Lettre ouverte à Richard Ferrand et aux dirigeant·es de partis politiques

Malgré de nombreuses sollicitations, le bureau de l’Assemblée nationale refuse, depuis plusieurs mois, de lever l’immunité parlementaire du député Benoît Simian, dont la cour d’appel de Bordeaux évoque la « persistance du comportement violent ». Un ensemble de collectifs féministes et d'élu·e·s demandent, outre la levée de son immunité parlementaire, de réels processus de protection de leurs militantes et d’exclusion des cas de militants et d’élus qui ont des comportement reconnus comme violents. « Et que cesse le "feminist washing". »

Malgré de nombreuses sollicitations, le bureau de l’Assemblée nationale refuse, depuis plusieurs mois, de lever l’immunité parlementaire du député Benoît Simian.

Ce député, dont la cour d’appel de Bordeaux évoque la « persistance du comportement violent », constitue pour son ex-épouse un tel danger qu’elle bénéficie d’une ordonnance de protection depuis août 2020, renforcée en mars 2021 après qu’il a tenté de la contacter à plusieurs reprises.

Le cas du député Simian est révélateur du peu de cas que les institutions politiques et les partis font des violences faites aux femmes. Nous sommes en effet persuadé·es que si les faits reprochés à ce député ne concernaient pas la mise en danger de la vie d’une femme, mais une situation de prise illégale d’intérêt, ou n’importe quelle autre infraction, le bureau n’aurait pas été si solidaire pour préserver l’immunité de ce député, empêchant par là toute enquête.

Par ailleurs, ce député a annoncé le 5 mai 2021 sa candidature sur le canton Sud-Médoc. Les partis politiques, nous le dénonçons depuis de nombreuses années, protègent aussi leurs membres agresseurs, présumés ou avérés.

Cette protection par les pairs doit cesser.

Nous dénonçons cette situation, qui traduit l’esprit de mépris de la classe politique pour les cas de violences faites aux femmes, que l’on retrouve non seulement à l’Assemblée nationale, mais aussi dans les partis politiques et au sein du gouvernement.

Cette inaction, de la part de nos responsables politiques les plus hauts placés, est gravissime.

D’un côté, le message renvoyé à la société tout entière est que les violences faites aux femmes ne sont pas « importantes » ; qu’elles constituent « une affaire privée », qui se règlent dans les familles, dans le silence, et qu’en parler « jette l’opprobre sur l’institution ». Nous affirmons que la protection des hommes violents par le monde politique est notamment ce qui jette le discrédit sur la classe politique.

Ce traitement des violences est préjudiciable pour l’ensemble de la société.

Et d’un point de vue démocratique, comment attirer des femmes à prendre en charge les choses publiques si elles sont à ce point méprisées par les différentes instances ?

Comment dans un tel contexte feindre de s’étonner que « la cellule de veille de l’Assemblée nationale » n’ait reçu aucun appel de femme victime de comportements ou de violences sexistes, alors même que l’Assemblée en question laisse perdurer des comportements problématiques depuis des années ?

D’autres députés, pourtant condamnés, continuent de siéger, de percevoir leurs indemnités, de prendre la parole.

Le climat dans les partis politiques, dans les institutions doit changer. Les élus doivent être exemplaires.

Nous demandons publiquement à Richard Ferrand de prendre en considération les demandes de levée de l’immunité du député Simian, mais aussi de recevoir les collectifs qui travaillent au sein de l’institution qu’il préside pour qu’il entende – enfin – ce que les personnes qui luttent contre les violences qui ont cours au sein de l’Assemblée nationale ont à lui préconiser.

Nous demandons à ce que les partis mettent en place de réels processus de protection de leurs militantes et d’exclusion des cas de militants et d’élus qui ont des comportement reconnus comme violents.

Nous demandons enfin à ce que l’ensemble des élu·es et collaboratrices·teurs, soient formé·es en matière de droit du travail et de lutte contre les comportements sexistes.

Et que cesse le « feminist washing ». Maintenant agissez réellement.

Signataires :

Le collectif chair collaboratrice,

L’association Femmes et dignité,

Le collectif les Grenades

Le collectif ni una Menos

 

Clémentine Autain, députée de Seine Saint Denis

Delphine Batho, Députée des deux Sèvres

Charlotte Buisson, Doctorante au CARISM (médiatisation des violences de genre)

Marie Coiffard, Conseillère Municipale EELV à Saint Martin d’Hères

Madeline Da Silva, Maire adjointe égalité femmes-hommes aux Lilas

Elsa Faucillon, Députée des Hauts-de-Seine

Albane Gaillot, Députée du Val-de-Marne

Héloïse Hardy, collaboratrice parlementaire et militante féministe

Assia Hebbache, collaboratrice parlementaire et cofondatrice de Chair collaboratrice

Annie Lahmer, Conseillère régionale d’Ile de France

Julia Mouzon, Présidente d’EluesLocales, 1er réseau national des femmes élues

Danièle Obono, Députée de Paris

Matthieu Orphelin, Député de Maine-et-Loire

Sophie Pécourt, Conseillère d'arrondissement Lyon 7e EELV

Pandora Reggiani, Cheffe de Cabinet

Pauline Rapilly Ferniot, Conseillère municipale EELV à Boulogne Billancourt (92)

Raphaëlle Rémy-Leleu Conseillère de Paris

Fiona Texeire, collaboratrice d’élu.e.s, initiatrice des tribunes pour un #MeToo des territoires

Cédric Villani, Député de l’Essonne

Mathilde Viot, Conseillère de groupe et cofondatrice de Chair collaboratrice

 

 

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