Est-ce de ce football que nous voulons?

Les Dégommeuses sont une équipe de football mais aussi une association militante. Fondée en 2012, l’association a pour objectif de lutter contre les discriminations dans le sport et par le sport. À cet effet, elles interrogent l'éthique et les pratiques à l'occasion du renouvellement du comité exécutif de la Fédération Française de Football le 18 mars.

Le 18 mars prochain, la Fédération Française de Football renouvelle son Comité exécutif. La candidature à la présidence d’un ancien dirigeant de club mis en cause à de multiples reprises pour des faits de violences et discriminations reliés aux terrains de sport doit questionner sur la capacité des institutions du football à prendre au sérieux de tels actes.

Avec plus de 2 millions de licenciés (dont 100 000 filles), 215 millions de budget et environ 250 salariés, la FFF reste la fédération sportive la plus puissante en France. Un standing qui va de pair avec l’affirmation de grands principes, tels ceux de la Charte éthique du football, dont le préambule rappelle que « le football, parce qu'il est le sport le plus pratiqué en France et le plus médiatisé, se doit d'offrir, notamment aux jeunes, une image exemplaire, car le sport doit rester une fête de l'humain et de la fraternité ». L’article 4 des statuts de la FFF prévoit par ailleurs une possibilité d’inéligibilité à l’encontre de personnes qui se seraient rendues coupables d’un "manquement grave à l'esprit sportif".

La FFF a pourtant validé le 23 février 2017 la candidature d’un individu très contesté. Entre autres épisodes douteux, David Donadéi a notamment été exclu en 2006 du Comité directeur du district de football de Seine Saint-Denis pour une attitude considérée comme perturbatrice. Il a ensuite fait l’objet en tant que président de l’Olympique Cité Stars FC de poursuites disciplinaires de la part du même district (2007), au terme d’une rencontre sportive contre l’US Sevran qui s’était terminée en bagarre, et où ses adversaires l’accusaient d’avoir été dans la provocation continue, contestant de manière répétée les décisions de l’arbitre et intervenant sur le terrain. Plus récemment, en 2015, l’association Les Dégommeuses a porté plainte contre lui pour avoir insulté et menacé une de ses joueuses (« je vais te faire bouffer mes couilles dans ta bouche »), en avoir bousculé une autre, et avoir encouragé de la voix et du geste les adolescents dont il encadrait l’entraînement à « applaudir les lesbiennes ».

Le 27 février dernier, David Donadéi tenait une conférence de presse au siège de la FFF. Il y reprochait publiquement aux joueuses des Dégommeuses de « se bécoter [dans l’enceinte sportive] devant des gamins », comportement qu’il n’hésitait pas à qualifier plusieurs fois, au micro, de "pas éthique" et "pas très propre".

Nous, joueuses de football et militantes de l’égalité, exprimons notre colère face à l’attitude de la FFF, qui a entériné la candidature de David Donadéi et n’a pas jugé utile de se désolidariser de tels propos.

Cette candidature appelle de nombreuses questions : comment la FFF peut-elle espérer diffuser des valeurs de respect, de tolérance et de non-violence à ses licenciés en donnant du crédit à un tel représentant ? Comment peut-elle justifier le hiatus entre la priorité donnée au "plan de féminisation du football" et son incapacité à sanctionner les comportements sexistes et homophobes dans les stades comme dans ses couloirs ? Qu’attend-elle pour réagir à la hauteur des enjeux, en posant des garde-fous et en proposant un vrai plan de sensibilisation des acteurs du foot, à tous les échelons, afin d’enrayer toutes les discriminations?

Aujourd’hui notre interpellation vaut pour les institutions du football mais également pour la presse française, qui a peiné à prendre en considération cette candidature autrement que comme un phénomène exotique, en désignant David Donadéi tour à tour comme « un trublion », un « incroyable candidat » ou un personnage « au parcours étrange et chaotique ».

Des éducateurs sportifs qui manipulent les jeunes et les incitent à la haine, des institutions qui posent des principes éthiques ineffectifs, une presse qui banalise les comportements discriminatoires : est-ce de ce football dont nous voulons ?

Site internet : www.lesdegommeuses.org

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