Loi climat: «Nous ne sommes pas dupes»

Un collectif de jeunes engagés pour le climat s'insurge contre la « stratégie grossière de communication » du gouvernement autour de sa loi Climat, indigne de l'urgence environnementale. « Alors que la crise sanitaire nous aveugle à court terme, le gouvernement nous sacrifie à long terme. Nous ne pouvons plus "faire confiance" au futur, ni aux élu·e·s qui s'affranchissent des limites planétaires à grand coup de peinture verte. »

« Faire avancer l’écologie, c’est toujours défricher un monde inconnu. »

C’est comme ça que le gouvernement commence sa tribune parue dimanche dernier, dont l’unique objectif est de justifier une loi “climat-résilience” décevante et loin du compte.

Faire avancer l’écologie, c’est surtout écouter la science. Cela fait plusieurs décennies que les scientifiques nous alertent, que les rapports se multiplient, et que nous connaissons les mesures à mettre en place pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre et avancer vers une société socialement juste et écologiquement viable.

Nous, jeunes engagés pour le climat, voulons dire que nous ne sommes pas dupes.

Après nous être rendus devant l’Élysée le 10 février pour dénoncer le manque d’ambition du projet de loi, après avoir envoyé des centaines de mails aux parlementaires, après avoir manifesté devant les permanences des députés, après avoir marché partout en France le 28 mars, nous nous sommes rendus quotidiennement devant l’Assemblée nationale pour exiger une vraie loi climat, et jusque dans le bureau de la ministre de la transition écologique pour exprimer notre incompréhension face au décalage entre le contenu du texte et la nécessité d’agir.

Malgré tout cela, le texte qui sort de l’Assemblée nationale n’est toujours pas à la hauteur.

D’une réduction de 112 millions de tonnes de CO2eq d’ici à 2030[1], nécessaires pour respecter nos objectifs, ce gouvernement se réjouit des 6 à 10 millions de tonnes de CO2eq[2] qui vont être évitées par les mesures du projet de loi.

Voir le gouvernement et la majorité se féliciter de cette loi climat représente pour nous le comble de l’indécence. Si l'auto-congratulation permettait de réduire les émissions de gaz à effet de serre, nul doute que ce gouvernement nous aurait déjà libéré de la crise climatique.

Ce projet de loi aurait dû aller tellement plus loin, mais force est de constater qu’il ne sert qu’à la communication gouvernementale et au verdissement du bilan catastrophique d’Emmanuel Macron en matière d’environnement.

Le gouvernement se vante d’avoir pris de grandes mesures ambitieuses sur l’aérien en mettant fin à certaines liaisons intérieures alors que seules 1 à 3 liaisons sont concernées.

Sur les 9 extensions d’aéroports prévues, aucune ne sera interdite alors même que le trafic aérien devra nécessairement diminuer.

Ils prétendent aussi s’attaquer à la pollution de l’air, mais l’objectif de fin de vente des véhicules polluants pour 2030 ne concerne qu’1 à 3 % des véhicules neufs vendus !

Enfin, nous lisons qu’il faut « savoir avancer par étapes, en incluant toute la société dans la transition.» Mais la transition n’est pas solidaire quand on se contente de mettre fin à la location des logements les moins bien isolés, progressivement de 2025 à 2034 sans préciser que c’est aux locataires souvent précaires et mal informés de se retourner contre leurs propriétaires si ces derniers refusent les rénovations. Elle ne l’est pas non plus lorsque l’on manque d’aborder le sort des salariés des secteurs menacés.

Ce rejet des mesures réellement ambitieuses a continué pendant le vote en plénière : écartée l’option végétarienne obligatoire dans les restaurants gérés par les collectivités territoriales (concernant potentiellement 7 millions d’élèves), rejetée l’interdiction de la publicité pour les produits trop polluants tels que les SUV, vidée la proposition de redevance sur les engrais azotés, qui devient juste “envisagée” n’actant rien de concret[3].

Nous dénonçons une stratégie grossière de communication, qui se prétend être une « troisième voie de l'écologie », une voie « raisonnable mais ambitieuse », entre les conservateurs et les extrémistes radicaux. Alors qu’en réalité ce n’est qu’une écologie cosmétique, de petits pas « symboliques », à mille lieues de l’urgence climatique.

Faire de l’écologie à la manière du gouvernement nous fait courir de graves dangers car elle n’empêche pas une hausse des températures de 3 à 4°C d’ici 2050, de voir le niveau des mers monter de 110 cm d’ici à la fin du siècle[4], et de transformer 250 millions de personnes en réfugiés climatiques d’ici 2050.

Le comportement caricatural se trouve du côté de la majorité présidentielle qui présente ce projet de loi comme un tournant alors même qu’il s’agit d’un paravent dissimulant la misère de l’inaction.

