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Tribune 21 oct. 2021

Lettre ouverte aux organisations signataires du plan de rupture « Plus jamais ça »

Si le plan de rupture inter-organisationnel « Plus jamais ça » est salutaire, et augure d'une perspective prometteuse pour les services publics, l’École et de l'Université comme vecteurs d'émancipation y sont sous-estimées et enfermées dans une vision instrumentale. Un ensemble de personnalités appelle à y stopper « les méthodes managériales issues du privé » et plaide pour « une campagne unitaire en faveur de l’École et de l’Université d'ici les élections de 2022 ».

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Le plan de rupture inter-organisationnel « Plus jamais ça » s’avère salutaire sur bien des points évoqués, notamment du point de vue socio-économique, écologique et sanitaire. 

Le préambule augure d'une perspective prometteuse pour les services publics, notamment dans le domaine scolaire :

« Nos organisations portent ensemble la nécessité de lancer un vaste plan de renforcement et de développement des services publics. L’École, la Sécurité sociale et tous les services publics doivent répondre aux besoins sociaux et écologiques des citoyens et de leurs familles sur l’ensemble du territoire, en lien avec les services et l’industrie, et non aux intérêts de l’oligarchie capitaliste. Ils doivent favoriser un renouveau démocratique de toutes les parties prenantes (personnels, élus, usagers…) avec pour but d’appliquer chacun des droits fondamentaux et chacun des principes constitutifs de la République. »(p 4)

L’avenir de l’École et de l’Université

Ces secteurs donnent lieu à des développements attendus mais limités et qui apparaissent assez tardivement dans le programme.

«  Mesure 17 : Pour le déploiement des services publics de qualité sur l’ensemble du territoire (p 13-14) (…) « Pas d’école gratuite et obligatoire pour toutes et tous sans fonctionnaires de l’éducation nationale, etc. (…) Nous devons créer autant de postes de fonctionnaires que nécessaire notamment pour l’hôpital, l’éducation, la culture, l’université et la recherche. Les agents de la fonction publique qui sont au service de l’intérêt général doivent bénéficier de garanties statutaires assurant leur indépendance face aux lobbies de toute sorte. »

« Les enseignements et méthodes de formation doivent être repensés pour développer les dimensions d’utilité sociale et écologique des activités économiques, tout en conservant une formation générale solide garantissant l’accomplissement personnel et l’éveil critique des élèves, étudiant.es et travailleur·euses. Cela implique de réinvestir massivement dans l’école de la maternelle au supérieur. Les salaires des travailleur·euses du secteur doivent être revalorisés.»

La crise du système éducatif, et en particulier celle du recrutement de personnels dans le Secondaire, est une résultante de la crise socio-politique, sous l’égide d’un néolibéralisme autoritaire. Elle ne pourra être résorbée par la seule promotion des statuts de fonctionnaires ainsi que des salaires et carrières, si nécessaire soit-elle.

Comme l’a montré le mouvement « Pas de vagues » entre autres, l'École pâtit, et pas seulement dans les quartiers populaires, de violences démultipliées. La démocratisation du système hiérarchique et la revalorisation des conditions de travail s'imposent donc, de même qu’une programmation ambitieuse en matière de recherche publique et une large admission des publics à l’Université.

Un extrait de notre tribune de rentrée « Ecole-Université un recours nécessaire face à la dérive autoritaire de l’Etat » précise le propos :

«La loi sur « l’Ecole de la confiance », votée en 2019, institue entre autres « le devoir d’exemplarité » des enseignant.es ; la loi sur la Fonction publique a mis fin aux commissions paritaires qui permettaient  le contrôle de la gestion des carrières par les représentants des personnels.  

