Le retour du vote catho en France

Paul Ariès, rédacteur en chef du mensuel les Zindigné(e)s et Christian Terras, directeur de la rédaction de Golias unissent leur voix pour sonner la sonnette d'alarme. « François Fillon est bien le nom du retour de la vielle droite catho. Parce que athée pour l’un et catholique pour l’autre mais tous deux amoureux de la laicité et de la séparation de l’église et de l’Etat, nous sommes inquiets face au mélange des genres qu’introduit François Fillon. »

La victoire sans appel de François Fillon aux primaires de la droite signe (de croix) le retour du vieux vote catholique réac en France. La carte électorale de François Fillon correspond largement depuis des années à celle de la pratique religieuse catholique en France. François Fillon n’est pas seulement le candidat de droite le plus catho-compatible. Il joue depuis des années de son identité religieuse. Il n’avait ainsi pas reculé en 2012 lors des élections pour la présidence de l’UMP à rappeler les origines juives de son rival Jean-François Coppé.

Est-ce à dire que pour le catholique conservateur Fillon être Français et même Français de droite ne suffirait pas à ses yeux ?  François Fillon est le candidat sorti du chapeau de la mal-nommée "manif pour tous" qui avait mobilisé des millions de catholiques conservateurs contre l’égalité des droits devant le mariage républicain. Il n’a cessé en effet depuis de s’attaquer aux couples homosexuels en se prononçant pour une restriction de leurs droits. Faut-il aussi rappeler les propos détestables de François Fillon lors des élections municipales de 2012 lorsqu’il appelait en cas de duel PS/FN à voter pour le candidat « le moins sectaire » (sic) n’excluant  pas que le candidat du F-Haine puisse l’être moins que celui du PS. On ne peut donc que s’étonner que les médias aient si peu (pour rester polis) analyser en quoi le vote Fillon est le symptôme d’une double régression, une régression en termes de valeurs puisque son programme oppose les Français entre eux en s’en prenant par exemple aux fonctionnaires, boucs-émissaires de la crise actuelle. Il est vrai qu’il y a toujours eu « trop d’Etat » pour cette vieille droite catholique qui biberonne de la Chantal Delsol, cette philosophe catholique, épouse du très catholique et très réac Charles Million, élu en son temps Président de Région avec les voix du FN, qui estime aujourd’hui que c’est parce que la droite n’est jamais assez à droite que le FN monte. Il est vrai qu’il y a toujours eu « trop d’Etat » pour cette vieille droite catholique qui a toujours préféré le sacro-saint principe de subsidiarité à la défense du service public et des biens communs, sauf à confondre ces derniers avec les lois de Dieu…

Régression politique puisque l’existence même d’un vote identitaire catholique nous ramène, sinon à Vichy, du moins au XIXe siècle, avant que l’église n’accepte de pactiser avec la République. François Fillon a bénéficié pour son élection de la mobilisation de la grande majorité des réseaux de la droite catholique dont l’association Sens Commun, émanation directe de la manif contre l’égalité des droits. Sens Commun qui fut même invité par Fillon le 21 septembre 2016 à participer à son meeting au cirque d’hiver à Paris pour mieux revendiquer la réécriture de la loi Taubira.

François Fillon est bien le nom du retour de la vielle droite catho. Parce que athée pour l’un et catholique pour l’autre mais tous deux amoureux de la laicité et de la séparation de l’église et de l’Etat, nous sommes inquiets face au mélange des genres qu’introduit François Fillon.

François Fillon reçu par le pape Benoit XVI alors qu’il était Premier Ministre en violation de tous les principes républicains. François Fillon qui, selon l’ouvrage Le Vatican Indiscret, se montrait peu respectueux de son obligation de réserve en confiant les secrets sur son devenir comme Premier ministre à un ecclésiastique de l’abbaye de Solesmes qui ne manquait pas d’en informer le Vatican. François Fillon qui dénonçait « l’arrogance incroyable » de Najat Vallaud-Belkacem parce qu’elle avait osé critiquer le pape François au sujet de ses délires sur la « colonisation idéologique » de l’école par la théorie du genre. François Fillon qui écrit aux Evêques le 24 octobre dernier pour défendre ses choix politiques et pour clamer son attachement aux « valeurs héritées du christianisme ».

Espérons qu’il n’ait pas l’Inquisition en tête lorsqu’il appelle à en finir avec le relativisme des valeurs face au « totalitarisme islamique » !

François Fillon n’a rien d’un catholique social à la façon des progressistes. François Fillon dit vouloir lever toutes les contraintes au développement des entreprises (on sait ce que cela veut dire). François Fillon dénonce à la façon de la vieille droite rancie le choix de l’égalité dans la médiocrité. François Fillon qui fait mine d’un côté de se revendiquer familialement d’Emmaus mais qui rêve d’une immigration par quota alors qu’Emmaus-International est membre de l’Association pour une citoyenneté universelle. François Fillon qui reprend la notion de capitalisme de connivence, chère à la droite catho dure, pour mieux distinguer un bon capitalisme d’un mauvais. François Fillon qui se prévoit de l’encyclique Laudato Si du pape François, histoire de mieux marchandiser encore la nature en fixant le prix du carbone à trente euros la tonne, comme si la solution à la crise écologique était du côté de toujours plus de capitalisme. François Fillon c’est, comme toujours avec cette vieille droite catho, la défense de la Famille, de la Propriété, du Travail et de la Religion.


Paul Ariès, rédacteur en chef du mensuel les Zindigné(e)s, est un intellectuel de référence du courant de la décroissance et de l'écologie politique.

Christian Terras, directeur de la rédaction de Golias, une revue critique spécialisée sur l'institution ecclésiastique catholique.

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