Les invités de Mediapart
Dans cet espace, retrouvez les tribunes collectives sélectionnées par la rédaction du Club de Mediapart.

1000 Billets

15 Éditions

Tribune 20 janv. 2020

Comment séparer la réforme des retraites de son financement?

Alors que la conférence de financement est seulement prévue à la fin des débats parlementaires et que le gouvernement n’a toujours présenté ni étude d’impact, ni simulations individuelles, les Économistes atterrés, la fondation Copernic, Attac, l'Ugict Cgt et le collectif Nos retraites dénoncent la stratégie d’opacité du gouvernement: «Nous souhaitons que le débat sur le financement des retraites s'ouvre et que nos propositions concrètes soient enfin examinées».

Les invités de Mediapart
Dans cet espace, retrouvez les tribunes collectives sélectionnées par la rédaction du Club de Mediapart.

Le premier ministre a annoncé la mise en place d’une « conférence de financement » qui devrait aboutir fin avril pour trouver 12 milliards d’euros d’économies par an. Ceci tout en précisant qu’il refuserait toute augmentation du « coût du travail », donc en excluant toute augmentation des cotisations sociales. Restera donc aux acteurs sociaux le choix entre la mise en place d’un âge pivot, l’augmentation des durées de cotisation ou le report de l’âge légal… le choix entre la peste ou le choléra, en somme. 

Depuis la fin des années 1980, un discours dogmatique a conduit à ce que les besoins de financement de notre système de retraite soient quasiment exclusivement assumés par les salarié.es, avec un report de l’âge de la retraite bien plus rapide que l’allongement de l’espérance de vie et une baisse du niveau de vie des retraité.es. 

La réforme présentée par le gouvernement va encore plus loin. En imposant ce cadre, et en plafonnant les dépenses de retraite, le premier ministre nous fait basculer dès maintenant, sans même attendre le régime à points, dans un système « à cotisations définies » où les ressources sont bloquées et les pensions s’ajustent à la baisse. Une rupture avec notre système actuel conçu pour fonctionner « à prestations définies », et garantir le taux de remplacement, le montant de la pension par rapport au dernier salaire. Ceci préfigure ce qui nous attend avec le régime à points dans lequel le système de pilotage ajustera automatiquement le montant des pensions et l’âge de départ aux besoins de financements. Suède, Allemagne… les exemples étrangers le démontrent : dans ces régimes, les salarié.e.s solvables sont contraints à recourir à l’épargne retraite et à la capitalisation pour tenter de maintenir leur niveau de vie. De plus, exclure, comme le fait la réforme, les cadres supérieurs de la répartition intégrale c’est priver notre système de retraite solidaire de leurs cotisations, soit en moyenne de 4 milliards d’euros chaque année. En limitant le champ des retraites par répartition, l’objectif du gouvernement est de créer un nouveau marché en permettant aux fonds de pensions de mettre la main sur l’épargne des salarié.e.s solvables.

« Bizarrement », la conférence de financement est prévue à la fin des débats parlementaires, alors que le gouvernement n’a toujours présenté ni trajectoire financière de sa réforme, ni étude d’impact, ni simulations individuelles. Un amateurisme ? Une stratégie d’opacité plutôt pour éviter le débat sur les conséquences de sa réforme. Pourtant, selon les projections, en 2050, le nombre des plus de 60 ans aura augmenté de 40 %. Si on fige le niveau des ressources du système, comme c’est le projet du gouvernement, le montant des pensions est condamné à s’effondrer. Le retrait de la réforme est un préalable. Mais au-delà, nous souhaitons que le débat sur le financement des retraites s'ouvre et que nos propositions concrètes soient enfin examinées. Pour renforcer notre système et garantir le maintien du niveau de vie de l’ensemble des travailleuses et travailleurs, nous proposons notamment l’augmentation des cotisations. Exclure à priori, comme le font le gouvernement et le patronat, tout relèvement des cotisations aujourd’hui et dans le futur est une position dogmatique, qui condamne les générations d’actifs à avoir des pensions dégradées. Les exonérations de cotisations sociales qui atteignent en 2019 le montant record de 66 milliards d’euros par an doivent aussi être réexaminées au regard de leurs résultats en matière d’emploi et d’investissement. Enfin, rappelons que le financement de nos retraites est directement dépendant des politiques d’emploi et de salaire. La fin de l’austérité salariale dans la fonction publique, l’égalité salariale femmes-hommes et des mesures résolues pour lutter contre le chômage et la précarité permettraient de dégager des ressources conséquentes pour financer nos retraites.