Au nom d'une idéologie pseudo-scientifique et d'une gestion managériale qui impose progressivement la mise en concurrence des établissements, les libertés pédagogique et d'expression des enseignant.es se restreignent toujours davantage, tandis qu'augmentent pressions, répressions et stress, chez les publics également. Quant à l’Université, elle pâtit toujours davantage de sa pseudo autonomie et d’un manque de moyens criant, notamment en termes de personnels. Les lycéen.nes et étudiant.es souffrent, quant à eux, de modes de sélection inéquitables, qui contreviennent au principe démocratique d’accueil de l’Université : dispositif Parcoursup, sélection en master… (…) »

 Pour une campagne unitaire en faveur de l’École et de l’Université, d'ici les élections de 2022

Le Plan de rupture comprend de nombreuses mesures dans le secteur de la Santé, et c'est heureux pour la santé publique dans le contexte pandémique.  L'École et l'Université s’avèrent, quant à elles, des vecteurs d'émancipation par les savoirs et les cultures. Il est urgent qu’une campagne, notamment intersyndicale, en appelle à l’arrêt des méthodes managériales issues du privé et à la promotion des garanties d’indépendance des personnels et d’éthique politique qu’apporte encore le statut de la Fonction Publique. C’est l’une des conditions d’une authentique refondation des services publics de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche, sur des principes fondamentaux d’humanisme, de solidarité et d’émancipation.

Enfin, dans le débat pré-électoral qui tourne en boucle, devront être médiatisés les expertises et programmes qui concernent École et Université, sur lesquels les états-majors politiques ont à se prononcer publiquement. 

Nous vous remercions de prendre en compte cette requête, et de favoriser la réalisation de cet objectif salutaire pour l’avenir de la jeunesse et du pays.

Signataires :

Adda Bekkouche, juriste
Amit Bellicha, enseignant en mathématiques et en cinéma à Lunel (SNES-FSU)
Philippe Blanchet, universitaire, élu au CNESER et au Conseil supérieur de l'éducation
Martine Boudet, didacticienne, essayiste
Claude Calame, historien et anthropologue (EHESS Paris)
Gérard Collet, professeur de physique et linguiste
Pierre Cours-Salies, sociologue
Alexis Cukier, philosophe, syndiqué CGT Ferc Sup 
Laurence de Cock, historienne
Christian de Montlibert, sociologue. Professeur émérite
Tosse Ekue, éducateur-animateur culturel
Didier Epsztajn, animateur du blog « Entre les lignes entre les mots »
Yann Fiévet, socio-économiste
Isabelle Garo, enseignante, philosophe, syndiquée CGT Educ'action
Franck Gaudichaud, politiste (université Toulouse Jean Jaurès)
Jean-Luc Gautero maître de conférences, HDR philosophie, Université Côte d'Azur (Nice)
Charlotte Géhin enseignante en éco gestion (Lunel). Syndiquée au SNES-FSU
Dominique Glaymann, professeur émérite de sociologie, université d’Evry, Paris-Saclay
Samy Johsua, universitaire en sciences de l’éducation
Olivier Long, universitaire en arts plastiques-Peintre
Pascal Maillard, universitaire, responsable syndical du SNESUP-FSU
Gus Massiah, économiste membre du Conseil scientifique d’Attac France
Ugo Palheta, sociologue, université de Lille
Evelyne Perrin, économiste
Emmanuelle Posse, professeur de philosophie dans le secondaire (93800 Épinay-sur-Seine)
Yves Quintal, enseignant et associatif
Alain Refalo, professeur des écoles
Arnaud Saint-Martin, sociologue, syndiqué SNCS-FSU
Robert Simon, militant pour les droits humains
Gérard Tautil, auteur occitaniste 
José Tovar, professeur de Lettres retraité, syndicaliste
Axel Trani inspecteur général de l'éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche, membre du Conseil d’orientation de la fondation Copernic
Patrick Vassort, MCF HDR sociologue, université de Caen Normandie
Christiane Vollaire, philosophe
Louis Weber, ancien président de l'Institut de recherches de la FSU

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