Notre maison brûle

« Le système capitaliste et la course aux profits nuisent quotidiennement à notre sécurité collective, et les accidents ne sont qu’une partie du problème ». Vingt ans après la catastrophe d’AZF, dix ans après Fukushima, deux ans après l’incendie de Lubrizol et un an après l’explosion du port de Beyrouth, une centaine d'organisations, personnalités politiques et militantes proposent « la mise en place immédiate de mesures protégeant nos vies et notre santé » et appellent « à organiser des temps de mobilisations face aux dangers industriels ».

Le 21 septembre 2001, l’explosion de l’usine AZF à Toulouse tua 30 personnes dont un lycéen et en blessa plus de 8 000. La justice pénale a depuis reconnu la responsabilité accablante de la désorganisation du travail, dont les formes de recours à la sous-traitance, comme cause essentielle de l’accident.

Le 11 mars 2011, la catastrophe de Fukushima rappelait au monde entier la faillibilité de la sûreté nucléaire, ainsi que l'impact des catastrophes naturelles sur la civilisation urbaine industrialisée, aveuglée par sa soif de domination et de contrôle des environnements et des écosystèmes.

Le 26 septembre 2019, l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen intoxiquait des milliers de personnes, de Rouen aux Pays-Bas, ainsi que l'air, l'eau et les terres normandes.

Le 4 août 2020, l’explosion d’un stockage d’ammonitrate dans le port de Beyrouth, au Liban, mit fin à la vie de 191 personnes et fit plus de 6 500 blessés, décimant une bonne partie de la ville.

Ces tragédies sont la partie émergée de l’iceberg. En France, en 2019, selon le ministère de la transition écologique, les pompiers interviennent 2 à 3 fois par jour pour des accidents technologiques survenant dans des usines, des entrepôts logistiques et des exploitations agricoles. Mais ce chiffre est certainement en-dessous de la réalité, car les services du ministère ne retiennent que les accidents les plus importants dans leur décompte. Après ces incendies, aucun suivi sanitaire n’est lancé pour diagnostiquer les impacts des émanations toxiques sur notre santé comme sur la biodiversité.

Ces violences industrielles ont augmenté de 21% récemment à cause des effets combinés du manque d’investissement dans la sécurité d'installations industrielles vieillissantes ; de la méconnaissance de nouveaux risques, comme l’utilisation de batteries lithium ; et de la précarisation massive des travailleurs, avec un recours toujours plus important à des sous-traitants contraints de prendre des risques au quotidien s’en pouvoir s’opposer aux décisions des donneurs d’ordre.

Ce problème est mondial. Le système capitaliste et la course aux profits nuisent quotidiennement à notre sécurité collective, et les accidents ne sont qu’une partie du problème. En 2017, le travail a causé 2,7 millions de morts dans le monde dont 360 000 décès à cause d’accidents industriels. La même année, 8 millions de personnes sont mortes de la pollution de l’air. En France, nous avons atteint le nombre tragique de 100 000 personnes décédées de la pollution de l’air, rien que pour l’année 2020.

Entre 1985 et 2020, nous sommes passés de 150 000 à 400 000 cancers déclarés chaque année dans l'Hexagone. Si nous ne changeons rien, nous aurons toutes et tous un cancer dans notre vie. Cette augmentation a des explications. Par exemple dans l’Union européenne, les seuils d’exposition à ne pas dépasser sont trop élevés et n’ont été définis pour seulement 2 000 substances chimiques sur les 30 000 en circulation

Contrairement à ce qu’on nous raconte, la France n’est pas désindustrialisée. Sur notre territoire, ce sont plus de 500 000 usines, entrepôts logistiques et exploitations agricoles qui sont en activité. Ces entreprises mettent en danger la vie des travailleurs et des riverains, car, 10% des sites ne respectent pas la réglementation lors des inspections. Pourtant, les patrons de ces entreprises ne sont pas poussés à respecter la réglementation, car l’amende maximale peu souvent infligée, n’est que de 15 000€ tandis que les systèmes de protection peuvent coûter des centaines de milliers d’euros, voire des millions pour les sites les plus dangereux.

Par ailleurs l’histoire ne joue pas en notre faveur : la France possède 320 000 anciens sites potentiellement pollués. Seulement 7 200 d'entre eux ont été diagnostiqués et sont malheureusement pollués. Nous avons donc des quartiers qui se construisent à proximité de terres polluées, des personnes qui mangent sans le savoir des légumes de leurs potagers urbains souillés par des métaux lourds, et des enfants qui jouent dans des endroits qui n’ont jamais été diagnostiqués ni dépollués.

