Pour sauver des vies, fabriquons des masques

Alors que pour faire face à la pénurie, le gouvernement importe des masques fabriqués en Chine, « l'affaire Honeywell raconte le désinvestissement tragique de l’État dans la production de matériels de protection ». Dans une perspective sociale et écologique, des membres du Comité national de soutien en appellent « à la création d'une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) “Fabrique de santé”, où se trouvait l'ex-usine ».

Alors que la sortie de la crise sanitaire du coronavirus n’est pas encore effective, il nous appartient toutes et tous ensemble d’inventer le monde d’après. Celui-ci ne doit pas reprendre les recettes éculées de celui d’avant et doit répondre aux urgences sociales et écologiques. Elle doit aussi répondre aux besoins essentiels et si cette crise a mis en avant une évidence c’est bien celle du manque criant de masques, tout d’abord pour les personnels des hôpitaux et EPAHD, et aussi pour l’ensemble de la population.

Pour répondre à cette situation de pénurie le gouvernement est aujourd’hui obligé de faire venir à grand frais des masques en nombre, fabriqués en Chine et transportés par des avions gigantesques (comme l’Antonov An-225 le plus gros avion du monde). Si ce pont aérien sauve des vies, dans le même temps il accroît la pollution et en détruit d’autres. En 2018 selon un rapport de l’International Council on Clean Transportation (ICCT) le transport aérien représentait à lui seul 2,4 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la planète, une pollution en forte progression (+ 32 % en cinq ans). Le monde d’après ne peut pas continuer ainsi à faire traverser le globe à des produits essentiels.

Pourtant de nombreuses entreprises de fabrication de masques existaient en France il y a encore quelques années. C’était par exemple le cas de l’usine Honeywell/Spérian à Plaintel, en Bretagne. La fermeture de cette usine est significative du désinvestissement tragique de l’État dans la production de matériels de protection ainsi que la désindustrialisation du territoire dans un marché mondial de moins en moins régulé, où la recherche du profit maximum prime avant toute autre considération, en particulier sanitaire ou sociale. Cette usine a fermé fin 2018 pour deux raisons principales. En premier, l’arrêt progressif des commandes de l’État après la crise du virus H1N1 de 2009, arrêt dont on mesure aujourd’hui toutes les conséquences sanitaires. En second, la volonté toujours exponentielle de profits des groupes et de leurs actionnaires qui a conduit la société Honeywell à délocaliser cette production et à fermer cette usine pourtant rentable. Le monde d’après ne peut pas continuer à faire primer les profits sur les besoins essentiels.

Pour la commune de Plaintel d’un peu plus de 4 000 habitant-es, cette usine était très importante. Elle était moderne et avait pu acquérir plusieurs lignes de productions automatiques ultra modernes et performantes, grâce entre autres à des subventions et au Crédit Impôt Recherche. Ces machines dernier cri seront détruites et envoyées à la casse… Et surtout, ce sont plus de 300 salarié-es qui se sont ainsi retrouvés au fil des ans licencié-es. Pourtant l’usine Honeywell/Spérian disposait d’une main d’œuvre spécialisées et particulièrement qualifiée. Le monde d’après ne peut pas continuer à faire passer les profits après les intérêts sociaux.

C’est pour que ce monde d’avant ne perdure pas et dans une perspective sociale et écologique que nous soutenons la réalisation du projet de création de la Coopérative d’intérêt Collectif (SCIC) « Fabrique de santé », où se trouvait l'ex-usine Honeywell/Spérian. Nous proposons de redémarrer une production locale et industrielle de masques respiratoires dans laquelle d’ancien-nes salarié-es d’Honeywell Plaintel pourraient de nouveau exercer leurs compétences.

La création d’une société coopérative d’intérêt collectif permettrait d’associer tou-tes les acteur-rices du territoire régional et de la filière. Salarié-es, collectivités locales, associations et groupements d’acheteurs siègent à son conseil d'administration.

Retrouver une capacité de production autonome de matériels de protection en Bretagne permettrait aussi à la fois de pouvoir à nouveau répondre en partie à ce besoin essentiel et d’autre part de réduire la pollution générée par le transport à grand frais pour la planète et l’air que nous respirons.

Elle permettrait aussi de combiner de meilleures conditions de travail, la stabilité de l’emploi et la qualité de la production. Nous défendons l’idée d’emplois utiles, relocalisés et où les travailleuses et travailleurs ont leur mot à dire sur leur travail.

Pour nous la situation de la Coopérative d’intérêt Collectif (SCIC) de Plaintel est un symbole de la situation et des choix de société que nous devons aujourd’hui mener.

Vous aussi soutenez la démarche en signant et relayant la pétition sur le site du comité de soutien: https://soutienscic22.org/

Les signataires

Eric Beynel, porte parole de l’Union syndicale Solidaires
Magali Fricaudet, co-présidente AITEC
Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne
Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre France
Michel Jallamion,pour la Convergence nationale des services publics
Benoit Teste, secrétaire général de la FSU
Aurélie Trouvé, porte parole d’ATTAC

 

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