Le Ministère de la Justice égare un dossier mettant en cause le GIGN en Martinique

Suite à l’affaire du « Karibiza Sun Festival » qui s’est tenu au Village de la Pointe en Martinique, le collectif « Toutes Les Vies Comptent » s’est formé en vue de dénoncer la banalisation de la violence policière et ce mépris affiché par les pratiques liberticides opérées dans les départements d’outre-mer. « Déjà 12 plaintes ont été déposées par des participants et le Ministère de la justice affirme avoir égaré le dossier mettant en cause toute une chaîne de commandement allant du Préfet, en passant par le procureur, pour finir au GIGN. »

Nous le savons, Les Départements ou Régions français d’Outre-Mer (DROM), les Collectivités d’Outre-Mer et les Terres australes et antarctiques françaises (Taaf), font de la France la deuxième puissance maritime mondiale derrière les Etats-Unis.

En 2019, on recensait 2,8 millions d’ultramarins habitant ces terres, qui ont fait la richesse du monde d’aujourd’hui, la richesse de la France, obtenue de force, sur fond de colonisations, d’esclavagisme, de travail forcé, de déportations, de destructions de vies humaines, des écosystèmes, d’écocides. Des crimes pour la plupart, non reconnus, non sanctionnés, non réparés, institutionnalisés, communément admis.

Selon l’Insee, 14,7 % de la population de l’hexagone vivaient sous le seuil de pauvreté en 2018, soit 9,3 millions de personnes. L’institut établit que les inégalités de niveau de vie sont plus prononcées dans les DROM qu’en hexagone. En effet, en 2017, le taux de pauvreté (basé sur le seuil médian national) s’élevait à 33% en Martinique, à 34% en Guadeloupe. En Guyane, c’est la moitié de la population (53%) qui vit sous le seuil de pauvreté, 42% à La Réunion, et 77% à Mayotte. 

Sous une forte répression policière, judiciaire, étatique, plusieurs mouvements sociaux se sont élevés pour dénoncer ces inégalités sociales résultant de pratiques coloniales qui influent sur les méthodes actuelles de gouvernance publique.

Nous avons pu observer, par exemple, un emploi disproportionné de la force envers les militants anti-chlordécone qui menaient des actions pacifiques en vue de dénoncer cet empoisonnement des terres et des populations martiniquaises et guadeloupéennes. Des méthodes violentes ancrées, des pratiques liberticides légitimées qui permettent aux forces de l’ordre d’agir en toute impunité.

Nous en avons un autre exemple avec l’affaire du « Karibiza Sun Festival » qui s’est tenu au Village de la Pointe dans la ville du Vauclin en Martinique du 07 au 10 juin 2019, pendant lequel les 400 participants présents ont été mis en danger par le GIGN qui y a mené une opération d’infiltration.

Une opération dont l’organisateur du festival, Térence Brival, et fondateur du collectif « Toutes les vies comptent » n'aurait pas eu connaissance, indiquant avoir subi des empêchements, entraves, intimidations durant tout le week-end et témoignant avoir découvert sur place le 9 juin, la présence d’agents infiltrés qui en seraient à l’origine. Selon son témoignage, l’opération visait à appréhender des suspects présents sur les lieux, notamment en perturbant les animations et en introduisant un civil engagé pour déclencher une fusillade dans le but de mettre en scène un flagrant délit filmé, censé permettre aux agents de procéder à une arrestation de leurs suspects. Il ajoute que l'individu infiltré serait parvenu à ses fins puisque des coups de feu ont été tirés, mais ce sont les agents de sécurité du festival qui maîtrisent la situation alors que les agents du GIGN présents n’interviennent pas. A aucun moment ils n’auraient porté assistance aux participants (jeunes, familles, dont enfants en bas-âge, et personnels du site), mettant ainsi leurs vies en danger.

