Libérez les journalistes Soulaiman Raïssouni et Omar Radi, en grève de la faim

Soulaiman Raïssouni et Omar Radi, deux journalistes indépendants, visés par des procédures judiciaires arbitraires et abusives, sont actuellement en détention provisoire et en grève de la faim au Maroc. Un large collectif international de personnalités demande l'abandon des charges et «la libération immédiate de tous les détenus politiques et d’opinion poursuivis et/ou condamnés par le régime marocain». 

Soulaiman Raïssouni et Omar Radi, deux journalistes indépendants, sont actuellement en détention provisoire et en grève de la faim au Maroc. Ils sont visés par des procédures judiciaires arbitraires et abusives, privés de leur liberté, à l’isolement, et depuis peu en grève de la faim.

Soulaiman Raïssouni, éditorialiste et rédacteur en chef, du quotidien Akhbar Al Yaoum, un des derniers bastions de la presse libre au Maroc qui a  récemment mis la clé sous la porte, est derrière les barreaux depuis le 22 mai 2020. Omar Radi, journaliste d’investigation connu pour sa plume critique des inégalités, de la corruption et des violations des droits humains au Maroc, est quant à lui détenu depuis le 29 juillet 2020, après un harcèlement judiciaire et sécuritaire de plusieurs mois. Tous deux se sont vu refuser toutes leurs demandes de remise en liberté en attendant leurs procès, voient leurs audiences sans cesse reportées, et sont détenus à l’isolement.

Les autorités marocaines ont accusé ces journalistes d'une multitude d'infractions, allant de délits à caractère sexuel jusqu’à l’atteinte à la sécurité de l’Etat. Soulaiman Raïssouni est poursuivi pour "attentat à la pudeur avec violence et séquestration" sur un homme en 2018, suite à un post anonyme sur Facebook. Omar Radi quant à lui est accusé d’espionnage et d’atteinte à la sûreté de l’Etat en raison de son travail de journaliste et des recherches qu’il a menées pour des ONG internationales, ainsi que de viol et d’agression sexuelle.

Ces accusations doivent faire l’objet d’enquêtes approfondies afin de déterminer d’éventuels abus, et l’identité des responsables. Seulement les garanties effectives d’un procès équitable pour ces deux journalistes font cruellement défaut. Soulaiman Raïssouni a été arrêté avant même qu’une plainte ne soit déposée contre lui. Imad Stitou, le témoin principal de la défense d’Omar Radi pour l’accusation de viol, s’est trouvé lui-même accusé par le juge d’instruction, alors que la plaignante ne l’avait pas désigné. Ces accusations font partie d'une tendance à l'instrumentalisation des accusations à caractère sexuel pour réprimer la liberté de la presse au Maroc et refroidir la solidarité internationale avec les journalistes ciblés.

L'arrestation de Soulaiman Raïssouni s’inscrit dans une dynamique d'acharnement contre son journal Akhbar Al Yaoum. En effet, Taoufik Bouachrine, directeur du quotidien, est déjà emprisonné depuis 2018 suite à un procès pour « violences sexuelles » et une condamnation à 15 ans de prison ferme. Le Groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations unies demande sa libération depuis 2018, jugeant la détention du journaliste arbitraire, au regard de la quantité d'irrégularités dans son procès, qui s'inscrit dans le sillage d'un harcèlement judiciaire dont il faisait déjà l'objet pour ses écrits.

En août 2019, ce fut au tour de Hajar Raïssouni, elle aussi journaliste à Akhbar Al Yaoum et nièce de Soulaiman, d’être arrêtée. Condamnée à un an de prison pour avortement illégal et relations sexuelles hors mariage, elle fut finalement graciée après six semaines de détention suite à une grande mobilisation nationale et internationale. Selon la journaliste, les interrogatoires tournaient autour de son oncle Soulaiman, ainsi que de la couverture médiatique qu'elle avait faite du mouvement contestataire au Rif, le Hirak. Les leaders du Hirak purgent par ailleurs des peines allant jusqu'à 20 ans de prison, suite à des procès inéquitables entachés par de forts soupçons de torture.

