Les invités de Mediapart
Dans cet espace, retrouvez les tribunes collectives sélectionnées par la rédaction du Club de Mediapart.

1027 Billets

15 Éditions

Tribune 26 avr. 2020

Les invités de Mediapart
Dans cet espace, retrouvez les tribunes collectives sélectionnées par la rédaction du Club de Mediapart.

Contre le Covid-19, la Sécurité sociale est notre meilleure arme!

À l'initiative du «réseau salariat», plusieurs personnalités dont Ludivine Bantigny, Caroline Fiat et Bernard Friot rappellent que « sans attendre un quelconque « jour d’après », la Sécurité sociale est notre meilleure arme aujourd’hui contre le Covid-19. Et elle sera notre meilleure arme, demain, quand il faudra affronter la crise économique ».

Les invités de Mediapart
Dans cet espace, retrouvez les tribunes collectives sélectionnées par la rédaction du Club de Mediapart.

Ainsi, le gouvernement a annoncé un déconfinement progressif à partir du 11 mai, mais nous savons déjà que les moyens d’assurer la sécurité sanitaire ne seront pas au rendez-vous. Une autre organisation collective est devenue nécessaire pour dépasser cette crise sanitaire, écologique et sociale, vraisemblablement la première d’une longue série si nous ne changeons pas au plus vite notre modèle économique.

En effet l’actuelle propagation pandémique n’est pas un phénomène naturel mais une conséquence de l’organisation capitaliste de l’économie. Elle est née des destructions écologiques, de la pauvreté de la population de la région de Wuhan. Elle s’est répandue sur les circuits commerciaux de l’économie globalisée. Enfin, elle nous a trouvé·e·s dans la plus grande impréparation après des décennies de mise à mal de notre système de santé non marchand et donc, non rentable aux yeux des idéologues libéraux.

Malgré cela, une gestion énergique et au service de la population aurait pu éviter que l’épidémie ne se transforme en crise sanitaire et sociale. On sait ce qu’il en a été de l’action du gouvernement Macron-Philippe à cet égard. Il a accumulé les retards, voire les refus de prendre les mesures nécessaires, et il a prouvé son inconséquence par le maintien du 1er tour des municipales. Les pouvoirs de police élargis accordés à l’exécutif, l’allongement du temps de travail et la suppression de la 5e semaine de congés payés, décidés sous couvert de l’état d’urgence sanitaire, montrent suffisamment que la préoccupation de ce gouvernement n’est pas de protéger la population, mais de préserver les profits de la haute finance.

La population n’est pas protégée aujourd’hui par les autorités mais bien par les femmes et les hommes qui restent à leur poste de travail dans les hôpitaux, dans les pharmacies, chez les médecins généralistes, dans les supermarchés et sur les marchés autorisés, dans les transports en commun et dans les champs. Ce sont aussi, dans la Creuse, ces ouvrières au chômage technique qui ont repris le travail pour fabriquer des masques et des blouses à destination des soignants. Ou encore, à Plaintel en Bretagne, l’initiative d’ouvrier·e·s de reprendre en coopérative leur usine de fabrication de masques fermée en 2018 pour satisfaire ses actionnaires. Et dans la région de Marseille, les sociétaires de Scop-Ti (coopérative de production de thé) qui ont réorienté leur production vers la fabrication de masques et blouses, pendant que les salarié·e·s d’un McDo ont transformé leur lieu de travail en lieu de solidarité avec les plus démuni·e·s.

Cette solidarité des travailleurs et travailleuses doit être soutenue et étendue. Et pour cela, nous avons un outil irremplaçable : la Sécurité sociale ! Créée et gérée majoritairement par les salarié·e·s jusqu’en 1967 (1), elle a été le pivot d’une vraie politique populaire de santé publique. Elle a permis le maillage hospitalier de tout le territoire national ainsi que l’éradication de nombreuses maladies qui frappaient les classes populaires (tuberculose, poliomyélite, diphtérie, tétanos). Elle peut et doit retrouver ce rôle.

Dès à présent, toutes et tous les salarié·e·s au sein des Conseils d’Administration doivent s’en approprier collectivement la gestion et décider de soutenir financièrement les initiatives solidaires existantes et à venir, et permettre de les coordonner. Ils et elles doivent également mandater un comité de chercheur·se·s indépendant·e·s et de travailleur·se·s, chargé d’établir une stratégie populaire de sortie de crise en alternative à celle du Haut conseil scientifique de Macron-Philippe.

Mais il revient aussi à chacun·e d’entre nous de donner à ces administrateurs·trices la puissance et la conviction politiques nécessaires. Le report des échéances des cotisations sociales décidé par le gouvernement est dans la droite ligne des politiques dites "d’allègement de charges", qui ont mis l’hôpital à genoux : exigeons le remplacement de ce report par le gel des dettes des entreprises auprès des banques. Et surtout prenons en main les moyens de production partout où c’est possible et nécessaire. Identifions les entreprises susceptibles de mettre leurs activités au service de la lutte contre la maladie. Dans les entreprises de mécanique, fabriquons des respirateurs. Dans les entreprises textiles, masques et blouses. Dans les laboratoires publics et privés, des tests de dépistage par centaines de milliers. Sur les plateformes logistiques, utilisons nos savoir-faire pour la répartition de ces productions. Et ainsi de suite, sans autre limitation que nos besoins et notre volonté.

