L'Evangile selon St Macron: bombardons urbi et orbi

Les ZADistes «n'aiment pas l'ordre républicain ». Plusieurs artistes et intellectuels s'interrogent sur ce que signifie ce propos présidentiel. «Si la république est celle, universelle, que les Communards appelèrent de leurs vœux, une République à vocation internationaliste qui admettait tous les étrangers en son sein, alors les vrais Républicains sont les ZADistes et Macron aspire à l’Empire.»

« Ce qui est formidable avec Notre-Dame-des Landes, c'est qu'il n'y a pas besoin d’un mandat de l'ONU pour tout détruire ». Voilà qui pourrait résumer le climat de bonne humeur qui règne à l’Élysée. En effet, certains esprits bougons, insensibles aux joies de la pyrotechnie militaire, ont protesté contre le bombardement en Syrie, arguant qu’il avait été effectué au mépris des lois internationales ; « nous avons la pleine légitimité internationale », a rétorqué Macron lors d’un récent entretien télévisé. Car le Président de tous les Français qui Marchent sait bien la différence entre légalité (respect de la lettre de la loi) et légitimité (invocation d’un principe moral ou politique supposé supérieur à la stricte obéissance à la loi). Mais à Notre-Dame-des-Landes, la situation est plus aisée : on peut bombarder à domicile, avec la loi sous forme de gendarmes et une préfète chargée d’évacuer tout ce qui bouge. C’est légalement qu’on détruit.

Chose étrange, Macron a oublié que les habitants de la ZAD peuvent précisément invoquer la légitimité de leur présence contre la loi casquée et lacrymogène qui leur demande légalement de dégager fissa sous peine d’être frappés et incarcérés. Dès lors, comment nous faut-il comprendre le propos présidentiel – toujours lors de la même émission télévisée - selon lequel les ZADistes « n’aiment pas l’ordre républicain » ? Être ZADiste, cela voudrait-il dire manquer de cœur, ne pas être assez patriote, catholique, anti-droit d’asile, pro-sélection à l’université ? Ces gens-là seraient-ils du genre à aimer le statut de cheminot ? Questions ardues ; proposons ces deux interprétations :

1/ Si ledit « ordre républicain » consiste à envoyer des grenades de désencerclement et des gaz incapacitants sur des militants et des journalistes près de Notre-Dame-des-Landes, alors le gouvernement de Macron recrute en ses rangs des « professionnels de la confrontation » (une expression inventée par le poète Gérard Collomb, ancien socialiste désormais Ministre de la Liquidation de tout Extérieur) et il est bien normal de refuser cet ordre brutal ;

2/ Si la république est celle, universelle, que les Communards appelèrent de leurs vœux, une République à vocation internationaliste qui admettait tous les étrangers en son sein, alors les vrais Républicains sont les ZADistes et Macron aspire à l’Empire.

Dans les deux cas de figure, l’Évangile selon St Macron dévoile son mode de bénédiction : " Bombardons là-bas, bombardons ici, bombardons tout ce que nous pouvons ! Soyons la loi et la morale, la finance et la police, l’union en Europe et la guerre civile en France ! Vive la sélection générale ! La France est une Zone À Dividendes, protégeons-là des gens qui ne sont rien ! ". On murmure cependant qu’un texte hérétique, jugé apocryphe par la Ministre de la Culture, circule sous le manteau, passant de main en main, d’une université à une zone occupée, d’une gare à un camp de réfugiés. Il y est écrit que la société n’est pas une affaire de banquiers. Que l’écologie du monde est terne, et triste, sans la dimension d’anarchie qui la renouvelle. Qu’il est juste, et bon, de défendre les manières d’exister qui favorisent la vie commune. 

Signataires :

Martine Auzou, enseignante retraitée ;

Bernard Aspe, philosophe ;

Léna Balaud, agricultrice ;

David gé Bartoli, écrivain ;

Jean-Claude Besson-Girard, peintre ;

Christophe Bonneuil, historien ;

Sophie Gosselin, philosophe ;

François Jarrige, historien ;

Nicolas Klotz, cinéaste ;

Emmanuel Moreira, producteur radio ;

Frédéric Neyrat, philosophe ;

Élisabeth Perceval, cinéaste ;

Dénètem Touam Bona, écrivain...

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