Dénonçant ses conditions de détention et de jugement, Soulaiman Raïssouni a entamé une grève illimitée de la faim le 8 avril pour protester contre le report répété des audiences de son procès. Le lendemain, suite à une fouille de sa cellule pendant laquelle les autorités pénitentiaires ont confisqué ses vivres et des affaires personnelles, le journaliste a également entamé une grève de la soif. Devant cette énième humiliation, il a aussi décidé de boycotter les visites et les appels téléphoniques. Omar Radi l’a rejoint en grève de la faim le 9 avril. Soulaïman a arrêté sa grève de la soif, 7 jours plus tard, après que ses affaires lui aient été restituées.

Aujourd’hui, Omar Radi et Soulaiman Raïssouni mènent ces grèves au risque de leur vie, d’autant plus qu’ils souffrent tous les deux de maladies chroniques nécessitant un suivi médical régulier. Ces grèves sont le seul moyen d’expression et de défense qui leur reste face à des procédures judiciaires abusives et injustes.

Nous, signataires de cette tribune, joignons nos voix à celles de Soulaiman Raïssouni et d’Omar Radi et demandons :

● L’abandon de toutes les charges sans fondement ;

● La garantie effective de leur droit à un procès équitable ;

● La suspension de leur détention provisoire et leur mise en liberté immédiate;

● Tant qu’ils restent détenus, la rupture de leur isolement, en leur permettant notamment de se voir et de voir d’autres prisonniers pendant la promenade;

● La libération immédiate de tous les détenus politiques et d’opinion poursuivis et/ou condamnés par le régime marocain.

Signataires : 

Loubna Abidar, actrice

Yves Aubin de La Messuzière, ancien ambassadeur de France (Tunisie, Italie)

Mounia Bennani-Chraïbi, politologue, Université de Lausanne (Suisse)

Mohammed Berrada, écrivain

Marie-George Buffet, Députée de la 4èmecirconscription de Seine-Saint-Denis, ancienne ministre

François Burgat, politologue, IREMAM

Ignace Dalle, ancien journaliste de l'AFP

Alain Gresh, directeur du journal Orient XXI

Kawtar Hafidi, physicienne, Laboratoire national d'Argonne (États-Unis)

Abdellah Hammoudi, anthropologue, Université de Princeton (États-Unis) 

Abdellatif Laabi, écrivain

Pierre Laurent, vice président du Sénat, sénateur de Paris (PCF)

Olivier Le Cour Grandmaison, politologue, Université d'Évry-Val d'Essonne et Collège International de Philosophie

Sébastien Nadot, Député de Haute-Garonne, Président de la commission d’enquête sur les migrants et migrations à l’Assemblée Nationale  

Oum el Ghait Ben Essahraoui, autrice compositrice interprète

Stéphane Peu, Député de la 2èmecirconscription de Seine-Saint-Denis

Jean-Louis Roumégas, ancien député

Leila Shahid, ancienne ambassadrice de Palestine (Union européenne, France)

Joseph Tual, grand reporter

Marie-Christine Vergiat, ancienne députée européenne, militante des droits humains

Dominique Vidal, journaliste et historien

#Freekoulchi Paris

Fatiha Aarour

Fouad Abdelmoumni, économiste, ancien secrétaire général de Transparency Maroc

Gilbert Achcar, Professeur, SOAS, Université de Londres

Souad Adnan

Taha Adnan, poète

Yassin Adnan, écrivain journaliste

Hassan Aglagal

Andrea Agliozzo, enseignant-chercheur Sorbonne Université

Ayad Ahram, président de l'ASDHOM

Samad AIT AICHA, journaliste

Aïda Alami, journaliste

Paul Alliès, professeur de science politique, université de droit Montpellier

Diego Arrabal, écrivain

Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM)

Association des Marocains en France (AMF)