Les jeunes ne peuvent pas se contenter de belles promesses. Alors que la crise sanitaire nous aveugle à court terme, le gouvernement nous sacrifie à long terme. Nous ne pouvons plus « faire confiance » au futur, comme nous ne pouvons pas faire confiance aux élu.e.s qui s'affranchissent des limites planétaires à grand coup de peinture verte.

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[1]Étude d’impact : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/textes/l15b3875_etude-impact.pdf
[2]Estimation de Matthieu Orphelin et son équipe : https://matthieuorphelin.org/pour-une-vraie-loi-climat/
[3]https://reseauactionclimat.org/wp-content/uploads/2021/04/def-tableau-comparatif-evolution-pjl-climat-resilience.pdf
[4]https://www.nausicaa.fr/article/la-montee-des-eaux-en-france-en-2040/

Signataires :

Hugo Viel, 23 ans / Camille Étienne, 22 ans / Julie Pasquet, 23 ans / Lou Garcia, 24 ans  / Mathis Fidaire, 19 ans / Agathe Daniel, 24 ans / Stacy Algrain, 24 ans / Anne-Sophie Lahaye, 28 ans / Martial Breton, 27 ans / Léa Douard, 27 ans / Noé Gauchard, 21 ans / Maxence Thonnat, 20 ans / Grégoire Morat, 23 ans / Jose Rexach, 29 ans / Louise  Fournier, 20 ans / Cassandre Tribalet, 23 ans / Hippolyte Drouet, 24 ans / Juliette Yeh , 22 ans / Tess Segonds,19 ans /Benoît Artaud, 20 ans/ Coralie Gamelin, 28 ans / Alexandre Alvarez , 26 ans / Louise  Bodier, 20 ans / Tom Jouvet, 22 ans / Florence Gherardi, 21 ans / Nicolas Dubois, 25 ans / Charlotte Mallard, 18 ans / Raph Vnd, 16 ans / Maia Derrez, 21 ans / Romain Eymann, 24 ans / Jean Messialle, 31 ans / Louis Dumurgier , 17 ans / Etienne Coltat, 24 ans / Alexis Clot, 25 ans / Alexia Meynier, 27 ans / Guillaume Schuler, 23 ans / Coline Serra , 27 ans / Mathieu Poupon, 22 ans / Alexandre Flandrin, 29 ans / Ludovic Maugère, 28 ans / Mathilde Aladjidi, 19 ans / Soizic Salaün, 19 ans / Inès Rodrigues, 18 ans / Léo Hardouin, 21 ans / Adrien Sartre, 26 ans / Fiona Ragonneau, 19 ans / Louise  Di Betta, 25 ans / Pauline Kreienbühl, 25 ans / Léa Legras, 20 ans / David Andreini, 22 ans / Antoine Rault, 30 ans / Elsa Touzard, 21 ans / Fanny Giniès, 34 ans / Marie Wallaert, 20 ans / Luc Châles, 26 ans / Marie Algrain, 32 ans / Nicolas Busin, 26 ans / Angie Charbonneau, 22 ans, Camille Hellich, 24 ans / Landia Egal, 32 ans / Marine Calmet, 30 ans / Paul Lecorre, 22 ans / Clémence Martin, 20 ans / Blanche Bourgeois, 21 ans / Nicolas Adamy, 19 ans / Valentin Alemany, 24 ans / Christophe Rouen, 39 ans / Coline Hervé, 30 ans / Adelin Lama, 22 ans / Marie Ghio, 24 ans / Clara Touzard, 24 ans / Gwendolina Menet, 20 ans / Fiona Steffan, 23 ans / Sébastien Marecaux, 21 ans / Amine Messal, 22 ans / Alpha Diallo, 19 ans / Sébastien Dardillac, 29 ans / Ethan Tarragano, 20 ans / Aliénor Turot, 25 ans / Morgane Weiss, 21 ans / Clothilde Feugeas, 24 ans / Cléa Fache, 20 ans / Louis Jacolin, 24 ans / Thibaut Cantet, 26 ans

Avec le soutien de :

Cyril Dion, des citoyens de la Convention Citoyenne pour le Climat : Agnes Catoire, William Aucant, Vita Evenat, Isabelle Robichon, Benoit Baubry, Claire Morcant, Rachel

CliMates, le REFEDD, Youth For Climate France, Forum français de la jeunesse, Together For Earth, Résilience France, la FAGE, Déclic, Avenir Climatique, Sillage, Greenpeace France, Attac France, Les Amis de la Terre, Alternatiba, ANV-COP21, Notre Affaire À Tous, BLOOM, Greenlobby, Combat Monsanto, Alofa Tuvalu, Anv-Cop21 Montpellier, United4Earth, Le Monde d'Après, Résistance à l'Agression Publicitaire, Penser L'après,  Notre Maison Brûle, Nous sommes vivants, Réseau Foi & Justice Afrique Europe antenne France, Wild Legal, ZEA

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