La transition féministe pour toutes et tous

À la veille de la journée contre les violences faites aux femmes, plus d'une cinquantaine d'élues municipales à Paris appellent à défendre « toutes les femmes ». « Parce que les violences sont systémiques, nous dénonçons le patriarcat », expliquent ces femmes politiques, alliées à Anne Hidalgo.

Toutes les femmes. Toutes les femmes qui ont révélé leurs souffrances, ou se taisent, mineures ou majeures, toutes celles qui se battent pour obtenir justice et soutien, pour se protéger et protéger leurs enfants, pour se reconstruire, retrouver la sérénité et le goût d’aimer à nouveau ; et aussi toutes celles qui n’ont pas, pas encore, pas physiquement, fait l’expérience de ces violences mais qui entrevoient le continuum des violences qui nous menace toutes.

Toutes les femmes, mères ou non, en couple ou non, avec enfants ou non.

Toutes les femmes qui aiment les femmes et qui subissent la double discrimination en tant que femmes et lesbiennes ; et aussi toutes les femmes hétérosexuelles. Toutes les femmes trans victimes d’une misogynie d’autant plus forte qu’elle se double de transphobie ; et aussi toutes les femmes cisgenres.

Toutes les femmes, de toutes origines et milieux sociaux, de toutes couleurs de peau, de toutes religions ou de toutes variétés d’athéisme et d’agnosticisme, de tous bords politiques. Parce que les violences sont systémiques, nous dénonçons le patriarcat et nous agissons pour toutes les femmes.

Ce sont toutes les femmes que, comme élues, nous représentons, et c’est l’intérêt de toutes ces femmes que nous défendons, sans exclusive, sans contrepartie ; et ce sont toutes les femmes que nous voulons, aujourd’hui, fédérer dans le combat contre les violences, contre le patriarcat dans la sororité, et aussi, parce que c’est la devise de notre République, dans la fraternité avec l’ensemble des Parisiennes et Parisiens, des citoyennes et citoyens.

Nous voulons agir pour toutes les femmes, tous les jours.

Organiser la transition féministe

Cet engagement, ces obligations ne nous incombent pas juste en tant que féministes, ou même que personnes engagées, mais bien comme élues ; elles sont celles que la Ville de Paris doit à ses administrées indépendamment du temps ou des majorités. Il incombe à chaque collectivité, comme à l’Etat, à chaque niveau de responsabilité, dans chacune des branches du pouvoir, selon l’état de droit et les compétences des unes et des autres, de consolider le droit commun et les services accessibles à toutes, de respecter les libertés de chacune, et de favoriser la prise en compte de l’égalité dans tous les secteurs d’intervention des politiques publiques.

Élues de Paris, représentant pleinement et également les citoyennes et citoyens qui font notre ville, notre responsabilité est de faire que les droits fondamentaux de tous et toutes puissent se réaliser à égalité, ce qui suppose une approche résolument féministe, et résolument universelle. Parce que nous voyons que les violences faites aux femmes sont systémiques nous savons que les combattre relève d’un enjeu de santé publique, qui doit nous fédérer.

Le mouvement féministe français est riche d’une multitude d’approches et de débat, tant mieux ça fait partie de sa force ! Mais l’action politique au service de nos concitoyennes doit prendre toujours le dessus ! Notre engagement premier est l’urgence de mettre en œuvre des politiques publiques pour en finir avec toutes les violences.

« Ils nous ont divisées, les femmes »

Il y a urgence parce qu’en 2020, en France, 6e puissance économique mondiale, des êtres humains se font assassiner du fait d’être des femmes : ce sont des féminicides. Tous les deux jours et demi, une femme est tuée par son conjoint ou son ex-conjoint.

Et ces violences augmentent : l’État a compté 146 féminicides en 2019 contre 121 en 2018. Avec la crise sanitaire, le confinement, les appels à la ligne 3919 tenue par la Fédération nationale solidarité femmes ont doublé, tout comme les appels au 119 concernant les signalements de violences envers les enfants, qui ont partie liée.

Ces violences sont partout. Elles sont diverses : emprise, injure, harcèlement, coups, viol... Chaque violence sexiste et sexuelle constitue un cinglant rappel à l’ordre patriarcal, même pour celles qui n’en sont pas les victimes directes.

Au système d’emprise par la peur correspond une crainte des transports publics, où 100% des femmes d’Ile- de-France ont vécu du harcèlement, un investissement moindre de l’espace public et des équipements, qui n’aide pas à revendiquer la juste place des femmes dans la cité, dans la sphère publique, dans l’emploi.

Et cette peur se rejoue, de manière existentielle pour les « premières de corvées », face à la précarité qui est majoritairement féminine : 72% du sous-emploi, 68% des allocataires isolé·e·s du minimum vieillesse, 85% des chef·fe·s de familles monoparentales sont des femmes.

