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Tribune 26 sept. 2022

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Le Tour de France de l’habitat indigne, du mal logement et du sans-abrisme

De très nombreux élu·es locaux appellent à l'ouverture dans les plus brefs délais d'une conférence nationale relative à l'accueil, l'hébergement et le logement en France pour dénoncer la situation dans laquelle vivent plus de 300 000 personnes en France. « L'heure, disent-ils, est de rendre visible les invisibles pour montrer, dévoiler les conditions de vie indignes des personnes sans domicile fixe, migrantes et réfugiées. »

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Nous appelons à une action des élu·es locaux pour dénoncer la situation dans laquelle vivent plus de 300 000 personnes en France : à la rue, dans des bidonvilles, dans des squats, des hôtels sordides, dans des sous-sols de bâtiments ou de bureaux, dans des voitures, dans des abris de fortune, des tentes ou encore des caves et des parkings… Ils et elles vivent dans les coulisses de notre pays, relégués à la marge d'une société aveuglée par l'illusion d'un bien-vivre partagé.

Le constat est alarmant.  Et s'il est pourtant bien connu de notre gouvernement, ce dernier choisit l'inertie et l'invisibilisation, laissant les territoires subir seuls sans soutien l'impact d'une telle situation. Il est temps de mettre fin à cette spirale infernale ! La France a les moyens de venir à bout du drame quotidien vécu par les personnes sans-abri ou mal logées et de faire en sorte que chacune et chacun puisse se loger pour vivre dignement. 

Nous ne pouvons nous résoudre à un autre quinquennat d'inaction ! Aussi rendrons-nous visible ce que le gouvernement refuse de voir. Nous n'aurons de cesse de témoigner, d'alerter et de mettre au jour les situations les plus graves. Nous ne serons pas complices de l'inaction.

Parce qu'en vérité ce sont les élu·es locaux qui sont en première ligne pour pallier les carences de l’État, mais aussi parfois celles des territoires dont des maires préfèrent payer des amendes de plusieurs milliers d'euros que de construire des logements sociaux, les mêmes maires qui refusent aussi d'accueillir des centres d'hébergement. Ce sont environ 550 communes françaises qui se placent en dehors de la loi relative à la solidarité (chiffre de la Fondation Abbé Pierre) !

Il est à noter aussi moins d'un demandeur d'asile sur deux accède à un hébergement spécialisé selon les chiffres du ministère de l'intérieur.

« Garantir le droit au logement constitue un devoir de solidarité pour l’ensemble de la nation ». Ce droit s’applique à toute personne ou famille éprouvant des difficultés particulières, en raison notamment de l’inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d’existence. Il est non seulement juste, mais tout à fait possible de garantir un accueil inconditionnel et continu dans un hébergement digne et adapté.

Les politiques publiques doivent s’appliquer de manière uniforme sur tous les territoires, la mobilisation des élu·es de la République est à cet égard essentielle, car ils en seront les garants. Premiers témoins des besoins et des situations humaines dramatiques, mais aussi souvent du manque de volonté politique à laquelle se confronte leur action, c'est par elles et eux que l’alerte peut être faite.

Leur engagement et leur travail a permis quelques avancées constatées sur certains territoires, très souvent les mêmes. Mais que sont ces avancées au regard de la non-volonté politique, de l'inaction concertée du gouvernement qui fait le choix de laisser des milliers de personnes sans-abri, contraignant les populations en difficulté à occuper des locaux insalubres ou à constituer des campements de fortune.

En matière d'urgence sociale, les collectivités locales que nous représentons sont pleinement engagées en faveur de l'accueil solidaire, de l'aide humanitaire, alimentaire et de l'accès aux soins que nous devons à ces personnes. Mais elles sont seules et manquent de moyens.

Les élu·es locaux de ces territoires engagent au quotidien des moyens municipaux pour déployer des services relevant pourtant de la compétence de l’État. Et ce sont autant d'expériences sur lesquels l’État devrait prendre appui pour que dans l'ensemble du territoire national un accueil digne soit organisé pour toutes ces personnes, plutôt que de se dédouaner sur quelques villes, habitants, militants, bénévoles et associations. 

Aux égoïsmes, à l'inhumanité et à la construction de murs de la honte, nous opposons la solidarité des villes et des élu·es décidé·es à faire revenir la République vers les exigences morales que sont la dignité humaine et le respect des droits humains. 

