Pourquoi la légion d’honneur de Al-Sissi est une insulte aux droits des femmes

Des élues et responsables socialistes s'indignent de la remise de la légion d'honneur au Président Égyptien. « Remettre la légion d’honneur, la plus haute décoration honorifique française, au dictateur Abdel Fattah Al-Sissi, qui a fait de l’Égypte l’un des pires pays au monde pour les femmes, c’est non seulement une insulte à la France, mais aussi à toutes celles qui se battent pour leurs droits dans le monde. »

La remise de la légion d'honneur au président égyptien, le Président Abdel Fattah Al-Sissi, lors d'un diner d'État à l'Élysée début décembre, témoigne d’un dédain pour les droits des femmes dans le monde. 

La société égyptienne est patriarcale et est extrêmement dure sur la question des droits des femmes.  La loi dite « d’obéissance » permet à un homme de porter plainte contre son épouse si cette dernière quitte le domicile sans le prévenir. Au-delà des lois, il y a les pratiques: 9 femmes sur 10 ont subi des mutilations génitales, bien que ce soit illégal depuis 2008. 83 % des femmes ont déclaré avoir été harcelées sexuellement, 62 % des hommes reconnaissaient avoir harcelé le sexe opposé. 

Alors qu’elles étaient nombreuses et visibles dans les manifestations de 2011, dès le lendemain de la révolution, et alors que Sissi était à cette époque  chef des renseignements militaires, et membre du Conseil supérieur des forces armées (2011-2012, avant de devenir chef des armées de 2012 à 2014), l'armée avait contraint les militantes à des agressions sexuelles en leur faisant des « tests de virginité ».

C’est depuis le coup d’État du président Abdel Fattah al-Sissi, en 2013, que la répression est la plus dure. En 2015, un tribunal égyptien condamnait à un an de prison une danseuse accusée d'incitation à la débauche pour un clip suggestif jugé indécent.

Le président Abdel Fattah al-Sissi avait décrété 2017 « l’année de la femme » - cette même année tandis que  la chanteuse Shyma, 21 ans, était condamnée à 2 ans de prison pour « atteinte aux mœurs », la présentatrice du talk-show « Dody Show », Doaa Salah , écopait de trois ans pour avoir évoqué une grossesse hors mariage à la télévision, et Le Caire était classée la ville la plus dangereuse au monde pour les femmes. La situation des femmes s'aggrave: d’après des études américaines, 65% des femmes égyptiennes de plus de 15 ans sont alphabétisées contre 82 % auparavant. 

Ce régime, l’auteure Mona Eltahawy l’a surnommé à juste titre « l'antithèse du féminisme », avant de rappeler que les droits des femmes ne pourront pas progresser en Égypte tant que les militaires, les dictateurs et les fondamentalistes religieux seront au pouvoir. Comme les féministes biélorusses et polonaises, les féministes égyptiennes nous rappellent que les combats pour la démocratie et les droits des femmes vont de pair, face à l’union du patriarcat, de l’autoritarisme et du conservatisme. 

Remettre la légion d’honneur, la plus haute décoration honorifique française, au dictateur Abdel Fattah Al-Sissi,  qui a fait de l’Egypte l’un des pires pays au monde pour les femmes, c’est non seulement une insulte à la France, mais aussi  à toutes celles qui se battent pour leurs droits dans le monde.

Signataires :

Cécilia Gondard, Secrétaire Nationale du PS à l’égalité entre les femmes et les hommes, élue des Français de l’Etranger, 
Emma Rafowicz, Déléguée Nationale du PS à la mobilisation des jeunes et adjointe au maire du 11e arrondissement de Paris (75),
Béatrice Bellay, 1ère Secrétaire Fédérale de Martinique et Secrétaire Nationale à l’Egalité Réelle,
Dieynaba Diop Adjointe au maire Ville des Mureaux, Porte parole du PS, 
Samira Laal, Secrétaine Nationale en charge du Handicap,
Christelle Charrier, Secrétaire fédérale (86),
Maud Olivie
r, ancienne députée,
Élodie Jauneau, Membre du Bureau et du Conseil national du PS,
Dylan
Boutiflat, Secrétaire National adjoint à l’international,
Frédéric Orain, Premier Secrétaire Fédéral (41),
Yasmine El
Jai, Secrétaire Fédérale à l’égalité entre les femmes et les hommes (75),
Laure
  Botella, secrétaire de la section Magny Val de Seine (95),
Ninuwé Descamps,
Secrétaire fédérale à l’égalité femme/homme (83), élue à Pourrieres,
Alexandra Jardin
, Adjointe au maire de Paris 20ème,
Véronique Barreau (84),
Thomas Vigot (93),
Geneviève Couraud, chevalière de la légion d'honneur,
Sandrine Dubos
Secrétaire fédérale aux droits des Femmes,
Audrey Leboeuf, secrétaire fédérale aux droits des femmes PS13,
Caroline Vauchère, secrétaire fédérale à l'égalité F/H et à lutte contre les discriminations (31), maire adjointe à Colomiers (31),
Emma
Antropoli, Presidente du conseil fédéral (93), maire-adjointe au Pré Saint-Gervais (93).
Dominique Ramuscello, conseiller municipal de Lautrec (81), 
Malika Bonnot, maire adjointe à Lyon 9ème, secrétaire fédérale aux droits des femmes PS 69,
Christelle Berenger
, maire adjointe de Blois, secrétaire fédérale à l'égalité femmes-hommes PS 41,
Dorine Bregman, Maire adjointe de Paris centre,
Marie-Laure Casier, élue à l'égalité femmes-hommes et à la lutte contre les discriminations du 18e arrondissement de Paris,
Josiane Gisselbrecht, ancienne Maire adjointe (93),
Claire Donzel, ancienne conseillère régionale (74),
Frédérique Berthereau
(06) déléguée fédérale aux violences sexistes et sexuelles,
Catherine Chevallier
(FFE-PS)



          



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