C’est sur leurs corps que reposent le plus souvent les choix de contraception, et sur leur parcours que pèsent les interruptions de carrière liées aux enfants.

Nous savons et nous réaffirmons qu’une alternative féministe ne peut être dissociée du combat contre les réactionnaires « anti-genre », contre les extrémistes et les fanatismes, contre l’extrême droite dont la haine des personnes LGBTQI+ a partie liée avec leur refus des droits sexuels et reproductifs des femmes ; ou du combat contre le racisme, cette haine qui fait tant de mal aux femmes qui en sont victimes.

Nous voulons dire qu’il est possible d’en finir avec les violences faites aux femmes et aux enfants, sous toutes leurs formes, et d’accompagner toutes les victimes, y compris les enfants et les jeunes. Et pour cela nous avons choisi le terrain de l’action, celui de l’action qui dure pour toutes les femmes, de manière pragmatique et universelle.

« Notre temps est arrivé »

Depuis 2014, nous avons initié à Paris une approche résolument féministe de l’ensemble des domaines d’action de la ville.

Notre collectivité a ainsi augmenté de 93% les subventions aux associations de lutte contre les violences faites aux femmes ces 3 dernières années, dans un contexte général de réduction de la dépense publique ; et trois lieux d’hébergement sont en voie d’être construites pour créer 140 nouvelles places d’hébergement d’urgence dédiées aux femmes victimes.

Nous avons développé des campagnes et des outils (notamment le « violentomètre ») pour diffuser les bonnes pratiques partout. Et nous faisons le choix d’aller au-delà en incluant la lutte contre ces violences à la formation de tous les personnels de la ville et par le biais de dispositifs de lutte contre les violences sexistes et sexuelles déployés en interne.

Sur tous les enjeux d’égalité femmes-hommes, nous aidons des projets à voir le jour en direction de tout le public parisien, notamment en initiant aux côtés des associations, la création de la très belle Cité Audacieuse, d’utilité publique ; nous adoptons aussi des pratiques réflexives d’exemplarité des services de la Ville avec la labellisation « égalité professionnelle entre les femmes et les hommes » de l’AFNOR en 2019.

Poursuivant l’effort engagé depuis 2001, où moins d
e 2 % des voies de Paris portaient des noms de femmes, nous en sommes aujourd’hui à 14%, ce qui est loin d’être sans conséquence sur la reconnaissance de la contribution des femmes à notre histoire commune par leur matrimoine. Et c’est toujours au nom de cet impératif, pour renforcer nos actions, que nous doublerons le budget dédié à l’égalité entre les femmes et les hommes et continuerons à mettre en place une budgétisation sensible au genre.

C’est à travers l’ensemble des délégations et directions, en incluant une perspective de genre de manière transversale, que les progrès se font ; la transition féministe de la ville s’organise main dans la main avec les associations féministes dans leur diversité.

C’est par l’action collective dans l’intérêt de toutes, par la loi et les politiques publiques, au-delà des clivages politiques et en synergie avec ces hommes qui portent eux aussi cette transition féministe que se font les vrais changements, loin des positionnements idéologiques des brodeuses et brodeurs de mots.

Avec des politiques concertées et financées. Unies dans nos différences, nous portons ce combat avec résolution et sérénité pour le bien commun de toutes et tous, pour le progrès humain.

Le projet pour lequel nous avons été élues à Paris, aux côtés d’Anne Hidalgo, la première femme maire de la capitale, celui de notre engagement, le projet qui nous motive et pour lequel nous œuvrons au quotidien dans tous nos domaines d’action, c’est celui de la transition féministe, pour toutes les femmes.