Association des Travailleurs Maghrébins de France

Association Marocaine des Droits Humains, section Paris/IDF

ATTAC-CADTM Maroc  

ATTAC France

Lina Attalah, rédactrice en chef du journal égyptien Mada Masr

Elisa Attanasio, enseignante à Paris III Sorbonne Nouvelle

Pierre Audin, fils de Josette et Maurice Audin

Omar Balafrej, parlementaire marocain

Jean-Michel Beaudet, Professeur des Universités, Université Paris Nanterre

Bachir Ben Barka

Mohammed Ben Yakhlef, militant CGT

Abdelaziz Benabderrahman, militant des droits humains, membre de l'ASDHOM

Chloë Bénéteau

Mohamed Bentahar, militant associatif

Afaf Bernani, journaliste et militante

Sophie Bessis, historienne, Tunisie

Joseph Breham, avocat

Khalid Bouyaala, doctorant, Aix-Marseille Université

Hamit Bozarslan, historien et politologue

Mustapha Brahma, secrétaire national du Parti de la Voie Démocratique, Maroc

Nicola Brarda, professeur agrégé

Lucie Brault, Assistante d'éducation

Oscar Campanini, directeur du CEDIB, Bolivie

Téo Cazenaves, journaliste Le Média TV

CEDIB, centre de documentation et d'information, Bolivie

Marta Cerezales, traductrice, Espagne

Leïla Chaibi, député européenne, membre de la Gauche au Parlement européen et de la France Insoumise.

Souad Chaouih, déléguée générale de l'AMF

Abdellatif Cherribi, Hollande

Adil Cherribi, Toronto

Fatiha Cherribi

Leila Cherribi

Lina Cherribi, Toronto

Miriam Cherribi

Sophia Cherribi

Jean-Luc Cipière

Anouk Cohen, anthropologue, CNRS

Joël COMBRES, journaliste honoraire

Comité de soutien à Maâti Monjib

Comité de Soutien au Mouvement Rifain Paris

Comité de soutien et de défense de la liberté de La Presse au Maroc au Canada

Francesco Correale, chercheur - universitaire

Franco Costantini, enseignant à Sorbonne-Université

Annick Coupé, Secrétaire générale d'Attac France

C.R.I Rouge Paris

Cuvillier Damien, dessinateur de bande dessinée

Lucile Daumas, retraitée

Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières

Claudia Dell'Uomo D'Arme, enseignante

Dominique Demais

Silvia De Min, enseignante, Sorbonne-Université

Matteo De Nes, magistrato

Jacopo De Pasquale, commesso

Chris den hond, vidéo-journaliste

Karima Dirèche, historienne, CNRS

Ester Di Napoli, avocato

Thérèse Di Campo, photojournaliste, Belgique

Clément Di Roma, correspondant

Claire Dodeman, enseignante, docteure en philosophie

Bernard Dréano cofondateur du réseau international Helsinki Citizens’ Assembly

Montasser Drissi

Nabil El Amraoui - Cheb

Habib El Amrani

Mouna EL BANNA, journaliste à RFI

Jawad El Hamidi, président de l’Association marocaine pour la liberté de religion

Ghassan El Hakim, metteur en scène

Nacer El Idrissi, président de l'ATMF

Nora El Massioui

Layla El Mossadeq

Brahim El Otmani

ENSEMBLE

Nouhad Fathi, auteur

Hélène Ferrarini, journaliste

Anis Fariji, ethnomusicologue, EHESS.

Lorenzo Feltrin chercheur, University of Birmingham

Gérard Filoche, porte-parole de la Gauche Démocratique et Sociale (GDS)

Christian Gourdet, équipe d’animation nationale de la Gauche  Démocratique et Sociale

Sarra Grira, journaliste à Orient XXI

Abderrahim Afarki, bibliothécaire

Hamza Hamouchene, militant et chercheur algerien. Transnational Institute.

