Boycottons le G20 en Arabie Saoudite pour exiger le respect des droits des femmes

« En solidarité avec les femmes qui sont enfermées sans jugement ni inculpation depuis des années en Arabie Saoudite […] en particulier la militante en grève de la faim Loujaine Al Hathloul » plus d'une vingtaine de députés, et sénateurs, de divers horizons appellent au boycott du G20 organisé par Ryad, les 21 et 22 novembre prochains.

Le sommet du G20 prévu les 20 et 21 novembre prochain à Riyad doit être l'occasion pour les grands de ce monde de coordonner leurs efforts pour faire face aux grands défis du moment. En tête de leurs priorités figure bien entendu l'endiguement de la crise sanitaire de la Covid-19 qui a déjà causé la mort de plus d’un million de personnes à travers le monde.

Cette pandémie nécessite la mobilisation de toutes les énergies tant il est à craindre que l’urgence sanitaire ne se double d’un désastre social. Des millions de personnes ont déjà basculé dans la grande pauvreté et des secteurs entiers de l’économie mondiale sont aujourd’hui sinistrés. Il faudra du temps pour panser les plaies de cette crise majeure, même avec la mise sur le marché d’un vaccin qui, nous l’espérons, permettra de tourner la page de cet épisode inédit.

Au delà de cet impératif de convergence, il ne peut y avoir de réunion des grandes puissances qui ne mette l’accent sur la situation des droits humains dont le respect est constitutif d’une vraie gouvernance démocratique.

Évènement phare de l’agenda international, le G20 - et particulièrement le pays hôte - se doit d’être exemplaire. Or, force est de constater que sur ce terrain, l’Arabie Saoudite est loin du compte.

Pire, le régime est aujourd’hui enfermé dans une fuite en avant répressive qui musèle toute forme d’opposition même pacifique et légaliste. Bien sûr, nous saluons l’engagement du royaume wahhabite dans la lutte contre le terrorisme et l’idéologie radicale. Les efforts depuis plus de deux décennies sont indéniables et le pays a lui-même payé un lourd tribut.

Il nous semble cependant indispensable de rappeler que la lutte contre l'extrémisme ne doit pas se faire au prix de violations répétées des droits et libertés fondamentales. Historiquement pointée du doigt par les organisations de défense des droits humains, cette politique liberticide a même pris une tournure encore plus agressive depuis l’accession au pouvoir du jeune prince héritier Mohamed Ben Salman.

A ce titre, nous tenons à exprimer toute notre solidarité aux femmes activistes qui sont enfermées sans jugement ni inculpation depuis des années. A l’approche du G20, la militante Loujaine Al Hathloul a même entamé une grève de la faim qui met gravement en péril sa santé mentale et physique. Emprisonnée pour avoir demandé la fin de la tutelle masculine et le droit de conduire pour les femmes saoudiennes, elle est, selon sa famille, victime de sévices réguliers et de traitements inhumains et dégradants.

Avec elle, ce sont des dizaines d’autres féministes comme Aziza al-Youssef, Eman al-Najfan ou Nouf Abdulaziz qui font les frais d’un tour de vis implacable alors même que le régime souhaite améliorer son image avec des réformes progressistes qui ne sont en réalité que des avancées en trompe-l’oeil.

En dépit des obligations en matière d’égalité entre les sexes et d’autonomisation des femmes qui incombent à l’Arabie Saoudite au titre de sa participation au G20, le régime ne fait montre d’aucune indulgence. Sur le plan régional, ce durcissement autoritaire s’accompagne d’un engagement particulièrement meurtrier au Yémen où l’intervention saoudo-émirienne sème la mort et la destruction. Face à ce constat amer et à l’entêtement des autorités de Riyad, il nous semble légitime d’appeler à un boycott de l’édition 2020 du G20.

La France en sortirait grandie et cette décision courageuse s’inscrirait dans le prolongement du discours du président Emmanuel Macron qui avait en mai 2019 exprimé son entière solidarité avec Loujaine Al Hathloul.

Notre appel fait aussi écho à celui lancé il y a quelques jours par plusieurs dizaines de parlementaires américains ainsi qu’un nombre important de députés européens. Tous ont émis de sérieuses réserves sur cette participation, soulignant qu’un boycott constituerait autant un levier pour exiger un changement de politique de la part de Riyad qu’une expression de solidarité vis-à-vis de femmes dont le calvaire ne saurait se doubler d’un silence.

Dans ce contexte, la présence des plus hauts dignitaires de la planète au G20 ne doit pas être instrumentalisée pour donner une respectabilité à un régime dont le bilan en matière des droits de l’homme est lamentable. Au contraire, deux ans après l’odieux assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, nous devons signifier aux autorités du pays que l’impunité et la violation des droits fondamentaux de l’être humain ne peuvent aller de !pair avec une crédibilité internationale.

Mis à mal par des années de présidence américaine sous l’ère de Donald Trump, le multilatéralisme trouve aujourd’hui l’occasion de se remettre en selle et de démontrer le bien-fondé de son action. Aux côtés de la lutte contre le réchauffement climatique et du combat pour sortir de la crise due à la Covid-19, l’appel à un respect des droits humains et à l’égalité entre les femmes et les hommes ne doit pas rester le parent pauvre d’un sursaut pour les valeurs humanistes que les peuples du monde appellent de leurs voeux.

 

Signataires :

Albane Gaillot, députée NI
Hubert Julien-Laferrière, député NI
Clémentine Autain, députée LFI
Delphine Bagarry, députée NI
Delphine Batho, députée NI
Esther Benbassa, sénatrice Groupe Écologiste - Solidarité & Territoires
Annie Chapelier, députée Agir Ensemble
Hélène Conway-Mouret, sénatrice PS
Yolaine de Courson, députée NI
Alain David, député Socialistes et apparentés
Loïc Dombreval, député LREM
Frédérique Dumas, députée Libertés et Territoires
Thomas Dossus, sénateur Groupe Écologiste - Solidarité & Territoires
Paula Forteza, députée NI
Guillaume Gontard, sénateur Groupe Écologiste - Solidarité & Territoires
Yannick Haury, député LREM
Christian Hutin, député Socialistes et apparentés
Gisèle Jourda, sénatrice Socialiste, Écologiste et Républicain
Régis Juanico, député Socialistes et apparentés
Didier Marie, sénateur PS
Matthieu Orphelin, député NI
Dominique Potier, député PS
Cécile Rilhac, députée LREM
Nathalie Sarles, députée LREM
Elisabeth Toutut-Picard, députée LREM
Frédérique Tuffnell, députée MODEM
Cédric Villani, député NI
Richard Yung, sénateur LREM

 

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