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Tribune 15 juin 2012

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Réponse d’Elias Sanbar à Pierre Assouline

Ambassadeur de la Palestine à l'Unesco, l’écrivain et traducteur Elias Sanbar a été mis en cause par Pierre Assouline dans Le Monde des Livres à propos du Prix du roman arabe décerné à Boualem Sansal. S’estimant « pris à partie de façon indigne et infamante » et « soucieux de mettre les choses au point dans les plus brefs délais », il a décidé d’exercer son droit de réponse sur Mediapart après en avoir prevenu la rédaction du Monde.

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Ambassadeur de la Palestine à l'Unesco, l’écrivain et traducteur Elias Sanbar a été mis en cause par Pierre Assouline dans Le Monde des Livres à propos du Prix du roman arabe décerné à Boualem Sansal. S’estimant « pris à partie de façon indigne et infamante » et « soucieux de mettre les choses au point dans les plus brefs délais », il a décidé d’exercer son droit de réponse sur Mediapart après en avoir prevenu la rédaction du Monde.

Pauvre Pierre Assouline

Pris à partie de façon indigne et infamante par Pierre Assouline dans les colonnes du Monde des Livres du 15 juin 2012, soucieux de mettre les choses au point dans les plus brefs délais, sans attendre la parution dans une semaine du supplément Livres du Monde, j’ai décidé d’exercer mon droit de réponse dans les pages de Mediapart.

Ainsi, selon Monsieur Assouline, réagissant à la visite de Boualem Sansal en Israël au lendemain de son obtention du Prix du roman arabe, j’aurai « été d’autant plus véhément » que je n’avais pas soutenu le roman primé. Partant de cette première « invention », j’y reviens plus bas, Pierre Assouline passe à sa théorie de la conspiration montée et menée par mes soins : « Il mobilisa ses pairs du Conseil des ambassadeurs arabes. Egalement scandalisés par le fait que Boualem Sansal a osé serrer la main d’Israéliens (…), ils convinrent donc de le « désinviter », de reporter la cérémonie [de remise du prix] et de faire voter à nouveau le jury. »

Le lecteur notera l’usage du « Il » et des « Ils », et appréciera les dons d’insinuation dont fait preuve Monsieur Assouline qui aurait décidément fait un bon témoin à charge aux procès de Prague. Mais ce n’est pas tout.

Le complot continuant, j’aurai avec une fonctionnaire de l’ambassade de Jordanie, organisé la défense de la position des ambassadeurs des pays arabes et ce lors d’une réunion « houleuse », avec force « cris mais pas de coups ».

Rejetant ce tissu de mensonges, soucieux au plus haut point de l’opinion de mes amis, de ceux aussi, très nombreux, qui ont déjà eu l’occasion de m’entendre parler du conflit israélo-palestinien et de mon combat pour une réconciliation fondée sur l’égalité et le respect mutuel, je tiens ici à rétablir les vérités suivantes.

- Je n’ai pas attendu Boualem Sansal et encore moins Pierre Assouline pour nouer des contacts avec des Israéliens épris d’une paix juste, au premier rang desquels d’ailleurs David Grossman que Boualem a rencontré à Jérusalem ou A. B. Yehoshua ou Zeev Sternhell et tant d’autres. A cet égard, je rappellerai au pseudo-néophyte Pierre Assouline, que je fus l’un des premiers participants aux contacts secrets entre Israéliens et Palestiniens dans les années quatre-vingt, puis l’un de chefs des délégations palestiniennes aux pourparlers de paix après Madrid… Et il faut être d’une insondable ignorance ou mauvaise foi, je laisse à Pierre Assouline le choix de l’épithète ajoutant qu’il pourrait opter pour les deux réunies, pour oser parler de ma « véhémence » contre un écrivain qui « aurait osé serrer la main d’un Israélien »

- Par ailleurs, autre hic, il se fait qu’en mission à l’étranger, je n’ai pas été présent à la réunion du jury et n’ai donc pas participé au vote à l’issue duquel le prix fut décerné à Boualem Sansal. Pierre Assouline semble m’y avoir vu défendant un autre ouvrage…

- J’en viens maintenant à la réunion convoquée par le Directeur du bureau de la Ligue arabe et l’ambassadeur de la Jordanie en France, rencontre à laquelle j’ai effectivement participé, au cours de laquelle les deux ambassadeurs expliquèrent que les Etats arabes étant encore en guerre avec Israël, le conseil de leurs ambassadeurs ne pouvait plus s’associer au Prix décerné à Boualem Sansal.  De leur côté, les membres présents du jury décidèrent alors de rédiger un communiqué confirmant le prix et annonçant la fin de leur relation avec le Conseil des ambassadeurs. Il est vrai que la discussion fut animée, mais de là à insinuer que les coups furent évités de justesse… De toutes façons, durant cette réunion, j’ai agi en tant que membre du jury, à aucun moment comme le représentant de la Palestine à l’UNESCO. Et c’est à ce titre que je me suis associé à la décision du jury et que j'ai signé avec les autres membres le communiqué annonçant la démission et la rupture.

- Quelques mots pour finir destinés à Boualem Sansal que je connais et qui me connaît. Je n’ai eu aucun problème à te voir aller à la rencontre de David Grossman. Comment en aurais-je eu quand je rencontre quotidiennement des Israéliens sans parler des très nombreux débats publics menés avec le même David Grossman… Connaissant ton respect de la liberté d’opinion, je me dois de te préciser deux choses. Il est vrai que j’ai préféré le roman de Salim Barakat au tien. C’est mon droit de lecteur, tout comme il est vrai que je suis en total désaccord avec toi quant à ton affirmation –  je me reporte là à un passage filmé de ton entretien avec Antoine Perraud dans Mediapart – qu’il n’y a pas eu et qu’il n’y a pas d’entreprise coloniale en Palestine. C’est également mon droit, de Palestinien cette fois.

J’espère que les choses sont ainsi éclaircies et que ce pauvre Pierre Assouline aura la sagesse de s’abstenir de se chercher un Palestinien contre lequel déverser sa mauvaise foi, la prochaine fois qu’il sera pris par l’irrésistible besoin de manifester son profond pathos.

Elias Sanbar
Paris, le 15 juin 2012

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