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Tribune 16 oct. 2017

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En finir avec l'exclusion et la misère

Ce 17 octobre marque le 30e anniversaire de la Journée mondiale du refus de la misère. Nathalie Péré-Marzano, déléguée générale d’Emmaüs International et Bruno Tardieu, directeur de la campagne internationale «Stop Pauvreté» d'ATD Quart Monde, insistent sur le fait que les politiques publiques actuelles fabriquent de la pauvreté et de l'exclusion, alors qu'il est possible de faire autrement. 

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Une 30ème journée mondiale du Refus de la misère sera célébrée ce 17 octobre, et laisse redouter que, sans réelle mobilisation politique et citoyenne à toutes les échelles, des dizaines d’autres lui succèdent. Dix-sept ans après les Objectifs du Millénaire pour le Développement et la déclaration signée en l’an 2000 par tous les pays membres de l’O.N.U pour appeler à éradiquer la pauvreté sur terre, que s’est-il passé pour qu’en 2015, la communauté internationale se fixe une nouvelle série d’objectifs, les Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon de 2030 ?

En 2000, les objectifs ne concernaient que les pays du Sud, comme si la misère avait disparu au Nord. Et surtout y était inscrit l’objectif de «sortir la moitié des pauvres de la pauvreté», instituant la violence récurrente de la discrimination et du tri social. Par l’action de nos mouvements citoyens, le principe des ODD est maintenant de «Ne laisser personne de côté». Ils incluent le Nord comme le Sud, la protection des humains comme de la planète. Cette fois, les objectifs peuvent mobiliser les populations défavorisées et nous pouvons réellement les atteindre. Mais cela dépend de tous.

Nous l’affirmons ici, toute ambition d’éradication de la pauvreté doit s’appuyer en tout premier lieu sur un changement d’approche radical, et s'inspirer de l’intelligence et des résistances des personnes exclues. Et il y a urgence. Or nous constatons qu’à travers le monde, en Europe et en France en particulier, les personnes en situation de précarité sont pointées du doigt non seulement comme responsables de leur situation, mais comme coupables d’une partie des déficits publics de nos pays, et vivant "à leurs crochets".

Les personnes en précarité se voient soumises à une double peine: celle de vivre dans la misère, et celle du regard culpabilisateur porté sur elles.

Depuis plusieurs années, nous assistons à une inversion dangereuse des valeurs qui sont pourtant au cœur de notre humanité: venir en aide au plus souffrant, accueillir la diversité de la communauté humaine, bien vivre ensemble, dignement, et permettre à chacun-e de donner le meilleur de soi-même.

Les politiques publiques, sociales ou pour le «développement», qui sont mises en œuvre depuis 10 ans vont à l’encontre de ces valeurs, stigmatisant les plus exclus et leurs difficultés à trouver une place dans nos sociétés, conditionnant leur accès aux droits fondamentaux à des critères qui, de plus, segmentent ces personnes selon leur âge, leur situation familiale, leur "origine". Sous prétexte de faciliter l’accompagnement de ces personnes, on les trie et leurs droits varient selon la case qui leur est assignée femme seule, mineur isolé, famille, sans domicile, sans emploi, sans papiers, demandeur d’asile, migrant…

Cette segmentation conduit aujourd’hui, sous prétexte de plans d’austérité incontournables, à une mise en opposition de ces différents « publics », et à la création d’une échelle de traitement à l’exact opposé de ce qu’est par nature un droit fondamental: la mise en concurrence des publics précaires s’est substituée à l’universalité des droits.

De même, l’injustice faite aux migrants, là aussi éthiquement condamnable, relève d’une profonde incohérence, car ce sont précisément des choix politiques qui plongent ces personnes dans le dénuement et la précarité la plus totale, en rendant leur quotidien invivable : pas de droit au logement, de droit à l’eau potable et à une alimentation saine, pas de droit au travail, et encore moins de droit à la culture.

Cette précarité n'a rien d'une fatalité : elle est le produit des choix politiques de non-accueil.  

L’inversion des valeurs se révèle à nouveau lorsque l'on préfère grossir les dépenses consacrées à des politiques migratoires exclusivement sécuritaires, qui nourrissent les filières mafieuses de migration et le trafic d’êtres humains, plutôt que d’encourager les initiatives d’accueil et d’hospitalité que multiplient les citoyens partout dans le monde, et de s’en inspirer pour définir de nouvelles visions et politiques migratoires.   Ironie de cette fabrique de l'exil et de l'exclusion : un peu partout dans le monde, les pays et les populations pauvres savent se mobiliser pour accueillir les migrants.

Pourtant des gens en situation de misère osent désormais se rassembler, sortir du silence, et appeler à l’action contre l’exclusion, dans des associations comme ATD Quart Monde, Emmaüs et bien d’autres. Des nouvelles pratiques, espaces de paroles et réflexions collectives font école; des nouveaux concepts comme celui d’exclusion sociale, des droits comme la CMU ou l’expérience «Territoire Zéro Chômeurs» en sont issus. Les exclu.e.s parviennent à s’organiser pour assurer leur droit à la santé dans des mutuelles communautaires autogérées, en Afrique ou en Asie notamment.

Comme le dit Marie Jarhling, une des premières à avoir pu sortir du silence, « on nous méprisait, on nous méprise toujours, mais nous avons gardé l’humanité. Nous avons compris que nous n’étions pas coupables, mais victimes de la violence du mépris et de l’injustice. Puis nous avons compris que nous n’étions pas seulement victimes mais résistants. Résistants pour l’humanité ». Cette nouvelle force politique invite à en finir avec l’exclusion et la misère. Mais elle nous appelle surtout à inverser les choix qui conduisent notre humanité et notre planète dans l’impasse, et à retrouver le chemin des valeurs humaines.

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