Signataires

Maya Akkari, Conseillère de Paris (18e Arrondissement, Parti Socialiste - Paris en Commun)
Gwenaëlle Austin, Adjointe au Maire du 19e Arrondissement (Parti Communiste)
Anne Baudonne, Adjointe au Maire du 20e Arrondissement (Parti Communiste)
Hélène Bidard, Adjointe à la Maire de Paris (11e Arrondissement, Parti Communiste)
Evelyne Boscheron, Conseillère du 15e Arrondissement (Parti Communiste)
Cécile Bossavie,
Conseillère déléguée du 19e Arrondissement (Parti Socialiste - Paris en Commun)
Dorine Bregman, Adjointe au Maire de Paris Centre (Parti Socialiste - Paris en Commun)
Colombe Brossel, Adjointe à la Maire de Paris (19e Arrondissement, Parti Socialiste - Paris en Commun)
Julie Cabot
, Adjointe à la Maire du 14e Arrondissement (Génération·s)
Marie-Laure Casier, Conseillère déléguée auprès du Maire du 18e Arrondissement (Parti Socialiste- Paris en Commun)
Sandrine Charnoz, Adjointe à la Maire de Paris (12e Arrondissement, Génération·s)
Bénédicte Chevalier, Conseillère déléguée auprès de la Maire du 14e Arrondissement (Parti Communiste)
Kim Chiusano, Conseillère déléguée auprès de la Maire du 10e Arrondissement (Parti Socialiste- Paris en Commun)
Anouchka Comushian, Adjointe à la Maire du 12e Arrondissement (Parti Communiste)
Alexandra Cordebard, Maire du 10e Arrondissement (Parti Socialiste - Paris en Commun)
Béatrice Dageville, Adjointe au Maire du 11e Arrondissement (Parti Communiste)
Isabelle Dumoulin, Conseillère déléguée auprès de la Maire du 10e Arrondissement (Génération·s)
Frédérique Dutreuil, Conseillère du 9e Arrondissement (Parti Socialiste - Paris en Commun)
Lamia El Aaraje, Conseillère de Paris (20e Arrondissement, Parti Socialiste - Paris en Commun)
Léa Filoche, Adjointe à la Maire de Paris (19e Arrondissement, Génération·s)
Andrea Fuchs, Adjointe au Maire du 19e Arrondissement (Parti Socialiste - Paris en Commun)
Annie Gafforelli, Adjointe au Maire du 20e Arrondissement (Parti Communiste)
Geneviève Garrigos, Conseillère de Paris (20e Arrondissement, Paris en Commun)
Karine Gautreau, Adjointe au Maire du 19e Arrondissement (Parti Socialiste - Paris en Commun)
Anissa Ghaidi, Adjointe à la Maire du 14e Arrondissement (Parti Communiste)
Barbara Gomes, Conseillère de Paris (18e Arrondissement, Parti Communiste)
Céline Hervieu, Conseillère déléguée auprès de la Maire de Paris (6e Arrondissement, Parti Socialiste - Paris en Commun)
Béatrice Jacobs, Conseillère déléguée du 19e Arrondissement (Paris en Commun)
Alexandra Jardin, Adjointe au Maire du 20e Arrondissement (Parti Socialiste - Paris en Commun)
Philomène Juillet, Conseillère déléguée auprès de la Maire du 10e Arrondissement (Parti Socialiste- Paris en Commun)
Pénélope Komitès, Adjointe à la Maire de Paris (12e Arrondissement, Parti Socialiste - Paris en Commun)
Johanne Kouassi, Conseillère de Paris (13e Arrondissement, Parti Socialiste - Paris en Commun)
Marie-Christine Lemardeley
, Adjointe à la Maire de Paris (5e Arrondissement, Parti Socialiste - Paris en Commun)
Mariam Maman, Conseillère du 17e Arrondissement (Génération·s)
Nathalie Maquoi, Conseillère de Paris (20e Arrondissement, Génération·s)
Athénaïs Michel, Conseillère du 8e Arrondissement (Allons Enfants)
Marthe Nagels, Adjointe au Maire du 20e Arrondissement (Génération·s)
Camille Naget, Conseillère de Paris (19e Arrondissement, Parti Communiste)
Laurence Patrice, Adjointe à la Maire de Paris (10e Arrondissement, Parti Communiste)
Carine Petit, Maire du 14e Arrondissement (Génération.s)
Olivia Polski
, Adjointe à la Maire de Paris (14e Arrondissement, Parti Socialiste - Paris en Commun)
Danièle Premel, Adjointe au Maire du 18e Arrondissement de Paris (Parti Communiste)
Raphaëlle Primet, Conseillère de Paris (20e Arrondissement, Parti Communiste)
Audrey Pulvar, Adjointe à la Maire de Paris (Paris Centre, Paris en Commun)
Marie-José Raymond-Rossi, Conseillère de Paris (13e Arrondissement, Parti Socialiste - Paris en Commun)
Isabelle Rocca,
Adjointe à la Maire du 12e Arrondissement (Parti Socialiste - Paris en Commun)
Marine Rosset, Conseillère du 5e Arrondissement (Parti Socialiste - Paris en Commun)
Gabrielle Siry, Adjointe au Maire du 18e Arrondissement (Parti Socialiste - Paris en Commun)
Eléonore Slama, Adjointe à la Maire du 12e Arrondissement (Parti Socialiste - Paris en Commun)
Anne Soleilhavoup, Conseillère déléguée auprès du Maire du 13e Arrondissement (Parti Socialiste- Paris en Commun)
Mariam Soumaré
, Conseillère du 19e Arrondissement (Parti Socialiste - Paris en Commun)
Fadila Taieb,
Adjointe à la Maire du 12e Arrondissement (Parti Socialiste - Paris en Commun)
Karen Taïeb, Adjointe à la Maire de Paris (17e Arrondissement, Paris en Commun)
Mélody Tonolli, Adjointe à la Maire du 14e Arrondissement (Génération·s)
Anouch Toranian,
Adjointe à la Maire de Paris (15e Arrondissement, Paris en Commun)
Dominique Versini, Adjointe à la Maire de Paris (10e Arrondissement, Paris en Commun)
Shirley Wirden, Adjointe au Maire de Paris Centre (Parti Communiste)

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