Alors que les progrès technologiques se traduisent par une nouvelle phase d’automatisation et qu'il est vital de redéfinir les finalités et les modalités de la production de richesses, augmenter encore la durée de travail serait un non-sens économique, social et sociétal. Notre pays n’a jamais été aussi riche. Plutôt que d’alimenter la spéculation et les fonds de pension, nous souhaitons que nos richesses soient mises au service du financement de nos retraites solidaires par répartition.


Signataires :

Agathe, collectif « Nos Retraites »

Sophie Binet et Marie José Kotlicki, co-secrétaires générales de l’UGICT-CGT

Christiane Marty, fondation Copernic

Henri Sterdyniak, Les économistes atterrés 

Aurélie Trouvé, porte-parole d’ATTAC

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Politique
L’IVG dans la Constitution française : le revirement de la majorité
Alors que La République en marche a refusé d’inscrire le droit à l’avortement dans le marbre de la Constitution durant la précédente législature, elle opère désormais un changement de cap non sans arrière-pensée politique, mais salutaire face à la régression américaine.
par Pauline Graulle
Journal — Écologie
L’industrie de la pêche est accusée d’avoir fraudé les aides Covid de l’Europe
Alors que s’ouvre le 27 juin la Conférence des Nations unies sur les océans, Mediapart révèle avec l’ONG Bloom comment les industriels de la mer ont fait main basse sur les indemnités destinées aux pêcheurs immobilisés durant la pandémie. Des centaines de navires, aux pratiques de pêche les plus destructrices pour les écosystèmes marins, auraient fraudé près de 6 millions d’euros de subventions publiques.
par Mickaël Correia
Journal
Le RN et l’Algérie : le mythe colonial au mépris de l’histoire
À quelques jours des 60 ans de l’indépendance de l’Algérie, le maire de Perpignan, Louis Aliot (RN), met à l’honneur l’Organisation armée secrète (OAS) et les responsables du putsch d’Alger pendant un grand week-end d’hommage à «l’œuvre coloniale».
par Lucie Delaporte
Journal — Fil d'actualités
L’Ukraine demande plus d’armes et de sanctions contre Moscou après des frappes sur Kiev
Le gouvernement ukrainien a réclamé dimanche plus d’armes et de sanctions contre Moscou aux pays du G7, réunis en sommet en Bavière (Allemagne), à la suite de nouvelles frappes russes survenues à l’aube sur un quartier proche du centre de Kiev.
par Agence France-Presse

La sélection du Club

Billet de blog
Glorification de la colonisation de l’Algérie et révisionnisme historique : le scandale continue… à Perpignan !
Louis Aliot, dirigeant bien connu du Rassemblement national et maire de Perpignan, a décidé de soutenir politiquement et financièrement la 43ème réunion hexagonale du Cercle algérianiste qui se tiendra au Palais des congrès de cette ville, du 24 au 26 juin 2022. Au menu : apologie de la colonisation, révisionnisme historique et glorification des généraux qui, pour défendre l’Algérie française, ont pris les armes contre la République, le 21 avril 1961.
par O. Le Cour Grandmaison
Billet de blog
Pacification en Algérie
Témoignage d'un militaire engagé en Algérie ayant participé à la pacification engagée par le gouvernement et ayant rapatrié les Harkis de la D.B.F.M en 1962
par Paul BERNARDIN
Billet de blog
Les taiseux d'Algérie
Dans un silence fracassant, excusez l'oxymore, les Algériens ont tu l'Algérie et sa guerre d'indépendance. Ils ne pouvaient plus en parler, des générations entières ont grandi dans le silence de leur père et de leur grand-père. Une mémoire calfeutrée derrière les non-dits omniprésents.
par dchraiti
Billet de blog
France-Algérie : une autre commémoration est-elle possible ?
L’Algérie hante la France, tel un spectre chiffonné, sûrement autant que les Français obsèdent les Algériens. Malgré le travail déjà fait, il y a tant de vérités enfouies, tant de paroles non entendues qui font défaut et empêche de construire un récit collectif. Et surtout tant de rendez-vous à ne plus manquer. Pour participer à cette libération de la mémoire et de nos imaginaires, le Club vous propose un travail collectif pour honorer cette 60e année de paix.
par Le Club Mediapart