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Tribune 16 janv. 2018

Que vivent les résistances des femmes pour une transformation radicale de la société!

Plusieurs collectifs féministes minoritaires, afroféministes, Queer, etc. considèrent que la tribune des 100 femmes, dont Catherine Deneuve, publiée par Le Monde le 9 janvier, témoigne d'un «soutien inconditionnel de la bourgeoisie blanche, aux politiques et discours racistes et anti-pauvres sous prétexte de féminisme.»

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La tribune  de Madame Deneuve et de ses amies est une démonstration de la solidarité des femmes blanches bourgeoises avec les hommes blancs bourgeois. Il n’est pas ici question d’aliénation, Madame Deneuve et ses soeurs défendent les intérêts de leur classe sociale, quitte à jeter les femmes sous le bus.

C’est bien parce qu’il s’agit d’une parole anti-féministe portée par des femmes de ces catégories sociales, qu’elle peut s’étaler dans la presse nationale ainsi. Cette tribune est la démonstration du pouvoir de certaines catégories à porter les discours les plus réactionnaires sans conséquences. On ose imaginer le tollé, le racisme, les menaces d’exclusion de la "Nation française", si une tribune du même acabit avait été publiée par 100 femmes noires et arabes.

Cette solidarité est à mettre en miroir avec le soutien inconditionnel de la bourgeoisie blanche, aux politiques et discours racistes et anti-pauvres sous prétexte de féminisme.

Ce sont ces mêmes féministes que l’on retrouve porte-paroles de véritables guerres saintes menées "au nom des femmes" contre différents groupes de femmes minoritaires, précaires, fragilisées, exclues de toute instance de pouvoir. 

Il y a quelques semaines, peu nombreuses étaient les voix à s’élever contre le projet de loi de pénalisation du harcèlement de rue. Personne n’avait pris sa cape de défenseuse de la liberté sexuelle, car il était évident que ce projet de loi visait des populations déjà criminalisées.

Dans cette même logique de solidarité, rappelons-nous l’été 2016, la vraie violence faite aux femmes cet été-là était institutionnelle. D’une part, on prenait encore à partie des femmes déjà ostracisées par des législations racistes excluantes, imposant un nouveau contrôle républicain de leur corps dont les racines islamophobes remontent à l’ère coloniale (cérémonies de dévoilement en Algérie organisées par les colons en 1958) ; d’autres part en pleine polémique sur le burkini on laissait passer en douceur une opportunité de lutter efficacement contre l’impunité de prédateurs sexuels. En effet, ils n’étaient que 15 député.e.s présents sur 577 à l’Assemblée Nationale pour voter un amendement visant à rendre inéligibles les élus coupables d’agressions sexuelles. Un amendement balayé d’un revers remarquable. 

Scandaleux ? Certes, mais le combat féministe de Deneuve et ses consoeurs, n’est pas là.

Ces féministes-là ne s’attaquent pas aux lieux de pouvoirs, telle qu’une Assemblée quasi-exclusivement blanche, majoritairement masculine et bourgeoise. Car leur objectif n’est pas de bouleverser l’ordre établi pour atteindre un modèle d’une juste équité. Deneuve & Co défendent les leurs, "leurs hommes", et leurs privilèges. C’est pour cela que quand elles s’expriment, elles n’ont que du mépris envers la grande majorité des femmes portées par cette Terre.

Nous sommes ces femmes qui souffrent de frotteurs et harceleurs au travail, dans les transports, dans les lieux d’études et de formation, et qui refusent le silence coupable ; nous sommes ces femmes qui aimeraient ne pas avoir été victimes d’agressions sexuelles pour ne pas avoir à en parler ; nous sommes ces femmes dont le voile ou la mini jupe ne sont ni un appel ni une provocation mais l’expression de notre liberté ; nous sommes ces femmes qui n’acceptent pas d’être harcelées ou "touchées" quand "l’attirance n’est pas réciproque" ; nous sommes ces femmes qui considèreront toujours Nafissatou Diallo comme une survivante et non comme une femme de petite condition très certainement "passée à côté d’une belle histoire". Vos contes de princes charmants de féministes-blanches-bourgeoises ne nous font pas rêver. 

Nous ne sommes pas des victimes perpétuelles. Nous sommes assignées à une condition, celle d’une oppression patriarcale. Mais ne vous méprenez pas, notre incroyable capacité de résilience et d’auto-organisation ne nous place pas dans la catégorie des faibles, contrairement à vos accommodements avec les logiques de domination.

Nous continuerons à lutter contre le sexisme en le comprenant comme un rapport social qui est produit par l’ordre blanc bourgeois, en même temps qu’il le maintient. Voilà pourquoi si nous lutterons effectivement dans nos foyers, nous lutterons aussi sur nos lieux de travail, là où nous vivons, contre l’Etat et ses politiques économiques qui détruisent nos vies, et nous rendent toujours plus dépendantes des hommes et des institutions qui nous violentent.

Que vivent les résistances des femmes pour une transformation radicale de la société !

 Signataires :

Mwasi - Collectif afroféministe

Groupe de réflexion Queer & Trans Révolutionnaires (QTR)

Les Voix Décoloniales - Collectif Féministe de Bordeaux

Femmes en lutte 93

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