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Tribune 23 sept. 2022

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Il faut abandonner la suppression des corps diplomatiques

Alors que se déroule cette semaine l’Assemblée Générale des Nations Unies, un collectif de député·es de l’intergroupe NUPES, membres de la Commission des Affaires étrangères, s'insurge contre le projet de suppression des corps diplomatiques décidé par le Président, et appellent à stopper la réforme. En remplaçant ce corps par « des agences privées ubérisées », E. Macron s'attaque à « un savoir-faire éprouvé », que la « reconfiguration en cours de l’ordre ou du désordre du monde » rend plus que jamais nécessaire. 

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Cette semaine se déroule l’Assemblée Générale des Nations Unies, un des plus importants rendez-vous internationaux. Contrairement à l’an dernier, Emmanuel Macron a cette année décidé de s’y rendre en personne. Et c’est tant mieux. Mais cette séquence diplomatique importante est surtout l’occasion d’exprimer à nouveau les plus vives inquiétudes que suscite, de tous côtés, la suppression des corps diplomatiques décidée par Emmanuel Macron. 

La gravité de cette réforme est telle que le 2 juin dernier, des fonctionnaires représentant l’ensemble des statuts et métiers du ministère des Affaires Étrangères sont sortis de leur réserve pour lancer un vaste mouvement de grève. Qu’un tel événement – rarissime dans un ministère des plus disciplinés – ait vu le jour en dit long sur la gravité d’une réforme menée à la hussarde.

Alors que le quai d’Orsay est le ministère qui a le plus souffert de l’austérité budgétaire – il a été amputé de la moitié de son budget et de ses effectifs en 30 ans -, la macronie vient lui porter un nouveau coup décisif. La suppression des corps diplomatiques, au prétexte fallacieux d’ouvrir la fonction d’ambassadeur à la société civile – comme si cette possibilité n’était pas déjà pratiquée, pour le meilleur et le pire – signifie à terme la disparition de notre diplomatie professionnelle et, avec elle, de toute ambition de peser dans le monde. Il est significatif qu’aucun pays analogue à la France ne prévoie une telle réforme. 

La crise du Covid19 et les milliers de rapatriements, le regain des crises internationales, les enjeux écologiques appelant des solutions internationales etc., ne cessent pourtant de révéler l’importance de notre réseau diplomatique, troisième au monde et unanimement salué pour son excellence. Le professionnalisme et les compétences multiples de nos diplomates, forgés dans une histoire pluriséculaire et un très haut niveau de qualification, de formation, et de connaissance des autres secteurs de l’Etat, sont un atout maître de notre pays à l’étranger. 

C’est de ce savoir-faire qu’envisage aujourd’hui de nous amputer Emmanuel Macron en diluant le personnel du Quai d’Orsay dans un vivier de hauts fonctionnaires qui seraient nommés par le Prince. Une telle dilution de notre personnel diplomatique reviendrait, en niant sa spécificité et son nécessaire niveau d’exigence, à niveler vers le bas et les pratiques discrétionnaires la mise en œuvre de notre politique étrangère.  Nous aurions tort de ne pas voir dans cette réforme le dernier jalon d’une offensive contre laquelle nous alertons depuis des années. La remise en cause de notre outil diplomatique est une rengaine macroniste. Les appels à la « diplomatie agile » qui voudrait réduire nos diplomates à des VRP des grands groupes français, la privatisation cachée du réseau d’enseignement français à l’étranger, la mise en braderie de notre patrimoine dans le monde, l’érosion sans fin des moyens et des attributions, la diplomatie du mégaphone et des coups sans continuité ni souci de la mise en œuvre, n’étaient que les premiers coups de semonce. 

Qu’importe à ce stade pour la macronie que les personnels diplomatiques soient vent debout face à cette réforme. Que l’urgence climatique donne à notre action étrangère une importance nouvelle et exponentielle. Que notre Etat Major alerte sans cesse sur le risque accru de guerres de haute intensité comme la subit le peuple ukrainien. Que notre nécessaire indépendance stratégique exige des porteurs de voix à la hauteur d’un monde traversé par les crises. Que la reconfiguration en cours de l’ordre ou du désordre du monde rend encore plus nécessaire de disposer d’un savoir-faire diplomatique éprouvé. 

Mais nous ne pouvons accepter l’idée selon laquelle la diplomatie professionnelle serait un vestige devant laisser place aux nouveaux acteurs d’un néolibéralisme où tout doit être au service du marché, y compris les outils de notre action extérieure. Que ce serait-il passé si, pendant la pandémie, les français de l’étranger dans la tourmente n’avaient eu comme interlocuteurs que des agences privées ubérisées ? 

Nous appelons solennellement le gouvernement, et plus spécifiquement le Président de la République qui a décidé seul de cette réforme, à renouer avec une reconnaissance du travail et du dévouement des agents du Ministère des Affaires Etrangères. Il est urgent de stopper une réforme qui renverra à certains égards à une diplomatie de cour surannée, et de consolider les moyens de notre appareil diplomatique. Il n’est pas trop tard pour reprendre la seule voie possible pour une action extérieure indépendante, cohérente, et en phase avec les nécessités d’une France indépendante au service de la paix.  

Signataires :

Les député.e.s de l’intergroupe NUPES, membres de la Commission des Affaires étrangères : 

Nadège Abomangoli (LFI) ;
Clémentine Autain (LFI) ;
Carlos Martens Bilongo (LFI) ;
Louis Boyard (LFI) ;
Alain David (SOC) ;
Olivier Faure (SOC) ;
Guillaume Garot (SOC) ;
Hubert Julien-Laferrière (ECOLO) ;
Arnaud Le Gall (LFI) ;
Elise Leboucher (LFI) ;
Jean-Paul Lecoq (GDR) ;
Nathalie Oziol (LFI) ;
Mathile Panot (LFI) ;
Sabrina Sebahi (ECOLO) ;
Ersilia Soudais (LFI) ;
Aurélien Taché (ECOLO)

Jean-Luc Mélenchon, ancien ministre (LFI). 

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