Lettre au président de la patrie des droits de l’homme

Au lendemain d'une journée de mobilisation historique au Chili, plus d'une cinquantaine d'étudiants chiliens en France adressent une lettre ouverte à Emmanuel Macron, afin d'inviter le président à condamner publiquement les actions de l’État chilien: « Vous avez le devoir moral, et la responsabilité politique, de vous mobiliser face aux horreurs commises »

À Paris, le 26 octobre 2019

Monsieur le Président,

Nous nous adressons à vous aujourd’hui, en qualité d’étudiants chiliens en France, pour vous faire part de notre profonde douleur, mais surtout de notre terrible inquiétude, face à la violence brutale avec laquelle l’État chilien réprime nos concitoyens à l’heure actuelle ; une violence digne des années les plus sombres vécues sous la dictature d’Augusto Pinochet.

Depuis déjà une semaine, notre pays connaît un mouvement social d’une ampleur inédite. Hier, 25 octobre 2019, la plus grande manifestation de l’Histoire du Chili à eu lieu. Les femmes et hommes mobilisés pour réclamer plus de justice sociale, dans un pays profondément inégalitaire, se comptent en effet par millions. Dans ce climat d’effervescence sociale, le président du Chili, Sebastián Piñera, a fait le choix non pas d’un dialogue démocratique, mais du feu et du sang.

C’est ainsi que l’état d’urgence a été déclaré samedi 19 octobre dernier. Notre président, en “guerre” contre son peuple, “un ennemi puissant” et “implacable” selon ses propos, a délégué le maintien de l’ordre aux forces armées, et instauré un couvre-feu. Depuis, le gouvernement tente d’étouffer les revendications légitimes de la société civile sous des bombes lacrymogènes, et de faire taire les manifestants par des tirs militaires à sang froid.

Le bilan de cette réponse manifestement disproportionnée est déjà extrêmement alarmant. À l’heure actuelle, l’Institut National des Droits de l’Homme (INDH) dépose quatre-vingt plaintes contre l’Etat chilien. Selon les chiffres officiels, en moins d’une semaine, quatre-cent-treize personnes ont été blessées par des armes à feu, dix-huit sont décédées et trois-mille-cent-soixante-deux sont détenues. L’INDH dénonce même des actes de torture commis sur des civils, dont des mineurs, dans le cadre de détentions arbitraires. Nous avons toutes les raisons de croire que ces chiffres sont sous-estimés par la presse et même par les autorités, puisque le service médico-légal est constamment intimidé par les forces de l’ordre pour ne pas rendre publiques les informations sur les personnes mortes et blessées. En outre, l’INDH dénonce la difficulté voire l’impossibilité d'accès de ses fonctionnaires dans de multiples centres hospitaliers et de détention.

Des faits pourtant “mineurs” selon le Général Iturriaga, chef militaire actuellement en charge de la sécurité publique, et par rapport auxquels le gouvernement “n’a aucune responsabilité politique” selon le ministre de l’Intérieur Andrés Chadwick. Une analyse qui est pourtant fermement contestée par Jaime Bassa, avocat constitutionnaliste dont l’avis a été sollicité par le Parlement jeudi dernier, et selon qui le gouvernement de Sebastián Piñera agit aux marges de l’état d’exception constitutionnel.

Monsieur le Président, la situation au Chili est intenable. Nous vous demandons, en tant que représentant de la patrie des droits de l’homme, de condamner publiquement les actions de l’Etat chilien et de prendre les devants, en exigeant le transfert du siège de la COP25 tant que la présence militaire se maintient et que les droits de l’homme sont violés dans les rues du Chili.

On ne peut pas parler de justice sociale et d’écologie pendant qu’un gouvernement criminel torture et massacre sa population. Vous avez le devoir moral, et la responsabilité politique, de vous mobiliser face aux horreurs commises au Chili depuis vendredi dernier.

Car le silence et l’inaction sont aussi un acte politique.

Les Signataires

Francisca Russo
Nikita Pompei
Paloma Dupont de Dinechin
Pedro Vergara Merino
Macarena Gonzalez
Lieve Dannau
Emile Parker
María Fernanda Fuentes
Étudiants à Sciences Po Paris

Carla Rodriguez
Rodrigo Concha
Étudiants à l’Institut des Hautes Etudes de l’Amérique latine

Julie Bourget
Sasha Pompei
Catalina Montero
Valeria Lopez
Étudiantes à l’Université Toulouse II Jean Jaurès

Teresa Montealegre
Natalia Sanchez
Étudiantes à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

Mariela Chappaz
Maribel Muñoz
Étudiantes à l'Université Lumière Lyon II

Claire Deygout
Étudiante à L'École Nationale Supérieure d'Architecture de Versailles

Mathilde Diaz
Étudiante à l’Université Sorbonne Nouvelle Paris III

Blanca Morales
Étudiante à l’Université de Bordeaux

Lucile Joullié
Étudiante à l’Iscom Lyon

Felisa Mendez
Étudiante à l’École supérieure des arts appliqués Duperré

Shanon Poupard
Étudiante à l’Institut Français de la Mode

Patrice Poupard
Etudiant à l'Université de Montpellier

Jerónimo Bedoya
Carla Brunier
Francisca
Jaramillo Ekelund
Anaïs Gotteland
Bastien Brossard
Martin Santibañez
Étudiant à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne

Hugo Tortel
Étudiant à l’Université Paris VI Pierre et Marie Curie-Sorbonne

Gabrielle Lacoste
Étudiante aux Beaux-Arts de Nantes

Trinidad Plass
Étudiante à l’École des métiers du Cinéma d’Animation à Angoulême

Nicole Escobar
Strate École de Design, Paris

Josefa Caruz
Étudiante art a Vía Ferrata Beaux-arts de Paris

León Sota
Étudiant au Lycée Henri IV (CPGE)

Carla Jaeger
Etudiante au studio MRG

Olivia Genot
Étudiante à CPES Toulouse

Antonio José Escobar
Étudiant au Lycée Buffon, Paris

Simone Morell Smith
Olivier Marecaux
Étudiant à l’Université Paul Sabatier Toulouse

Antoine Martín
Maud Martín
Étudiants à l’Institut Catholique de Paris

Lenka Mendoza Plaza
Lucas Echeverry Aya
Xenia Fuster Farfan
Étudiants à l’Université Paris VIII

Leopoldo Lazcano
Étudiant à l’Université Paris-Dauphine

Teo Aravena
Étudiant à l’Ecole Hôtelière et de Tourisme Paul Augier, Nice

Ian Vieillescazes
Université Toulouse I Capitole

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