Face à ce constat alarmant, il est urgent de prendre des mesures :

  • La création d’une Autorité de Sûreté Indépendante pour les ICPE (Installations Classées pour la Protection de l’Environnement) 

  • L’augmentation du nombre d’inspecteurs des installations classées pour la protection de l’environnement. 1 650 sont aujourd’hui en activité, alors qu'il en faudrait 4 500 de plus pour inspecter 50 000 ICPE/an contre seulement 9 000 actuellement, ainsi que celui des inspecteurs du travail chargés de contrôler la sécurité pour les travailleurs de ses sites

  • Des poursuites systématiques contre les dirigeants des ICPE ne respectant pas la réglementation avec des peines dissuasifs basé sur le chiffre d’affaire réalisé

  • La transition professionnelle écologique et sociale avec le maintien de tous les emplois, en priorisant la substitution des activités dangereuses pour la santé et l’environnement vers des activités plus vertueuses comme le démantèlement et la restauration des sites pollués, l'agroécologie ainsi que des échelles de production plus artisanales

  • Une éducation à l’environnement pour tous et toutes intégrant les risques industriels et naturels.

Vingt ans après la catastrophe d’AZF, dix ans après Fukushima, deux ans après l’incendie de Lubrizol et un an après l’explosion du port de Beyrouth, nous appelons toutes les personnes et organisations déterminées à renforcer l’engagement populaire par la base et à organiser des temps de mobilisations face aux dangers industriels.

Nous proposons la mise en place immédiate de mesures protégeant nos vies et notre santé, nous proposons un cadre temporel large de deux semaines pour prendre le temps, de l'échelle d'un quartier à celui de notre planète, d'organiser des rassemblements ainsi que des ateliers d'éducation populaire du 17 septembre 2021 au 3 octobre 2021.

Plusieurs événements sont déjà planifiés :

  • Vendredi 17 septembre : actions décentralisées contre la réintoxication du monde

  • Mardi 21 septembre à Toulouse : cérémonie de commémoration des 20 ans de la catastrophe d’AZF

  • A partir du 21 septembre près du Carnet en Loire-Atlantique : contre-sommet face au sommet international des énergies offshores, l'extractivisme et le Grand Port colonial, ses sites Seveso et son monde

  • Mercredi 22 septembre à Bordeaux : atelier d'éducation populaire autour des dangers de l'agroindustrie

  • Jeudi 23 septembre en région parisienne : atelier d'éducation populaire sur les dangers industriels

  • Vendredi 24 septembre : Randonnée de découverte des dangers industriels en Ile de France

  • Samedi 25 septembre à Lyon : manifestation pour la sortie du nucléaire

  • Samedi 25 septembre à Rouen : atelier d'éducation populaire sur les dangers industriels

  • Dimanche 26 septembre à Rouen : manifestation deux ans après l’incendie de Lubrizol

  • Dimanche 03 octobre au Bugey : manifestation sur les risques du nucléaire

Ensemble, construisons une mobilisation pour développer des rapports de force car il y a urgence : Notre Maison Brûle !

Si vous souhaitez signer la tribune, c’est par là : signature@notremaisonbrule.net

Si vous souhaitez organiser un atelier ou une manifestation pendant les deux semaines de mobilisation, n'hésitez pas à le signaler et/ou à demander du soutien via Facebook, Twitter, notre réseau de canaux telegram régionaux ou par mail à bonjour@notremaisonbrule.net

Signataires

Organisations :

Alerte Pesticides Haute Gironde
Alternatiba Paris
Association des Sinistrés de Lubrizol (ASL)
Association Henri Pézerat Santé-Travail-Environnement
Attac
Ban Asbestos France
Collectif Stop Carnet
Europe Écologie Les Verts
Emancipation Collective
Gascogne En Transition
Gauche Démocratique et Sociale
Greenpeace Groupe local Bordeaux
Handi-Social
La Clé des Ondes, radio associative Bordeaux
La France Insoumise
Le Collectif Antinucléaire de Vaucluse (CAN84)
Les Amis de la Terre
Mouvement Contre le Crime Atomique (MCCA)
NDDL POURSUIVRE ENSEMBLE
Notre Maison Brûle
Réseau "Sortir du nucléaire"
Rhône-Alpes Sans Nucléaire
Sciences Citoyennes
Sud Chimie
UD CGT 76
ZEA