Nous appelons à l'ouverture dans les plus brefs délais d'une conférence nationale relative à l'accueil, l'hébergement et le logement en France

Nous demandons maintenant un plan d’urgence national avec :

L’ouverture de nouveaux centres d’accueil à l’échelle nationale, avec la mise en place d’un accompagnement social des personnes, familles mal logées ou sans abris, et de plusieurs centres d’accueil pour les jeunes migrants non accompagnés en recours devant le juge des enfants en attente de la reconnaissance de leur statut de mineurs isolés étrangers afin d'honorer l'impératif besoin de mise à l'abri

  • De nouvelles places d’hébergement d’urgence (les places ouvertes pendant les confinements dû à la crise sanitaire n’ont pas été pérennisées)
  • Dans les zones tendues, la mobilisation par les Préfets de logements et locaux vacants et mise à disposition aux associations, en lien avec les collectivités locales. 

Nous demandons à inscrire dans la Constitution le Droit au logement et à l’hébergement inconditionnel afin d’appliquer et améliorer les lois favorables aux personnes en difficulté de logement ou sans-abris. Pour rappel, la loi DALO, adoptée dans l’urgence ne répond que très partiellement à cette crise ; si elle garantit le droit au logement opposable, elle ne permet guère de concrétiser l’accès à ce droit fondamental.

Nous exigeons :

- Une autre politique d'accueil, l'objectif du schéma national d'accueil 2021-2023 des demandeurs d'asile et des réfugiés est clairement sous dimensionné. "Il manque 70 000 places d'accueil en France pour les demandeurs d'asile (chiffre du rapport 2020 de l’ancien directeur de l’OFPRA Pascal Brice).

- Un engagement à produire des logements sociaux dans toutes les communes et à produire un vaste programme de logement très social, en particulier dans les communes les plus déficitaires

Pour rappel :

  • - « Plus de huit millions de personnes se trouvent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, il est indispensable de construire une offre de logements très sociaux »  
  • - L’urgence d’une revalorisation des APL qui tienne compte de l’inflation galopante, après des années de coupes budgétaires au détriment des ménages les plus modestes.
  • - Pour une meilleure application : une évolution de la loi sur les réquisitions : l’actuelle loi de réquisition n’est pas efficace et pose pleins de problèmes juridiques

Pour rappel :

  • 3 millions de m2 de bureaux sont vides en France ;
  • sur 36 millions de logements en France, un peu plus de 3 millions sont vacants ;
  • 1,1 million de logements sont vacants depuis une longue période (source INSEE).
  • La mise en œuvre effective du logement d’abord » et la régularisation accélérée des familles présentes sur le territoire depuis plusieurs années et coincées dans les hôtels sociaux du 115.

Nous élu.es locaux, appelons à l’organisation d’un tour de France de l’habitat indigne, du mal logement et du sans-abrisme, une action politique de terrain permettant de visiter ensemble ces lieux de vies indignes afin de les rendre visibles, de provoquer un électro-choc, pour que la honte change de camp, et enfin de pousser le gouvernement à prendre ses responsabilités en plaçant l'accès au logement et à l'hébergement inconditionnel dans les grandes priorités du pays et à l’inscrire dans la constitution.

La campagne démarrera LE 1er octobre, dans le cadre de la « Journée mondiale de l'habitat : le logement, un droit fondamental ». Cette journée rappelle le droit fondamental de tous à un logement adéquat.

Et se poursuivra chaque week-end, par l’organisation de délégations d’élu.es locaux dans les territoires, une vingtaine de villes au total seront visitées. Notre collectif associera des acteurs associatifs et ONG à ce tour de France qui devra se clore avant la fin de l’année autour d’une veillée des élu.es locaux porteurs de ce manifeste.

Les premiers signataires d'élu·es locaux : 

Halima Menhoudj, adjointe au maire de Montreuil ;

Patrice Bessac, maire de Montreuil et président d’Est Ensemble ;

Eric Piolle, maire de Grenoble ;

Yasmine Bouagga, maire du 1e arrondissement, Lyon ;

Patrice Leclerc, maire Gennevilliers ;

Jean-Philippe Gautrais, maire de Fontenay-sous-Bois ;

Philippe Bouyssou, maire d’Ivry ;

Christian Metairie, maire d’Arcueil ;

Abdel Sadi, maire de Bobigny et conseiller départemental de la Seine Saint Denis ;

Jean-Claude Oliva, conseiller municipal de Bagnolet, vice-président d'Est Ensemble ;

Lamine Camara, adjoint au Maire de Grigny ;

Raphaël Pitti, conseiller municipal de Metz, ;

Florent Gueguen, conseiller municipal de Montreuil et président de l’OPH Montreuillois ;

Stephan Beltran, conseiller municipal délégué au Logement, à la lutte contre le logement insalubre et à l'habitat ;

