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Tribune 19 mars 2021

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Frédérique Vidal n'est déjà plus notre ministre

«Attaques contre les libertés académiques, non-assistance à étudiant·es en détresse, exposition des personnels à la violence, droits d’inscription prohibitifs pour certain·es étudiant·es, précarisation des personnels, destruction de notre service public...» La liste est longue. «Université Ouverte» et le Comité Vidal démission demandent le départ de leur ministre. Mais aussi un changement de cap : un plan massif et des mesures d’urgence pour les étudiant·es. Rassemblement jeudi 25 mars devant Matignon.

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Alors que la destruction de l’Enseignement supérieur et de la recherche a franchi un nouveau palier avec la promulgation de la Loi de Programmation de la Recherche le 24 décembre 2020, alors que la pandémie n’en finit pas d’épuiser des universités abandonnées, la chasse aux sorcières et l'ensemble des attaques contre les libertés académiques menées par Frédérique Vidal mettent en danger l’exercice de nos missions.

En France comme à l’étranger, la sidération et l’indignation

Le 20 février, une tribune collective publiée dans Le Monde appelait à la démission de la ministre. D’abord portée par 600 membres du personnel de l’Enseignement supérieur et de la recherche, elle a recueilli en une semaine plus de 22 000 signatures, venues de toutes les disciplines académiques. Dans le monde universitaire, une mobilisation aussi large est exceptionnelle. La vague de protestation n'en finit pas de monter.

Les principales instances nationales de l’enseignement supérieur et de la recherche publique, telles que le CNRS, la Conférence des présidents d’universités (CPU), la Commission permanente du Conseil National des Universités (CP-CNU) ou encore l’alliance thématique nationale en sciences humaines Athéna ont dénoncé, dans des communiqués sévères, l’instrumentalisation de l' « islamogauchisme »« pseudo-notion qu'il conviendrait de laisser à l'extrême droite qui l'a popularisée » (CPU), et les « tentatives de délégitimation de différents champs de la recherche » (CNRS). Dans des motions argumentées, des sections du CNU déplorent le « procès en absence de pluralité » dénué de toute « validité empirique » (19ème section), ou « les attaques ineptes et dangereuses » des ministres Vidal et Blanquer (22ème section). Elles ont lancé l’appel du 5 mars pour « reprendre en main notre destin collectif, au nom des libertés académiques et de la souveraineté universitaire ». Des UFR et des laboratoires ont également voté des motions, s’alarmant de voir bafouer le principe de l’autonomie de la recherche, dénonçant les menaces que fait peser sur la communauté scientifique la diabolisation de la pensée critique.

Des syndicats représentatifs ont rejoint le chœur des appels à la démission, suivis par de multiples associations professionnelles, des sociétés savantes, la Conférence permanente des chargé·es de mission Égalité-Diversité de l'Enseignement supérieur et de la recherche (CPED) et un collectif de cinquante revues scientifiques. Des personnels de l'enseignement supérieur réunis en assemblée générale ont décidé de créer un Observatoire des libertés académiques et du droit d'étudier. Dans une lettre ouverte aussi cinglante que courageuse, une universitaire précaire a expliqué refuser de rencontrer la ministre qui la sollicitait. Enfin, résolument, notre Comité « Vidal-démission » s'organise.

De l’étranger aussi les réactions inquiètes affluent. La European University Association (EUA), qui réunit huit cents universités dans quarante-huit pays, manifeste son soutien à la CPU. Deux-cent-soixante chercheurs et chercheuses en poste en Allemagne adressent à leurs collègues français·es une "Note de solidarité". Dans une tribune, deux cents universitaires et plusieurs organisations académiques des États-Unis expriment leur consternation. Dans une autre, des intellectuels du monde entier, parmi lesquels Angela Davis, Gayatri Spivak et Achille Mbembe dénoncent la convergence entre le terme « islamogauchisme » et des « idéologies de droite, coloniales et racistes ». Et la militante féministe et universitaire turque Pinar Selek, réfugiée en France pour fuir le harcèlement judiciaire du régime d’Erdogan, écrit à la ministre : « depuis vos dernières déclarations […], je suis dans un cauchemar terrible »