Le collectif s’est formé en vue de dénoncer cette banalisation de la violence policière et ce mépris affiché par les pratiques liberticides opérées dans les départements d’outre-mer, mais aussi pour sensibiliser et mobiliser la population sur ces questions. Son fondateur est un promoteur d'événementiel qui organise divers événements en Martinique et en Guadeloupe (concert, meeting, galas….), depuis une dizaine d'années. Basé en métropole depuis 2019, il milite pour obtenir justice, considérant qu’il est de sa responsabilité d’obtenir des explications et d'obtenir des réparations pour le préjudice subi par cette affaire. Il affirme que c’est aussi son métier, de veiller à la sécurité des événements qu’il organise et se refuse à laisser passer quelconques dérives qui, dans le cas présent, en plus de porter atteinte aux libertés individuelles des individus, a porté atteinte à la réputation des organisateurs et donc à la confiance du public envers ces derniers.

A ce jour, il a saisi la justice, et a interpellé les décideurs à plusieurs reprises. Déjà 12 plaintes ont été déposées par des participants et le Ministère de la justice affirme avoir égaré le dossier mettant en cause toute une chaîne de commandement allant du Préfet, en passant par le procureur, pour finir au GIGN.

La crise sanitaire a porté un coup dur au monde de la culture et il est inadmissible que les activités culturelles se voient en plus, infiltrées de la sorte par les forces de l’ordre pour y employer des méthodes violentes d’interpellations au détriment de la sécurité et de la vie des participants. La planification et la mise en place d'opérations spéciales dans un lieu privatif doivent se faire dans un cadre strict et toutes dérives doivent être sanctionnées. Le Collectif « Toutes Les Vies Comptent » demande justice et réparation.

Rédaction de la tribune 

Toutes Les Vies Comptent
Entreprise Insolite Agency
Nexus, accompagnement des démarches militantes

Associations/ONG

 Association show 972- EXURVILLES NICOLAS, Président
Association Unity Concept, Fabrice Raquil
Association Tróp Violans
ONG URGENCES PANAFRICANISTES
Association C-O10MAI
Association ansanm pou respé (association carcérale)
Association Moun Gwadloup

Professionnels (médias, avocats, artistes, auteurs,événementiels,divers...)

DJ Wil - BERNARD Willy
DJ Jairo - Jairo Romelle
DJ Loloy - Mangamal Loïc
DJ Style - Joyce Nourel

Kéros-n - artiste
Jean Michel Galva - Groupe Koezion
Gama Matthieu, auteur « le jour où les Antilles feront peuple »
LA TEAM DK, NASYON A MOUN la #NAM, média indépendant
NUMERIK STUDIO
Entreprise Worldispixel
Entreprise Body on Fleek Surgery
SON ET LUMIÈRES, Jean Christophe MONLOUIS Gérant/DJ TITOFF
Yoannnayo.art
Zek's food
Bailley's event
David Libeskind, avocat au barreau de Paris

SOCIÉTÉ CIVILE - SOUTIEN DU COLLECTIF  

Adinarayanin Emmanuel
Adinarayanin Gaelle
Aïsha B
Anretar Frank
Brival David
Brival Salomé
Brival Julia
Bougasaa Hassan
Capgras Serge
Cimper Catherine
Cohen Frédéric
Colombe Joël
Compere Christiane
Compère Mickael
Corosine Ronald
Croisetu Johan
Daul Jérémy
Depere Alexandra
Elodie Larcher
Destrass Astrid
Galipot Stéphane
Honoré Thierry
Jacquelin Dimitri
John Coralie
John Keisha
Joseph-reinette Déborah
Josephine Leyla
Kabile Jonathan
Laborieux Samuel
Lanista Aymerick
Lanoir Tony
Laura Dillon
Laviolette Yoan
Ludosky Priscillia
Makeda Honore
Marguerite Nathalie
Marimootoo Vinesh
Marville Karen
Marville Melissa
Ménard Xavier
Ménez Kévin
Michee Astrid Aiyana
Moubamba Cindyrella
Nelide Madlleei
Nino Kamit
Pascal Delyon
Pierre Gérôme Steeve Chapo
Sandrine Toussay
Simond Harold
Solange Mélisse
Sorel Claude
Stévie Rosine
Tar Cédric
Tardif Tifany
Tarrieu David
Uger Marc
Vallejo Christophe
Volkan Berhane Selassie
Watson Djina
Yoann Guillemenot

 

 

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