Déchets, ce que l’Union Européenne peut faire

A l'occasion du World Cleanup Est qui a lieu ce samedi 15 septembre partout dans le monde, les 17 candidat·e·s écologistes français pour les élections européennes de 2019 soulèvent la question cruciale des déchets et de leur gestion.

Le projet du « World clean up day », nettoyer la planète en un jour le 15 septembre, est une formidable goutte d’eau dans l’océan pour souligner à la fois l’ampleur mondiale du problème posé par nos déchets et la capacité de mobilisation des citoyens.

La gestion de nos déchets est une question politique locale, encadrée par une législation européenne. Chaque année, nous produisons plus de 300 millions de tonnes de plastiques, dont 8 millions se retrouvent dans nos océans. D’ici 2050, on prévoit qu’il y aura plus de plastiques que de poissons dans les océans. Aujourd’hui, l’Union Européenne, notamment grâce à l’action des associations et des élus écologistes, a décidé l’interdiction des sacs à usage unique et bientôt d’autres produits plastiques du quotidien (couverts, pailles...). En juin dernier, de nouvelles directives ont été publiées encadrant la question des déchets d’emballage et de la mise en décharge. Un objectif précis de réemploi et recyclage est désormais fixé (65% des déchets municipaux en 2035), le tri à la source et la collecte séparée des biodéchets seront généralisés en 2024.

Cependant, si les textes adoptés présentent des avancées vers une plus grande protection de l’environnement, ils sont le résultat de rabotages successifs. Alors que le texte initial (qui date de 2014)  prévoyait l’interdiction d’ici 2025 de mise en décharge de déchets recyclables, cette possibilité reste maintenue, et des dérogations peuvent permettre à certains États membres de repousser les objectifs fixés par l’Union. Comme souvent, la négociation entre les États et la commission aboutit à réduire les ambitions proposées par le parlement.

Les avancées législatives bienveillantes de l’Union Européenne sont aussi influencées par d’autres décisions. Alors qu’elle importait jusque là 70 % des déchets électroniques mondiaux, et 85 % des plastiques collectés de l’Union Européenne, la Chine a fermé en janvier 2018 ses frontières à l’entrée de ces déchets. Si la puissance économique de la Chine lui donne la capacité d’imposer cette décision, d’autres États, comme la Thaïlande, le Pakistan, le Sénégal, le Nigéria… continuent à subir les stratégies de mise sous le tapis de déchets provenant la plupart du temps des pays riches. Les plastiques, les déchets électroniques, mais aussi les vieux diesels dont on cherche ici à se débarrasser s’y entassent, et ont des conséquences graves sur l’environnement et la santé des populations exposées. Ces exportations souvent illégales, sont en augmentation : le nombre de saisies de déchets par la douane française a presque doublé entre 2016 (257 saisies) et 2017 (471 saisies). Il faut renforcer la convention de Bâle et mettre en place des outils de régulation et de contrôle des déchets au niveau mondial.

C’est un sujet dont doivent se saisir les citoyens européens pour :

  • En finir définitivement avec la société du plastique, et plus généralement sortir de la dépendance aux produits pétroliers. Généraliser les emballages durables et consignables, valoriser le vrac, développer et contrôler les filières de recyclage.
  • Investir dans la prévention, la réparation et le réemploi, notamment par la mise en place d’une fiscalité qui valorise les pratiques vertueuses : des politiques zéro déchets et la fin de l’incinération et de la mise en décharge.
  • Mettre fin à l’exportation de déchets hors de l’Union Européenne, notamment plastiques et électroniques, sous-traitant à des pays plus pauvres et moins protégés, les pollutions générées par nos sociétés de consumation.
  • Doter le parlement européen d’une pleine compétence législative. Les enjeux environnementaux doivent faire l’objet de débats publics mondiaux et de décisions démocratiques au moins à l’échelle de notre continent.

L’environnement et la justice sociale doivent être les priorités de l’Union Européenne. Pour défendre des politiques écologistes, il faut des élu·e·s écologistes.

Les signataires :

Abdallah Benbetka, Leyla Binci, Sophie Bussière, Damien Carême, David Cormand, Guillaume Cros, Gwendoline Delbos-Corfield, Karima Delli, Jean-Laurent Félizia, Catherine Hervieu, Yannick Jadot, Julie Laernos, William Lajeanne, Michèle Rivasi, Mounir Satouri, François Thiollet, Marie Toussaint

 

 

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