Fanny Hedenmo, journaliste, Suède

Francis Houart, retraité du secteur des soins de santé

Hicham Houdaifa, journaliste

Alix Hugonnier

Faysal Ithran, artiste

Aboubakr Jamaï, ex-directeur du "Le journal", universitaire

Marijke Jansen, directeur d'entreprise de l'art dans l'espace public et écrivain sur les arts visuels aux Pays-Bas et publiciste en France

Saïd Kaddouri, militant associatif

Yvonne Kapinga, journaliste, République démocratique du Congo

Claudio Katz, Economistas de izquierda, Argentine

Khmissa

Robert Kissous, Président de Rencontres Marx

L'Institut Mehdi Ben Barka - mémoire vivante

Aimad Laamiri, Fonctionnaire

Sandrine Lacombe

Ali Lamrabet, journaliste

Samir Larabi, Parti Socialiste des Travailleurs (Algérie)

Abdelkarim Lemrani,Journaliste

Jonathan LITTELL, cinéaste, écrivain (prix Goncourt 2006)

Yasser Louati, président du comité justice et libertés

Eduardo Lucita, Economistas de izquierda, Argentine

Imane Lyn

Elabadila Maa El Aynine Chbihna, software expert

Mimoun Mahli

Hicham Mansouri, journaliste à Orient XXI

Claire Marynower, historienne, Pacte/IUF

Laura Maver Borges, Professeure agrégée

Jean-François Meekel, journaliste honoraire France3 Aquitaine

Mohamed Mejlaoui

Sami Mejlaoui

Siham Mejlaoui

Noufissa Mikou, membre d'Attac France et professeure d'Université retraitée

Khadija Mohsen-Finan, Politologue, Enseignant-Chercheur

Olga Moll, maîtresse de conférences retraitée, Paris VIII

Maati Monjib, historien et journaliste

Sonia Moreno, journaliste, Espagne

Zakaria Moumni

Amal Moustaghfir

Asmaa Moustaghfir

Halima Moustaghfir

Touria Moustaghfir

Wafaa Moustaghfi

Quentin Muller, journaliste, France

Wail khalifa NACEH

Ali Nacihie

Brahim El Otmani

Rachid Naim

Olivier Neveux, universitaire

Moussa Ngom, journaliste et fondateur de la Maison des Reporters, Sénégal

Jean-Paul Olive, Professeur des Universités, Paris VIII

Rachid Oufkir

Giochino Panzieri, chargé de projet - IEMed, EHESS

Parti des Indigènes de la République

William Pelletier et Marie-Pierre Vieu, coordinateurs généraux de la Fondation Copernic

Serge Pey, Poète

Thomas PORTE, porte-parole de Génération.s

Portunato Laura, insegnante

Stéfanie Prezioso, Conseillère nationale (MP)-Ensemble à Gauche Genève

Mounir RABIA, enseignant, France

Driss Radi

Mehdi Amine Radi

Issam Rahmoune, Italie

Yacir Rami, musicien/compositeur

Jasmin Ramzy

Yasin Ramzy

Marta Reolon, Architetto

Aziz Rhali, président de l'Association Marocaine des Droits Humains

Laurent Ripart, historien, Université de Chambéry

Marguerite Rollinde, sociologue, militante associative

Fabien Roussel, Député du Nord et Secrétaire national du PCF

Alessandra Russo, insegnante

Mohamed Sabbar, Citoyen marocain résidant en France

Secrétariat International de la CNT-F

Kenza SEFRIOUI, éditrice

Ghita Skali

Makis Solomos, Professeur des Universités, Paris VIII

Said SOUGTY, membre du bureau ASDHOM

Antoine Spire, président du PEN-club français

Table rase

Charaf Rifaï, enseignant

Amine Taher

Nicole Thierry, traductrice

Eric Toussaint, porte parole du CADTM international

Union Pour le Communisme

Union syndicale SOLIDAIRES

Laure Van Ruymbeque, journaliste, Londres

Pedro Vianna, poète, homme de théâtre, enseignant universitaire

Arianna Vettorel, ricercatrice di Diritto internazionale, Università Ca' Foscari di Venezia

Louis Witter, photojournaliste, France

Rachid Zerrouki, professeur des écoles et écrivain

Mohamed Ziani activiste, producteur musical

Tarik Zouhri

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