Les invités de Mediapart
Dans cet espace, retrouvez les tribunes collectives sélectionnées par la rédaction du Club de Mediapart.

1014 Billets

15 Éditions

Tribune 18 nov. 2020

A Rouen, comme ailleurs, exigeons la liberté d’expression et de manifester

Suite aux plaintes retenues contre des manifestants qui contestaient la présence du ministre de l’Intérieur, le 6 juillet dernier à Saint-Étienne-du-Rouvray, plusieurs organisations syndicales, ainsi que de nombreuses personnalités exigent « l’abandon des poursuites pour outrage contre Valentin » et que les plaintes des sept personnes illégalement retenues soit instruites dans les plus brefs délais, et que cette pratique comme celle des nasses soient prohibées. Un rassemblement est prévu le lundi 23 novembre.

Les invités de Mediapart
Dans cet espace, retrouvez les tribunes collectives sélectionnées par la rédaction du Club de Mediapart.

Depuis sa nomination le 6 juillet dernier, de nombreuses voix s’élèvent dans tout le pays pour critiquer le fait que M. Darmanin, visé par deux plaintes, l’une pour « viol », la seconde pour « abus de faiblesse » concernant des faveurs sexuelles en échange d’un logement, devienne Ministre de l’Intérieur.

Si le Ministre n’a pas pu empêcher la parution de nombreuses tribunes dans la presse, tout semble avoir été mis en œuvre pour limiter la liberté d’expression lors de ses déplacements.

Ainsi, dimanche 26 juillet, un énorme dispositif policier voulait empêcher toute forme de contestation de la présence du ministre de l’Intérieur durant la cérémonie d’hommage au prêtre Jacques Hamel à Saint-Étienne-du-Rouvray dans l’agglomération de Rouen. A titre préventif, la préfecture de Seine Maritime publiait un arrêté d’interdiction de manifester dans le périmètre de la cérémonie alors que la cérémonie était ouverte au public. En pratique : rues barrées, checkpoints, contrôles d’identité, carton d’invitation exigé, liste de personnes indésirables interdites d’accès… Contrairement aux années précédentes, de nombreux habitants n’ont pas pu entrer librement sur le lieu de la cérémonie. Tout était mis en place pour empêcher l’expression de celles et ceux qui pensent qu’un homme accusé de viol ne devrait pas être au gouvernement.

Onze personnes qualifiées de « manifestants présumés » ont été interpellées à l’occasion de quelques slogans interpellant M. Darmanin et du déploiement d’une mini pancarte où l’on pouvait lire « SHAME » (Honte en anglais). Outre les amendes à 135 Euros, contestées par chacun des contrevenants, quatre personnes ont passé 24 heures en garde à vue au commissariat de Rouen. L’une d’entre elles est désormais poursuivie pour « outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique » pour avoir scandé « DARMANIN violeur, sale violeur » est convoquée devant le juge le 23 novembre prochain, risquant une peine de 1 an de prison et 15000 euros d’amende.

Si la présomption d’innocence doit être respectée, celle-ci ne peut avoir pour objet ou pour effet de limiter la liberté d’expression. Dans un contexte d’atteintes à la liberté de manifester, de tensions liées à un énorme dispositif policier, de volonté du pouvoir de faire taire toute voix discordante, nous aurions pu, nous aussi, scander ces mêmes slogans, que les autorités considèrent comme outrageants.

Comme le souligne notamment Amnesty International, de nombreux·ses manifestant·e·s sont régulièrement condamné.es pour outrage sur la base d’une loi vague permettant surtout de limiter le droit d’expression pourtant reconnu par la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Européenne. 

A Rouen, cette atteinte à la liberté d’expression a pris une nouvelle forme. C’est ainsi que lors d’un des rassemblements devant l’hôtel de police de Rouen, lundi 27 juillet au matin, pour exiger la libération immédiate des personnes gardées à vue, une quinzaine de soutiens a été contrôlée et verbalisée par des amendes de 68 Euros pour « émission de bruit portant atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l’homme », soit l’équivalent d’un tapage diurne. Nous ne pouvons laisser passer un tel détournement de la loi qui revient en pratique à pouvoir interdire tout slogan en manifestation.

Pour sept autres interpellé·e·s, le régime sous lequel ils et elles ont été maintenu·e·s contre leur gré dans les locaux du commissariat relève d’une « atteinte à la liberté individuelle commise par une personne dépositaire de l’autorité publique », infraction punie de sept ans d'emprisonnement et de 100 000 euros d'amende selon les dispositions de l’article 432-4 du code pénal. Nous exigeons que les plaintes des sept personnes illégalement retenues soit instruites dans les plus brefs délais, que cette pratique comme celle des nasses soient prohibées.

