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Tribune 19 janv. 2022

Le 20 Janvier, l’Assemblée Nationale doit reconnaître le génocide ouïghour

À l'initiative de Maximilien Poulain de « Youth For Uyghurs », plusieurs personnalités exhortent la France à reconnaître le génocide ouïghour, à l'occasion du vote d'une résolution à l'Assemblée. « Autrement, l’Histoire nous jugera, et il ne restera aux Ouïghours que le sel de leurs larmes.  »

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« Plus jamais ça ». Bien plus qu’une formule passée à la postérité, il s’agit d’un serment humaniste prononcé sur les cendres d’une guerre mondiale génocidaire. C’est cette phrase qui a inspiré notre action. Qui sommes-nous ? “Youth For Uyghurs”, un mouvement de jeunes citoyens dont le but est d’obtenir la cessation des crimes contre l’humanité infligées aux Ouïghours. Nous sommes présents sur les réseaux sociaux et nous travaillons avec l’Institut Ouïghour d’Europe présidé par D. Reyhan, mais nous sommes aussi en lien avec  des députés et eurodéputés comme O. Faure ou R. Glucksmann. Par ailleurs, les ONG Human Rights Watch et Amnesty France nous soutiennent.

En 1948, la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide est signée. Son article premier est univoque : « les parties contractantes reconnaissent que le génocide, commis en temps de paix ou en temps de guerre, est un crime qu’elles s’engagent à prévenir et punir ». L’article II en précise le cadre : « un génocide s’entend dès que l’un des quelconques actes ci-après est commis dans l’intention de détruire, tout ou partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux : meurtre des membres du groupe, atteinte grave à l’intégrité physique ou morale des membres du groupe, soumission intentionnelle du groupe à une existence devant entraîner sa destruction totale ou partielle, mesures visant à entraver totalement ou partiellement les naissances au sein du groupe, transfert forcé d’enfants du groupe à un autre. »

Or, depuis quelques années, l’entrave aux naissances est largement systématisée à l’encontre des Ouïghoures en Chine. C’est l’un des « quelconques crimes » dont parle la convention, commis de manière « partielle ou totale ». Nous pouvons donc bien l’affirmer : les Ouïghours subissent un génocide au sens même de la convention de l’ONU de 1948.

Revenons en arrière. La Région ouïghoure, minorité turcophone musulmane, a été annexée en 1949. Dès 1950, un processus colonial et une sinisation de la culture ouïghoure frappent le Xinjiang. Un basculement va se produire après le drame du 11 Septembre 2001. La Chine va instrumentaliser les quelques attentats commis des par extrémistes pour amorcer une répression de masse dans la région. « Et au bout de la chaîne, il y a la camp » disait Primo LéviAvec l’accession au pouvoir de Xi Jinping en 2014, la répression a laissé place à l’extermination. Les Ouïghours subissent une triple fatalité : le racisme du pouvoir chinois à l’égard de provinces rattachées tardivement à l’ancien empire, la volonté du PCC d’uniformiser le milliard d’habitants vivant sous sa coupe, et leur présence sur le trajet des « nouvelles routes de la soie », une sorte de super autoroute commerciale.

Que penser de la nomination du responsable de la boucherie tibétaine à la tête du parti communiste de la région ? Que penser de la fuite de documents internes au PCC, révélée par le New York Times où les fonctionnaires ont reçu des ordres visant à « rafler toutes les personnes devant être raflées », de « toutes les éliminer… de les détruire en profondeur », et de « briser leur lignée, briser leurs racines et briser leurs origines ? » Que penser des images satellitaires prouvant l’existence de camps d’internement – au moins 350 – où sont parqués au moins un million de Ouïghours ? Que penser des rapports officiels chinois et des chiffres onusiens prouvant que la chute du taux de natalité en région ouïghoure entre 2017 et 2019 avoisine les 50 % ? Que penser de l’existence de documents officiels autorisant la construction de trop nombreux crématoriums dans la région ? Que penser du témoignage d’un officier de police chinois sur CNN avouant « torturer des innocents et n’en laissant s’échapper aucun » ?

Des recherches ont montré que certains camps organisent du travail forcé, et que des Ouïghours sont également déportés pour être enrôlés de force dans des usines, sous-traitantes de grandes marques internationales. Des témoignages attestent également de tortures, et en particulier d’agressions sexuelles et de viols systématisés, d’humiliations et d’une déshumanisation constante. Ils attestent aussi de prélèvements forcés d’organes. Les cimetières et temples musulmans sont pulvérisés. Les enfants sont massivement placés en orphelinats. Le but est d’effacer le passé et le futur d’un peuple, d’une culture, d’une religion, et même d’une nation. En 2017, les statistiques officielles faisaient état de 497 800 enfants en orphelinats dans la région. En 2019, ces mêmes statistiques indiquaient qu’ils rassemblaient désormais 880 500 enfants, soit une augmentation de 76,9 %. 

Plus de preuves sont encore disponibles dans la « proposition de résolution nº 4760 portant sur la reconnaissance du caractère génocidaire des violences [...] à l’égard des Ouïghours », accessible en ligne.

Combien de critères de la convention de 1948 la Chine viole-t-elle ? S’il est internationalement admis que la seule politique de stérilisation de masse est un acte constitutif d’un génocide, tous les critères peuvent être utilisés tant de la déportation des enfants à la destruction de l’intégrité psychique des Ouïghours, Pékin tente d’éradiquer une altérité de plus. Nous ne pouvons plus fermer les yeux. Par respect pour les victimes, pour permettre le deuil des rescapés, pour empêcher surtout la poursuite de l’horreur aux confins du monde, la France, berceau des droits humains, se doit d’être aux avant-postes de la défense des Ouïghours. Le 20 Janvier, elle doit reconnaître le génocide ouïghour. Autrement, l’Histoire nous jugera, et il ne restera aux Ouïghours que le sel de leurs larmes.

Maximilien Poulain, président de Youth For Uyghurs

Signataires :

Dilnur Reyhan, chercheuse et présidente de l’Institut Ouïghour d’Europe

Charlotte Seck, chargée de plaidoyer pour les droits de l’homme auprès de l’ONU

Romain Goupil, cinéaste

Eva Illouz, sociologue

Sumi Saint Auguste, analyste

Michel Eltchaninoff, essayiste 

Lise Couterrand, actrice

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