La Sécurité sociale est notre création, elle est notre propriété collective. Elle est notre principale protection contre les méfaits du capitalisme et nous ne devons jamais l’oublier. Pour quoi nous battions-nous cet hiver à travers le refus des réformes des retraites, de l’hôpital et du chômage, sinon pour la Sécurité sociale ? Il ne tient qu’à nous de renouer dès maintenant les fils de cette lutte, sans attendre un quelconque « jour d’après ». La Sécurité sociale est notre meilleure arme aujourd’hui contre le Covid-19. Et elle sera notre meilleure arme, demain, quand il faudra affronter la crise économique (2).

(1)  Voir le film « La Sociale », réalisé par Gilles Perret 

(2)  Pour des propositions de reprise et d’élargissement de la Sécurité sociale, voir et signer « L’Appel pour reprendre la Sécurité sociale » 

Signataires :

Ludivine Bantigny, historienne

Brigitte Bellard, AESH

Annick Bienfait, photographe

Giulia Boccato, chargée de diffusion

Sébastien Canet, enseignant

Kévin Certenais, paysan

Siegfried Chapotin, chef de projet multimédia

Jean-Louis Comolli, cinéaste

Antoine Dandonneau, entrepreneur

Alice Dumoulin, assistante sociale

Caroline Fiat, députée insoumise

Bernard Friot, sociologue

GA LFI Nantes Nord Bout des Landes

Monique Geoffrion, retraitée Sécurité sociale

Maxime Goubin, chômeur

Ludovic Mezey, enseignant

Stéphane Pichelin, étudiant

Nadia Taibi, philosophe

Henri Uzureau, comédien et retraité

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — International
Après la victoire de Giorgia Meloni, les féministes veulent réveiller l’Italie
L’accession au pouvoir du parti post-fasciste Fratelli d’Italia, de ses idées racistes, de sa culture patriarcale et de son homophobie décomplexée, fait craindre le pire en Italie. Le pays enregistre déjà un lourd retard en matière de droits des femmes. Mais une nouvelle génération entend bousculer l’ordre établi.
par Ellen Salvi
Journal
Élections italiennes : après Draghi, l’extrême droite
Donné favori, le bloc des droites, emmené notamment par la post-fasciste Giorgia Meloni, a largement dominé les élections italiennes du 25 septembre 2022. La coalition de droite devrait obtenir une majorité absolue au Parlement. Nos articles, entretiens et reportages.
par La rédaction de Mediapart
Journal — Justice
Blanchiment d’argent : le site Winamax se brûle au jeu
Une enquête judiciaire montre que la plateforme de paris en ligne a violé plusieurs de ses obligations légales en matière de lutte contre le blanchiment d’argent. L’entreprise n’a pas fait le moindre signalement à Tracfin pendant plus de sept ans.
par Yann Philippin et Jean Letellier
Journal — Santé
En ville, à la mer et à la montagne : là où se trouvent les oasis médicales
Cause sans cesse perdue, la lutte contre les déserts médicaux masque une autre réalité : les médecins libéraux s’installent toujours plus nombreux comme spécialistes dans quelques zones privilégiées. Ils sont aussi toujours plus nombreux à pratiquer des dépassements d’honoraires.
par Caroline Coq-Chodorge et Donatien Huet

La sélection du Club

Billet de blog
Artistes, écrivains et journalistes iraniens arrêtés
Une traduction de la chanson « Barayé » (Pour...) du chanteur Shervin Hajipour, arrêté le 29 septembre.
par Mathilde Weibel
Billet de blog
Dernier message de Téhéran
Depuis des années, mon quotidien intime est fait de fils invisibles tendus entre Paris et Téhéran. Ces fils ont toujours été ténus - du temps de Yahoo et AOL déjà, remplacés depuis par Whatsapp, Signal, etc. Depuis les manifestations qui ont suivi la mort de Mahsa, ces fils se sont, un à un, brisés. Mais juste avant le black out, j'avais reçu ce courrier, écrit pour vous, lecteurs de France.
par sirine.alkonost
Billet de blog
Iran - Pour tous les « pour »
Les messages s'empilent, les mots se chevauchent, les arrestations et les morts s'accumulent, je ne traduis pas assez vite les messages qui me parviennent. En voici un... Lisez, partagez s'il vous plaît, c'est maintenant que tout se joue.
par sirine.alkonost
Billet de blog
Voix d'Iran - « Poussez ! »
À ce stade, même s'il ne reste plus aucun manifestant en vie d'ici demain soir, même si personne ne lève le poing le lendemain, notre vérité prévaudra, car ce moment est arrivé, où il faut faire le choix, de « prendre ou non les armes contre une mer de tourments ».
par sirine.alkonost