Signataires individuels :

Gabriel Amard, co-presidente de la Coordination Eau Bien Commun France et directeur du Formateur des collectivités
Manon Aubry, députée européenne de La France Insoumise
Clémentine Autain, députée de La France Insoumise
Benjamin Ball Organisateur de Communautés
Ludivine Bantigny, historienne, spécialiste de l’histoire de Mai 68 et du contingent lors de la guerre d’Algérie
Julien Bayou, secrétaire national d’EELV
Ugo Bernalicis, député de La France Insoumise
Françoise Boireaud, conseillère à l'emploi
Manuel Bompard, député européen, La France Insoumise
Sandrine Binet, Emancipation Collective
Gilles Borgey
Benoit Borrits, économiste
Hélène Cabanes, Conseillère municipale et métropolitaine EELV
Marco Candore, cinéaste, PEPS
Yves Contassot, président « Convention pour une République Ecologique »
Camille Courjault, Emancipation Collective
Laurence De Cock, essayiste et historienne
Elen Debost, conseillère departementales de la Sarthe, EELV
Pierre Dernoncourt, professeur de philosophie
Olivier Dubuquoy, militant écologiste et réalisateur
Laure Faudemer GASCOGNE EN TRANSITION
Caroline Fiat, députée de La France Insoumise
Yves Frémion, ancien député européen, PEPS
Jean-Claude Garret, secrétaire de SUD Chimie
Guillaume Gontard, sénateur d’EELV
Fabienne Grébert, candidate des écologistes aux régionales en Auvergne-Rhône-Alpes
Philippe Juraver, co-coordinateur Espace des luttes, France Insoumise
Marjorie Keters, Acides
Bastien Lachaud, député de La France Insoumise
Myriam Laïdouni-Denis, conseillère régionale Auvergne Rhône Alpes, EELV
Michel Larive, député de La France Insoumise
Joëlle Locatelli , médecin retraité
Thomas Le Roux, historien
Gilles Martinet, enseignant-chercheur contractuel à l'Université de Cergy-Pontoise, Facs et Labo en lutte
Daniel Marsan, Vice président A.M.E.
Antoine Maurice, conseiller municipal et métropolitain de Toulouse et Toulouse Métropole, tête de liste écologiste « L’Occitanie naturellement » pour les régionales en Occitanie, EELV
Myriam Martin, conseillère régionale Occitanie, La France Insoumise
Odile Maurin, conseillère municipale et métropolitaine de Toulouse (EÉLV - Archipel citoyen)
Jean-Luc Mélenchon, député de La France Insoumise
Andrea Mencarelli, correspondant à Paris pour "Contropiano.org"
Sylvie Nony, militante écolo et insoumise, Bordeaux
Julie Nicolas, conseillère municipale Lille d’EELV
Danièle Obono, députée de La France Insoumise
Adriana Olmedo, artiste et coeurs des gilets jaunes (collectif qui maraude)
Mathilde Panot, députée de La France Insoumise
Frédéric Paschal, consultant informatique
Bruno Paternot, conseiller Municipal et Métropolitain de Montpellier Méditerranée Métropole, EELV
Maryse Perrier Borgey
Eric Piolle, maire de Grenoble EELV
Christopher Pollmann, professeur des universités agrégé de droit public, Université de Lorraine – Metz
Thomas Portes, porte-parole CGT
Paul Poulain, spécialiste des risques et des impacts industriels
Loïc Prudhomme, député de La France Insoumise
Pauline Rapilly Ferniot, conseillère municipale à Boulogne-Billancourt, EELV
Muriel Ressiguier, députée de La France Insoumise
Sandrine Rousseau, économiste et candidate à la primaire des écologistes
Sabine Rubin, députée de La France Insoumise
Laetitia Sanchez, conseillère régionale EELV, maire de Saint-Pierre du Vauvray
Anthony Smith, responsable syndical au Ministère du Travail
Philippe Stanisière, délégué à l'international d'EELV
Bénédicte Taurine, députée de La France Insoumise
Annie Thébaud-Mony, sociologue de la santé
Sezin Topcu, chercheuse au CNRS, historienne et sociologue des sciences
Marie Toussaint, députée européenne d’EELV
Albin Wagener, Dr. Hdr en Sciences du Langage

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.