À Evry: les vrais ennemis de la démocratie

Des intellectuels s'insurgent contre le sort réservé par la droite à la candidate de la France insoumise pour la législative partielle d'Evry. Ils appellent à voter pour Farida Amrani pour battre la « notabilisation du politique » et faire vivre la démocratie.

L’alliance de la droite, de La République en Marche (LREM) et des anciens du PS contre la candidate de la gauche, Farida Amrani, résume bien un enjeu de l’élection de la 1ere circonscription de l’Essonne : la démocratie elle-même. Les petits arrangements entre politiques pour se partager le territoire et les postes, les changements d’étiquette et trahisons au gré des changements de pouvoir politique – le record revenant à Francis Chouat, passé du communisme au PS puis à LREM, puis maintenant à l’alliance avec la droite –, la déconsidération sexiste et raciste d’une personne nouvelle venue dans le paysage politique local, exprimée par les tweets condescendants du candidat… Tout cela dessine un tableau particulièrement révélateur de notre situation politique. Un pouvoir installé et parasitaire, un club d’élus qui considèrent que les positions électorales leur sont réservées, et qui mettent la préservation de leur pouvoir avant l’intérêt des citoyens - des citoyennes et citoyens méprisés et instrumentalisés, considérés comme incapables de décider de leur sort.

Mais n’est-ce pas contre cela même que s’insurgent aujourd’hui les électrices et électeurs ? Contre la notabilisation du politique, premier obstacle à l’intérêt commun. Contre le mépris affiché des gouvernants pour les citoyens, condamnés à suivre les décisions d’« experts » qui prétendent savoir leur intérêt mieux qu’eux. Contre une société politique devenue incapable de réellement représenter la société, d’exprimer sa voix.

Manuel Valls avait réussi à sauver sa place de justesse en 2017 en profitant de la dynamique macroniste à laquelle il s’était rallié parmi les premiers du PS. Sur la pente descendante, il a choisi de se rabattre sur la mairie de Barcelone. Ses successeurs putatifs prolongent sa carrière par des alliances de circonstance pour s’en partager les dépouilles.

Ce gouvernement navigue entre la haute fonction publique pantouflarde et les intérêts des grandes entreprises, et un parlement où une majorité écrasante et au garde-à-vous se contente de voter sans comprendre ce qu’elle fait, et sans aucun relais dans la société.

Le macronisme s’est fait fort de déconsidérer tout intermédiaire entre la société et le pouvoir qu’il croyait exercer sans partage. En un temps record, il a voulu défaire les corps intermédiaires, tout le tissu associatif, les systèmes de solidarité, bref la démocratie locale. Il a laissé à l’abandon toute une catégorie de citoyens – qui ne bénéficient plus, ou presque, des services publics, et payent pour ces plus favorisés auxquels l’Etat-Macron réserve toute sa bienveillance.

C’est face à cette emprise macroniste qu’il faut fabriquer nos liens politiques et sociaux, prévoir le beau risque de l’union de ceux qui peuvent certes inventer une multiplicité de formations politiques mais ne pas oublier qu’il convient de s’unir en situation stratégique. Il faut savoir reconnaître où sont les adversaires de la démocratie.

On entend qualifier les candidats Farida Amrani et Ulysse Rabaté de « danger démocratique ». Outre ce qu’une telle stratégie d’intoxication témoigne de mépris des électeurs qu’on prend pour des imbéciles au profit de la tambouille d’un petit groupe de notables, on oublie que la démocratie, c’est justement donner la parole aux citoyennes et citoyens dans leur diversité.

A la société.

Les vrais ennemis de la démocratie, ce sont ceux qui appellent à faire « barrage » à la candidate de la gauche. Ce sont ceux qui portent la politique de Macron, de malveillance envers les gens en difficulté.

La démocratie c'est une meilleure vie, l’égalité réelle des droits, le pouvoir pour tous et toutes, pas un mot d'ordre creux et égoïste. La République c'est une liberté qui ne doit pas être réservée à des privilégiés, c'est l'égalité et la fraternité qui nous manquent tant dans la France de Macron.

Pour la démocratie, pour l’égalité et pour la justice sociale, nous appelons à voter, dimanche 25 novembre, pour Farida Amrani et Ulysse Rabaté.

Liste des signataires :

Sandra Laugier, philosophe ; Armelle Andro, démographe ; Pierre Bergounioux, écrivain ; Sébastien Chauvin, sociologue ; Elise Domenach, études cinématographiques ; Elsa Dorlin, philosophe ; Nicolas Dot-Pouillard, politiste ; Didier Eribon, sociologue ; Annie Ernaux, écrivain ; Bertrand Guillarme, politiste ; Geoffroy de Lagasnerie, philosophe et sociologue ; Edouard Louis, écrivain ; Patrice Maniglier, philosophe ; Pascale Molinier, psychologue ; Chantal Mouffe, philosophe ; Patricia Paperman, sociologue ; Abdourahman Waberi, écrivain.

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