José Moury, 1er adjoint au maire de Bobigny et vice-président de l'EPT Est Ensemble en charge du renouvellement urbain et du logement ;

Aminata Niakaté, conseillère de Paris, élue du 15e et Membre du CESE ;

Fatima Khallouk, adjointe au maire d'Alfortville ;

Fatiha Aggoune, conseillère départementale du Val-de-Marne En Commun ;

Diénabou Kouyaté, conseillère municipale de Montigny-lès-Cormeilles ;

Dominique Lauret, conseillère municipale d’Alfortville ;

Stéphanie Michel, conseillère municipale de Fontenay-sous-Bois ;

Hélène Trachez, conseillère d’arrondissement Paris 20ème ;

Mams Yaffa, adjoint au Maire Paris 18ème ;

Djénéba Keita, adjointe au Maire de Montreuil et VP de la Métropole du Grand Paris ;

Léa Balage, adjointe au maire du 18ème ;

Manal Khallouk, adjointe au Maire Paris 18ème ;

Fabrice Ngaliema, conseiller municipal de Boissy-Saint-Léger ;

Mamadou Konté, conseiller municipal de Colombes ;

Aïssata Seck, conseillère municipale de Bondy et conseillère régionale d’Ile-De-France ;

Aden Nasteho, conseiller municipal de Stains ;

Djénéba Sy, conseillère municipale de Noisy-le-Sec ;

Luc Di Gallo, adjoint au Maire de Montreuil ;

Nassera Definel, adjointe au Maire de Montreuil ;

Mariam Cissé Doucouré, adjointe au Maire de Villiers-le-Bel ;

Oussouf Siby, conseiller Municipal d’Aulnay-sous-Bois ;

Kadiatou Coulibaly, conseillère de Paris 18ème ;

Dominique Guelmas, conseillère municipale de Montreuil ;

Olivier Madaule, adjoint au Maire de Montreuil ;

Murielle Bensaid, conseillère municipale de Montreuil ;

Catherine Serres, conseillère municipale de Montreuil ;

Wandrille Jumeaux, conseiller municipal de Montreuil ;

Olivier Stern, conseiller municipal de Montreuil ;

Françoise Celati, conseillère Territoriale déléguée d’Est Ensemble ;

Nathalie Leleu, conseillère municipale de Montreuil ;

Anne de Rugy, conseillère municipale de Bagnolet et métropolitaine Grand Paris ;

Méline Le Gourrierec, conseillère municipale de Montreuil ;

Anne-Marie Heugas, vice-présidente d’Est Ensemble ;

Loline Bertin, adjointe au Maire de Montreuil ;

Edouard Denouel, adjoint au Maire de Bagnolet ;

Mireille Alphonse, adjointe au Maire de Montreuil ;

Waly Yatera, adjoint au Maire de Bobigny en charge du logement et de l'habitat ;

Mohamed Aissani, conseiller municipal et Président de l'OPH de Bobigny ;

Fabienne Leleu, adjointe au Maire de Fontenay-sous-Bois ;

Assia Benziane, adjointe au Maire de Fontenay-sous-Bois, ;

Sokona Niakhaté, adjointe au Maire de Fontenay-sous-Bois ;

Slviane Gauthier, conseillère municipale de Fontenay-sous-Bois ;

Anne Vianney, conseillère municipale de Fontenay-sous-Bois ;

Louis Mohamed Seye, adjoint au Maire de Fontenay-sous-Bois ;

Jeoffrey Guéniche, adjoint au Maire de Fontenay-sous-Bois ;

Nour Durand Raucher, conseiller de Paris 11

 En soutien : 

Yannick Jadot, député Européen

Aurélien Taché, Député du Val-D’Oise

Cédric Herrou, agriculteur

Patrick Pelloux, médecin urgentiste du SAMU

Carine Rolland, ex présidente du Médecins du Monde

Stéphane Ravacley, patron solidaire de Besançon

Aline Archimbaud, ancienne Sénatrice de Seine-Saint-Denis

Raphaël Pitti, médecin humanitaire

Marc Melki, photographe journaliste

Sabrina Sebaihi, députée des Hauts-de-Seine

Benjamin Lucas, député des Yvelines

Sophie Adriansen, écrivaine

Bartabas (Clément Marty), metteur en scène, scénographe et réalisateur français

Bévinda Ferreire, artiste chanteuse

Martine Voyeux, photographe auteur

Olivier Culmann, photographe

Aymeric Lompret, humouriste

Agnès Bihl, autrice-compositrice et interprète

Guillaume Meurice, humoriste et chroniqueur

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