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Billet de blog 22 sept. 2021

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La France n’a pas tenu ses promesses lors de l’évacuation des Afghans

« Avocats, associatifs, chercheurs, citoyens engagés, nous avons aidé des Afghans à accéder au pont aérien puis à chercher une solution pour les sortir de l’enfer taliban. Tout cela dans un chaos indescriptible ». Pour ces acteurs et actrices de la société civile engagé·e·s auprès des Afghan·e·s, face au bilan des engagements d’évacuations pris par la France, le constat est sévère. « Quelle victoire les talibans ne manqueront-ils pas de tirer d’un énième renoncement français et européen ? »

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Encore sonnés, nous ne nous remettons pas de l’entrée fulgurante des talibans dans Kaboul. A l’heure où les vols commerciaux reprennent et où s’entrouvre la première fenêtre de sortie depuis les attentats du 26 août, le retrait complet des troupes françaises le 28 puis des soldats américains le 31, nous dressons un premier bilan des engagements d’évacuations pris par la France. Le constat est sévère : le compte n’y est pas.

Nous sommes avocats, associatifs, chercheurs, citoyens engagés. Nous avons aidé des Afghans à accéder au pont aérien puis, après la fermeture prématurée de celui-ci, à chercher une solution pour les sortir de l’enfer taliban.

Tout cela dans un chaos indescriptible, autour de l’aéroport et dans les rues de Kaboul désormais sous contrôle taliban. Malgré le péril de tout déplacement, les checkpoints talibans de plus en plus violents, les humiliations et les coups, l’aéroport restait l’unique espoir. Mais la grande majorité des personnes titulaires d’un laissez-passer et appelées par l’ambassade de France à se présenter aux portes de l’aéroport n’ont pas eu accès à un bus blindé ou à une escorte militaire : elles s’y sont rendues en bus civil ou à pied, hommes, femmes, enfants, toutes nationalités confondues. Pour les Afghans, chaque essai raté les exposait à des représailles, à retrouver leurs maisons occupées, à devoir se cacher ailleurs, le plus souvent chez un parent qui n’avait pas obtenu le laissez-passer et que l’on mettait en danger à son tour.

Comment a-t-on, dans l’urgence, fait le tri entre ceux qui auraient des laissez-passer et les autres ? Sur la base de quels critères ? Combien de recalés à cette étape ?

Nous savons les violations graves de droits qui attendent celles et ceux qui ont demandé mais n’ont pas obtenu le fameux laissez-passer pour l’aéroport. 

A ce stade, est-il concevable d’abandonner les Afghans à qui la France a délivré un laissez-passer mais qui ont été bloqués par la foule, par les checkpoints talibans ou, pour ceux qui ne sont pas morts dans l’attentat-suicide du 26 août, ont dû enjamber des corps déchiquetés pour s’enfuir ? Ne devons-nous pas les mettre à l’abri, au moins ceux- là ?

Nous avons saisi les tribunaux administratifs de Nantes et Paris, qui ont refusé d’enjoindre le gouvernement à délivrer des laissez-passer et des visas pour des évacuations à partir de Kaboul, au motif de ce que ce processus d’évacuation ne relevait pas de leur compétence.

Nous avons rempli via internet des formulaires de demandes de visa, nous avons fait et refait des demandes de réunification et de regroupement familial auprès des Ambassades de France des pays limitrophes. Sans réponse à ce jour, autre qu’une réponse automatique informatisée.

Pire encore, des juges nous ont opposé qu’il n’y aurait pas d’urgence à statuer sur des demandes de réunification entre des enfants coincés en Afghanistan et leurs parents réfugiés en France.

