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Tribune 26 févr. 2016

Non à la déconstruction européenne!

Des Eurodéputés des six États membres fondateurs de l'UE (1) dénoncent le détricotage permanent du projet européen sur l'autel du libre-échange absolu. «La peur de l'autre, et la défiance actuelle légitime de nos concitoyens vis-à-vis de l'Europe doit être transformée en une opportunité. L'opportunité de redéfinir un vrai projet européen, avec les États membres qui le veulent.»

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Après le Brexit, place au TTIP! Le 12ème round de négociation sur le traité transatlantique s’est ouvert ce lundi 22 février à Bruxelles. Au-delà des sujets techniques non négligeables qui sont négociés cette semaine (barrières techniques au commerce, mesures sanitaires et phytosanitaires), la Commission européenne a donc décidé de remettre sur la table les tribunaux d’arbitrage dans leur version relookée, les fameux "systèmes juridictionnels publics des investissements" (ICS) censés s'opposer aux tribunaux privés (ISDS) tant décriés et écartés des négociations en janvier 2014, pour mieux nous être resservis aujourd'hui après une opération maquillage.

C'est hélas l'arbre qui cache la forêt. Alors que nous n'en sommes "qu'au stade des négociations" sur TTIP, son petit cousin, l'accord CETA ("Comprehensive Economic and Trade Agreement") signé le 26 septembre 2014 entre l'Union européenne et le Canada, serait en passe d'être adopté par les 28.

Au-delà du "coup d’état démocratique" dénoncé ici et là à juste titre, se pose la question du rôle même de l'exécutif européen dans cette affaire. Censée être garante de "l'intérêt général" de l'UE, la Commission européenne se comporte davantage aujourd'hui comme un bateau pirate que comme un phare dans la tempête. Le libre-échange absolu qu'elle veut nous imposer demeure un crédo dogmatique qui est loin d'avoir fait ses preuves et détruit chaque jour davantage le projet européen. Force est de constater, qu'en passant la vision du monde au seul filtre des chiffres et de la compétitivité, plus grand chose ne survit au projet des pères fondateurs de l'Union. Alors que la Commission Junker se voulait "politique" et non plus "juridique", on repart avec la même opacité et les mêmes figures imposées. Que l'on ne s'étonne pas de voir le lien entre l'Europe et ses citoyens s'effilocher et les extrêmes d'arrière-garde gagner du terrain.

Il est temps que la Commission européenne cesse de se concentrer sur sa fonction normative et sorte de sa logique de petit comptable pour devenir enfin une vraie force de proposition. Les accords de libre-échange qu'elle promeut à tout va ne sont que la traduction même de l'approche du gouvernement britannique sur le projet européen. Celle d'une Europe à la carte a minima où l'économique prédomine sur le politique, et le nationalisme sur l'identité européenne.

La peur de l'autre, et la défiance actuelle légitime de nos concitoyens vis-à-vis de l'Europe doit être transformée en une opportunité. L'opportunité de redéfinir un vrai projet européen, avec les États membres qui le veulent.

Et ce n'est pas sûrement aux États tiers, avec lesquels l'Union négocie ces accords de libre-échange, de mettre à mal ce projet et par la même notre modèle européen. On ne se construit pas dans la dépendance à l'autre. A l'heure où la situation internationale n'a jamais été aussi menaçante depuis les premiers balbutiements de l'Union, l'Europe doit retrouver son essence même et renouer avec sa fonction première. Dans le prolongement de son histoire, et face aux défis sans précédent qui se dressent devant nous, elle doit assurer son rôle avec conviction et redevenir cette force d'équilibre dont le monde a aujourd'hui tant besoin. Car, nous européens, savons trop bien, comme l'écrivait Hannah Arendt, que « c'est dans le vide de la pensée que s'inscrit le mal ». Car l'idée européenne n'a jamais fait plus sens qu'aujourd'hui, l'Europe, doit redevenir ce qu'elle a oublié qu'elle était de tout temps : un géant politique au service de la solidarité entre les peuples.

(1) Eric Andrieu (France); Maria Arena (Belgique); Agnes Jongerius (Pays-Bas); Maria Noichl (Allemagne); Elly Schlein (Italie); Claudes Turmes (Luxembourg).

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