La liberté d’expression comme celle de manifester constituent des droits fondamentaux dont nous ne pouvons accepter la remise en cause.

Nous exigeons:

- L’abandon des poursuites pour outrage contre Valentin.

- La suppression des infractions « d’outrage à personne dépositaire de l’autorité publique » et « émission de bruit portant atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l’homme » dans le cadre des manifestations.

- La fin de toutes les techniques illégales, nassage, privation de liberté, utilisées par les forces de l’ordre

A l’occasion du procès de Valentin pour outrage, nous appelons à un rassemblement, non silencieux, lundi 23 novembre 2020 à partir de 12h00 devant le Palais de Justice de Rouen.

Premiers signataires :

Murielle Guilbert, co-déléguée générale Solidaires

Jean Baptiste Eyraud, porte-parole national de Droit Au Logement.

Céline Verzeletti, responsable des questions de libertés syndicales à la CGT

Morane Le Deunf, co-secrétaire départementale FSU 76

Simon Duteil, co-délégué général Solidaires

Gérald Le Corre, militant CGT 76

William Audoux, secrétaire général CGT Renault Cléon

Christian Morin, Secrétaire de l'Union Locale CGT d'Elbeuf

Anthony Smith, responsable syndical au ministère du travail

Gaël Quirante, Sud Poste 92, licencié en lien avec l’activité syndicale

Thomas Petit, soignant réprimé du CH du Rouvray

Les 4 de Nanterre réprimés : Selim Ben Hamouda, Barthélemy Piron, Ayoub Almeida, Victor Mendez

Ludivine Bantigny, historienne

Reynald Kubecki, CGT Sidel

Lionel Descamps, France Insoumise

Anasse Kazib, SUD Rail

Loïc Roldan, secrétaire du syndicat CGT Restauration Rapide 76

Pascal Le Manach, CGT Renault Cléon

Frank Prouhet, médecin généraliste, syndicat de la médecine générale

Thomas Coutrot, économiste

Noura Hamiche, conseillère municipale à Saint-Etienne-du-Rouvray

Reynald Grandpierre, conseiller municipal à Oissel

Enora Chopard, conseillère municipale à Rouen

Christine Poupin, Olivier Besancenot, Philippe Poutou, porte-parole national du NPA

Appel soutenu par les organisations :

Union syndicale Solidaires

Solidaires 76

FSU 76

Syndicats CGT APAVE, Renault Cléon, DIRECCTE Normandie, CPAM 33

Blog des communistes libertaires de la CGT

Collectif Droits des Femmes Rouen

DAL 76 et 35

ASTI 66

Les syndicats Sud Education 76&27, Sud Culture section Opéra de Rouen, Sud Chimie, Sud Solidaires Précaires 76, Sud Santé Sociaux 76, Sud Travail Normandie, Sud CT 76

PG 76

NPA Rouen

Les Jeunes Écologistes Rouen

Autres signataires :

Marie Amstoutz, Sud Protection Sociale Haute-Normandie

Marc André, maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université de Rouen

Jacques Bérard, NPA 31

Bernard Berger, enseignant retraité, SNUEP-FSU, Libre Pensée.

Nathalie Beuve, CGT Educ’ation, enseignante

Eric Beynel, syndicaliste

Sylvie Bocage Lagarde, CGT Culture

Jean Boucher, SG UL CGT du Conflent 66

Josiane Boucher, présidente ASTI 66

Patrick Brody, syndicaliste CGT

Philippe Brière, ancien conseiller municipal à Saint-Etienne-du-Rouvray

Florence Capron

Yves Certain, militant syndicaliste

Béatrice Clais, CGT Carrefour

Déborah Cohen, Université de Rouen

Frédérique Dabon, syndicaliste dans la santé

Jean Dangu, Sud Ptt 76

Nicolas Dayras, CGT Renault Cléon 

Laurent Di Pasquale, SUD-Commerces et Services du 84

Manuela Dona, SG CGT Douanes

Patrick Dubreil, médecin, syndicat de la médecine générale

Didier Etave, militant antiraciste, Saint-Aubin-lès-Elbeuf

José Ferreira, SG CGT APAVE

Alain Godet, boucher retraité, membre du DAL Rouen

Catherine Goué, retraitée de l’Education Nationale

Valérie Grunenwald, enseignante et syndicaliste

Yann Herhemvé, CGT Douanes

Jean-Marie Hirtz

Gilles Houdouin, conseiller régional de Normandie, Ensemble !

