoire a pu être maintenu pour les années scolaires 2016-2017 et 2017-2018.

Malheureusement, à partir de la rentrée 2018-2019, les directeurs de REP de Seine-et-Marne ont été informés par courrier qu’ils perdraient cette bonification et relèveraient des normes nationales.

Durant ces trois années, dans les deux autres départements de l’académie de Créteil, il n’a en revanche pas été question de revenir sur les bonifications de décharges appliquées en REP. D’ailleurs un DASEN du Val-de-Marne déclarait en 2015 : « Nous devons mettre en poste dans les écoles les plus difficiles de vraies équipes stables, formées autour d’enseignants expérimentés et volontaires ».

A la rentrée prochaine, ces directeurs continueront donc de bénéficier d’une décharge totale d’enseignement à partir de 9 classes dans le Val-de-Marne et 10 classes en Seine-Saint-Denis. Les DASEN du Val-de-Marne et de Seine-Saint-Denis considèrent comme prioritaire cette bonification.

Ce recul manifeste en Seine-et-Marne interroge le statut même de directeur d’école en REP : doit-on penser que ces moyens spécifiques accordés dans certains départements vont à court terme disparaître ?

Peut-on dire qu’un directeur en REP a les mêmes charges et obligations qu’un directeur en zone « banale » ? En étudiant le référentiel de l’éducation prioritaire la réponse ne peut être que négative.

La mise en place du dispositif des CP à 12 va demander une plus grande disponibilité du directeur. Et bien que ces nouveaux CP soient des  classes à part entière, elles ne seront pas comptabilisées en tant que telles. Cela peut paraître étonnant. Ce sujet avait été évoqué lors du Comité Technique Ministériel du 20 décembre 2017 au cours duquel un représentant du ministère avait déclaré que ces classes compteraient bien pour le calcul des attributions de décharges de direction.

Prenons l’exemple d’une école de 13 classes en Seine-et-Marne qui aura 2 classes supplémentaires à la rentrée dans le cadre des CP à 12, cette école aura bien 15 classes réelles mais le directeur n’aura qu’une demi-décharge. Dans le Val-de-Marne , une école de 9 classes qui aura une classe de CP supplémentaire soit 10 classes réelles bénéficiera elle d’une décharge totale pour son directeur.

En Seine-et-Marne, une telle situation risque d’être destructrice pour la stabilité des équipes pédagogiques, incitant le directeur et les enseignants à rechercher des établissements présentant des conditions d’exercice moins difficiles. De plus, la disparition récente des aides administratives aux directeurs aggrave encore plus la situation administrative de nombreuses écoles.

Nous respectons trop nos élèves et leurs familles pour trouver cette situation juste.

Les enfants et les écoles de Seine-et-Marne n’ont-ils pas droit aux mêmes conditions d’enseignement que ceux du reste de l’académie ?

Ne serait-il pas plus équitable d’harmoniser les normes de décharges sur l’ensemble de l’académie sur le modèle le plus favorable actuellement à savoir celui du Val-de-Marne ?

En espérant que vous serez attentif à notre situation nous vous prions de croire, Monsieur le Président, en nos sentiments de très haute estime.

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