La détresse sociale augmente, la ministre s’acharne

Au cœur de la crise, des étudiant·es, des personnels et des associations travaillent pour organiser l'aide alimentaire et la distribution de produits de première nécessité aux étudiant·es. La colère des précaires de l’université et de la recherche monte encore d’un cran lorsqu’ils et elles découvrent les chiffres des postes mis au concours – faméliques au regard des besoins –, qu’il s’agisse des concours BIATSS (personnels ingénieurs, administratifs, techniques, sociaux et de santé et des bibliothèques), des enseignant·es-chercheur·ses de l’université, des concours ITA (personnels ingénieurs, techniciens et administratifs) et des chercheur·ses des organismes de recherche. Dans toutes les catégories, le désespoir se fait sentir. Conséquence directe de l’irresponsabilité de la ministre, depuis quelques jours, circule sur les réseaux sociaux une liste des signataires de la tribune, accusés de soutenir l'« islam radical » et ainsi exposé·es à la haine publique. Les propos diffamatoires de Frédérique Vidal contre les universitaires ont bien allumé un incendie incontrôlable : comme le montre l’affaire de l’IEP de Grenoble, les défenseur·es des libertés académiques et de la déontologie de la recherche se retrouvent accusé·es d’intolérance, tandis que leurs pourfendeur·es s’expriment sans retenue sur les plateaux de télévision.

Et que fait la ministre ? Sur RTL, le 22 février, elle affirme que tou·tes les étudiant·es auront repris « en présentiel »… à la fin du mois ! Dans le JDD, pour justifier ses attaques contre la recherche, elle invoque, de manière vague, des « enseignants » qui « ne se sentent pas libres d’enseigner comme ils le souhaitent ». Qui sont-ils ? Où sont-ils ? On ne le saura pas. Plus grave encore, on apprend que les mentions « race », « genre » et « intersectionnelle » ont été effacées d’un appel à candidatures pour un poste d’enseignant·e chercheur·se. La ministre nie toute responsabilité, mais c'est bien sur le site du ministère que cette fiche de poste a été publiée, avant d'être dépubliée et enfin republiée sous la pression médiatique. Et malgré l’indignation générale, il paraît que l’enquête sur l’épouvantail « islamo-gauchiste » aura bien lieu. Tout ceci relève donc de choix politiques assumés, soutenus par le président de la République et annoncés dès le mois d’octobre par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer.

Démission sans préavis

Attaques contre les libertés académiques, non-assistance à étudiant·es en détresse, exposition des personnels de l’Enseignement supérieur et de la recherche à la violence, mise en place de procédures d'admission iniques à l'université et de droits d’inscription prohibitifs pour certain·es étudiant·es, entrave à la liberté de la recherche, précarisation des personnels comme des étudiant·es, indifférence aux mobilisations de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, passage en force de la loi de Programmation de la Recherche, destruction de notre service public, mépris général de l’université… Pour toutes ces raisons, et plus que jamais, nous exigeons la démission de Frédérique Vidal que nous accusons de complicité idéologique avec l’extrême-droite. Mais nous ne nous contenterons pas seulement d’un changement de ministre. Nous voulons un changement de cap, une politique construite avec les personnels de l'enseignement supérieur et de la recherche, et non contre eux. Nous voulons, au lieu de toutes ces manœuvres et diversions, un plan massif pour l’université et des mesures d’urgence pour les étudiant·es.

Le jeudi 25 mars, nous nous rassemblerons devant Matignon, à midi, pour déposer la pétition du 22 février. Étudiant·es et personnels, titulaires et précaires, soyons aussi nombreux·ses que possible. Le gouvernement n’a que trop tardé. La catastrophe est déjà là.

Signataires :

Le Comité Vidal démission
Université Ouverte

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