Francis Hue, CGT, enseignant retraité

Lorena Klein, Secrétaire CHSCT ministériel de l'enseignement supérieur et de la recherche, FERC-CGT

Alain Lanoé, CGT Educ’action

Laurent Le Deunf, Sud Ptt 76

Sandra Lebertre, Sud Santé Sociaux 76

Françoise Lesconnec, retraitée de l'éducation nationale

Régis Louail, militant CGT Elbeuf

Thierry Martin, agriculteur

Hélène Mattard, enseignante retraitée

Nicolas Oudin, CGT Douanes

Fatma Obligis, militante CGT 76.

Jean-Pierre Paris, membre de l'UNIRS Solidaires 76

Armelle Pertus, FSU 92

Françoise Pique

Guy Pique, CGT

Reynald Ponty, CGT Renault Cléon

Pascal Prével, syndicaliste enseignant SNEP-FSU

Florian Renard, privé d’emploi

Henri Rogé, militant PCF, Syndicaliste FSU, enseignant retraité

Claire Rogé, travailleuse France Telecom

Frédéric Rotella, NPA 66

Christine Steenstrup, enseignante retraitée

Eric Tron de Bouchony, biologiste, Saint-Nazaire

Cécile Velasquez, CGT

Nicole et Gérard Voide, asso H.Pezerat

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Migrations
Des femmes et des enfants survivent dans la rue à Bagnolet
Une vingtaine de femmes exilées, et autant d’enfants, dont des nourrissons, occupent un coin de rue à Bagnolet depuis le 4 août pour revendiquer leur droit à un hébergement. Une pétition vient d’être lancée par différentes associations pour soutenir leur action et interpeller les autorités sur leur cas.
par Nejma Brahim
Journal — Logement
Face au risque d’expulsion à Montreuil : « Je veux juste un coin pour vivre »
Ce mardi, une audience avait lieu au tribunal de proximité de Montreuil pour décider du délai laissé aux cent vingt personnes exilées – femmes, dont certaines enceintes, hommes et enfants – ayant trouvé refuge dans des bureaux vides depuis juin. La juge rendra sa décision vendredi 12 août. Une expulsion sans délai pourrait être décidée.
par Sophie Boutboul
Journal — Énergies
La sécheresse aggrave la crise énergétique en Europe
Déjà fortement ébranlé par les menaces de pénurie de gaz, le système électrique européen voit les productions s’effondrer, en raison de la sécheresse installée depuis le début de l’année. Jamais les prix de l’électricité n’ont été aussi élevés sur le continent.
par Martine Orange
Journal — France
Inflation : le gouvernement se félicite, les Français trinquent
L’OCDE a confirmé la baisse des revenus réels en France au premier trimestre 2022 de 1,9 %, une baisse plus forte qu’en Allemagne, en Italie ou aux États-Unis. Et les choix politiques ne sont pas pour rien dans ce désastre.
par Romaric Godin

La sélection du Club

Billet de blog
Variole du singe : chronique d'une (nouvelle) gestion calamiteuse de la vaccination
[REDIFFUSION] Créneaux de vaccination saturés, communication inexistante sur l'épidémie et sur la vaccination, aucune transparence sur le nombre de doses disponible : la gestion actuelle de la variole du singe est catastrophique et dangereuse.
par Jean-Baptiste Lachenal
Billet de blog
Ce que nous rappelle la variole du singe
[REDIFFUSION] A peine la covid maitrisée que surgit une nouvelle alerte sanitaire, qui semble cette fois plus particulièrement concerner les gays. Qu’en penser ? Comment nous, homos, devons-nous réagir ? Qu’est-ce que ce énième avertissement peut-il apporter à la prévention en santé sexuelle ?
par Hervé Latapie
Billet de blog
Faire face à l’effondrement du service public de santé
Après avoir montré l’étendue et les causes des dégâts du service public de santé français, ce deuxième volet traite des solutions en trompe-l’œil prises jusque-là. Et avance des propositions inédites, articulées autour de la création d’un service public de santé territorial, pour tenter d’y remédier.
par Julien Vernaudon
Billet de blog
Variole du singe : ce que coûte l'inaction des pouvoirs publics
« L'objectif, c'est de vacciner toutes les personnes qui souhaitent l'être, mais n'oublions pas que nous ne sommes pas dans l'urgence pour la vaccination ». Voilà ce qu'a déclaré la ministre déléguée en charge des professions de santé, au sujet de l'épidémie de la variole du singe. Pourtant pour les gays/bis et les TDS il y a urgence ! Quel est donc ce « nous » qui n'est pas dans l'urgence ?
par Miguel Shema