L’amendement au protocole de Montréal: une nécessité

Hakima El haité, ministre marocaine de l'environnement et Laurence Tubiana, ambassadrice chargée de négociations sur le changement climatique souhaitent attirer notre attention sur la question des gaz HFC. « Inclure les HFC dans le protocole de Montréal nous permettra d’assurer leur réduction rapide. Nous aurons ainsi la possibilité de réduire de façon significative les émissions de gaz à effet de serre pour les années à venir. » Une nécessité, d'après ces deux "championnes pour le climat", pour la cohérence de l’action climatique.

La mise en œuvre de l’accord de Paris adopté lors de la COP21 débute et la lutte contre le changement climatique est en marche à tous les niveaux. Les gouvernements, les collectivités locales, les ONG et le secteur privé élaborent désormais leurs stratégies afin d’être compatibles avec les objectifs collectifs que s’est fixée la communauté internationale. Mais la COP21 n’a pas tout réglé : nous devons veiller à assurer la cohérence de nos engagements en évitant des choix contradictoires au sein des autres enceintes internationales.

Ainsi, une avancée majeure dans la lutte contre le changement climatique est à portée de main en 2016. Elle permettra une forte diminution des émissions des gaz à effet de serre. Cette opportunité nous devrons la saisir grâce à l’amendement au protocole de Montréal qui devrait être adopté en octobre et qui vise à réduire la consommation et la production des gaz HFC (Hydrofluorocarbures).

Les HFC furent développés dans les années 1990 comme une alternative aux produits ayant une action nocive sur la couche d’ozone, notamment dans les systèmes de réfrigération. Si la couche d’ozone n’est en effet que peu affectée par leur usage, les HFC ont un potentiel de réchauffement global dramatique pour notre planète, ils pourraient constituer 0,1°C du réchauffement moyen de la planète d’ici 2050 et jusqu’à 0,5°C du réchauffement moyen de la planète d’ici à 2100.

Inclure les HFC dans le protocole de Montréal nous permettra d’assurer leur réduction rapide. Nous aurons ainsi la possibilité de réduire de façon significative les émissions de gaz à effet de serre pour les années à venir. Les instruments du protocole de Montréal ont déjà fait leurs preuves avec d’autres gaz dans le passé : à l’heure actuelle, 9      7% des gaz visés ont été éliminés. Le changement des installations vétustes n’entrainera qu’un coût limité grâce aux fonds débloqués par le mécanisme du protocole de Montréal.

De plus, l’adoption de cet amendement présente des co-bénéfices intéressants en termes d’efficacité énergétique. Chacun des cycles de protocole de Montréal a entrainé un gain d’efficacité énergétique d’environ 20% rien qu’en appliquant les dispositions selon un calendrier établi. La mise en place progressive de nouveaux équipements permettra une amélioration de l’efficacité énergétique, limitant les effets de pic, et les risques de coupure encourus par les populations les plus pauvres.

Au cours des mois derniers, les Etats-Unis ont lancé une importante campagne pour mobiliser les soutiens pour l’adoption de cet amendement. La Chine, l’Inde, l’Argentine et maintenant l’Arabie Saoudite et les pays du Golfe, pour qui le remplacement rapide des HFC est difficile, soutiennent le principe d’un amendement. L’Union européenne est elle aussi très active et les pays du G7 ont accepté, lors de leur dernière réunion, de débloquer des financements supplémentaires pour assurer sa mise en œuvre. La prochaine réunion du protocole de Montréal, qui se tient à Vienne les 22 et 23 juillet prochains, est donc cruciale car l’élimination progressive de ces gaz doit démarrer très vite.

La coopération internationale pour remplacer les HFC est une des premières mesures concrètes de mise en œuvre de l’accord de Paris. L’élimination des HFC - comme celle des autres gaz à durée de vie plus courte que le CO2 mais au pouvoir de réchauffement bien plus important - nous permet de gagner du temps dans la course contre la montre dans laquelle nous sommes engagés. Changer les infrastructures énergétiques ne peut se faire rapidement, réduire et éliminer des gaz industriels est plus rapide si les technologies sont disponibles. Ne ratons pas l’échéance. Nous championnes de l’action pour le climat, nous voulons appuyer tous ceux qui n’attendent pas pour agir. Vienne est une formidable opportunité et un signal de la vitalité de l’accord de Paris.

Hakima El haité,

Ministre déléguée chargée de l’Environnement au Ministère de l’énergie, des mines, de l’eau et de l’environnement. Championne de haut niveau pour le climat.

Laurence Tubiana,

Ambassadrice chargée de négociations sur le changement climatique et représentante spéciale pour la COP21. Championne de haut niveau pour le climat.

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