Au-delà de la bataille des chiffres sur le nombre des personnels civils de recrutement local (PCRL : interprètes, chauffeurs, mécaniciens, cuisiniers, serveurs…) qui se sont engagés aux côtés de l’armée française entre 2002 et 2014 et qui attendent encore leur évacuation, à savoir quelques dizaines selon le gouvernement, mais selon nos sources au moins 230,

Au-delà des gesticulations occidentales qui dénoncent les violations de droits présentes et à venir, mais n’exigent pas le respect par la France et ses alliés de leurs engagements,

Au-delà du silence des autorités concernant les membres de la minorité Hazara (chiite) massacrés, leurs femmes et leurs filles kidnappées, les interdictions d’exercer leurs métiers ciblant indistinctement hommes et femmes, la traque systématique et organisée sur la base de listes d’infâme ascendance, qui s’intensifie notamment dans l’ouest de Kaboul,

Au-delà de notre difficulté à concevoir une société qui en 20 ans a changé de génération, est devenue hyperconnectée et compte dans ses rangs, hommes et femmes confondus, des entrepreneurs, étudiants, chercheurs, militants, journalistes, comédiens, présentateurs TV, geeks, des LGBTQ ainsi que des personnes qui ont de la famille proche en France (ou dans d’autres pays occidentaux), tels un conjoint ou un parent, eux-mêmes Français ou résidents réguliers, qu’ils n’étaient pas encore parvenus à rejoindre,

Au-delà de tout cela, nous demandons :

Pourquoi garder le silence quand de nombreuses personnes sont éligibles à partir ?

Selon quels critères accorde-t-on des laissez-passer et des visas aujourd’hui ?

Les vols commerciaux sont-ils accessibles aux Afghans ?

Comment, en pratique, accéder aux Ambassades françaises et alliées dans les pays limitrophes, pour accueillir ces personnes dont la plupart auraient obtenu de l’Etat français un laissez-passer et qui prendraient le risque de quitter l’Afghanistan par la voie terrestre ?

L’Ambassade de France la plus proche, celle d’Islamabad au Pakistan, est fermée au public. Quand rouvrira-t-elle ses portes ? Si les personnels ne sont pas assez nombreux, quand l’arrivée des renforts est-elle prévue ?

Dans les pays tiers comme le Tadjikistan et l’Ouzbékistan, les Ambassades sont-elles prêtes à traiter les demandes de visa des Afghans ?

Pourquoi laisser sans réponse la question de la réunification des familles que l’on a séparées, alors que des pays proches de l’Afghanistan sont aujourd’hui prêts à coopérer ?

Est-il prévu de mettre en place des missions de l’OFPRA (office français de protection des réfugiés et des apatrides) à Téhéran, New-Delhi ou Islamabad pour examiner les demandes d’asile ? Est-il prévu de saisir la Commission Européenne pour ouvrir la protection temporaire aux Afghans ?

La fenêtre qui s’entrouvre est-elle pensée pour aider à sortir tous ceux à qui des laissez-passer ont été délivrés avant l’attentat du 26 août ? Que valent les engagements que la France a pris à leur égard ?

Pourquoi entretenir le silence et une situation de flou juridique, insupportables pour les familles afghanes et leurs soutiens ?

Quelle victoire les talibans ne manqueront-ils pas de tirer d’un énième renoncement français et européen ?

Nous ne savons que répondre à ceux qui ont vu les avions partir de Mazar-e Sharif après le 31 août, puis de Kaboul, comme ce dimanche 19 septembre, lorsqu’incessamment ils nous demandent : pourquoi avons-nous été abandonnés par la France ? Quels sont les pays qui vont entrouvrir la dernière fenêtre ? Lesquels feront en sorte que quelques-uns d’entre nous puissent encore s’enfuir et sauver leur vie ?

Signataires :

Le collectif des avocats (de tous les Barreaux de France) des anciens auxiliaires afghans de l’armée françaises,
Abdul Razeq Adeeli, Président de l’association des anciens auxiliaires afghans de l’armée française,
Nassim Majidi, Fondatrice et co-directrice du centre de recherche sur les migrations Samuel-Hall,
Anne Garella, Chargée de projet « accès aux médicaments » à Médecins-Sans-Frontières
Sandra Calligaro, Journaliste à Libération, Arte et Marie-Claire,
Margaux Benn, Journaliste indépendante,
Sonia Ghezali, Journaliste freelance,
Solène Chalvon-Fioriti, Journaliste indépendante,
Zrinka Stahuljak, Historienne,
Emmanuelle Sage-Lenoir, Scénographe,
Gilles Dorronsoro, Professeur à l’Université Paris I, spécialiste de l’Afghanistan

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