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Tribune 26 oct. 2022

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Lettre d'Iraniens aux Européens : « la solidarité doit s'accompagner de gestes concrets »

« Mesdames et messieurs, ne laissez pas échouer un soulèvement d’une telle hardiesse, légitimité et ampleur. Nous vous demandons de ne pas laisser seul, en ces temps difficiles, un peuple cultivé et épris de paix. » Dans une lettre aux dirigeants européens, un collectif d'universitaires, artistes et journalistes iraniens demandent que la solidarité de l'Europe « s'accompagne de gestes concrets, faute de quoi la République islamique risque de durcir encore plus la répression ».

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Cette lettre est destinée aux chefs d’Etat des pays démocratiques de l’Europe et aux dirigeants de l'Union européenne. 

Cinq semaines se sont écoulées depuis le déclenchement de la révolte du peuple iranien contre la République islamique, que les forces de répression n'ont pas encore réussi à écraser. Plus de 200 Iraniens ont déjà perdu la vie. 

Cette révolte est la plus vaste et la plus longue que les Iraniens, et surtout les jeunes, ont connue depuis l’avènement de cette République en 1979. Elle a éclaté avec l’annonce de la mort de Mahsa Amini, une jeune femme de 22 ans, des suites d'une commotion cérébrale causée par une patrouille de la police des mœurs à Téhéran. Dès l’annonce de cet assassinat, les jeunes générations, en particulier les jeunes filles, se sont soulevées, puis d'autres groupes, notamment des universitaires, des enseignants, des artistes, des intellectuels, et d’autres, les ont rejoints. 

La solidarité inconditionnelle de la diaspora iranienne avec ce mouvement et le soutien sans précédent de l'opinion publique mondiale et des élites politiques et culturelles de nombreux pays ont été très encourageants. 

En ces jours difficiles, le peuple iranien se sent sans doute redevable à toutes les femmes et tous les hommes qui ont soutenu ses revendications légitimes partout dans le monde. Ce soutien a été très important pour la constance du mouvement. Mais cette solidarité devrait s'accompagner de gestes concrets des pays européens, faute de quoi la République islamique risque de durcir encore plus la répression. 

Il est vrai que plusieurs chefs d’Etat européens et dirigeants de l'Union européenne ont verbalement soutenu ce mouvement, mais comme l'a montré l'expérience de plus de quatre décennies de règne de ce régime, les dirigeants iraniens ne s’émeuvent pas de ces soutiens verbaux. Ils ne reculent que devant les mesures concrètes prises à leur encontre. 

Mesdames et Messieurs, vous êtes sûrement conscients des visées déstabilisatrices de la République islamique dans la région, et en particulier de son ambition nucléaire. Vous savez sans doute mieux que quiconque que ce régime ambitionne de devenir par tous les moyens et par toutes les ruses une puissance nucléaire. 

Nous vous demandons donc : pourquoi continuez-vous à négocier avec lui pour parvenir à un accord et cela malgré toutes les excuses et tous les obstacles qu’il invente jour après jour ? 

Vous savez sûrement mieux que nous que la République islamique est un régime dont la survie dépend des crises qu’il engendre l’une après l’autre. 

Nous, les signataires de cette lettre, croyons que la conclusion d’un accord nucléaire avec ce régime va contribuer à la déstabilisation du Moyen-Orient dont les conséquences ne seront pas négligeables pour l’Europe. 

Par conséquent, nous vous demandons de mettre fin à ces vaines négociations. La République islamique est entrée de facto en guerre contre l’Ukraine en mettant des drones et d'autres armes à la disposition de Poutine. 

Nous vous demandons donc : pourquoi négociez-vous encore avec un régime qui s'est ouvertement engagé aux côtés de Vladimir Poutine pour annexer le territoire d'un pays européen et massacrer ses habitants ? 

Nous, les signataires de cette lettre, vous demandons de geler les avoirs de la République islamique en Europe et dans le monde. Car ces avoirs appartiennent en réalité au peuple iranien. 

Mesdames et messieurs, ne laissez pas échouer un soulèvement d’une telle hardiesse, légitimité et ampleur. Nous vous demandons de ne pas laisser seul, en ces temps difficiles, un peuple cultivé et épris de paix. 

Prenez s’il vous plaît des mesures concrètes pour l’aider. Sachez que le peuple iranien n'oubliera pas votre soutien à ses revendications légitimes.

Signataires :

Siavash ABGHARI, professor, political and civil rights activist

Shahla ABGHARI, professor, political and women’s rights activist

Adrien (Iraj) ADIBZADEH, journaliste

Abtin AEINEH, poet , researcher

Nooshabeh AMIRI, journaliste

Iman AMIRI SOLEIMANI, juriste

Houshang ASADI, journaliste

Daryoush ASHOURI, écrivain et chercheur

Mirza Agha ASGARI MANI, Poète, directeur de radio Mani

Mitra BABAK, Dr spécialiste consultant psychothérapiste

Mehrdad BARAN, professeur de musique, compositeur

Mehran BARATI, expert des relations internationales 

Charles (Shahrokh) BEHZADI, économiste, journaliste

Hamid DANESHVAR, acteur et réalisateur

Parviz DASTMALCHI, écrivain et chercheur en science politique

Mohammed DJALILI CHIMEH, poète, écrivain

Farah DUSTDAR, chercheur en sciences politique et sociale

et écrivaine

Ata HOODASHTIAN, associate professor of political science

Didier Jalal IDJADI, sociologue, universitaire

Hamidreza JAVDAN, comédien

Alayar KANGARLU, physicist, columbia university

Behzad KECHAVARZI, ancien membre de corps scientifique de l’université de Tehéran

Mostafa KHALAJI, journaliste

Jahangir LAGHAI, économiste

Armin LANGAROUDI, écrivain et chercheur en histoire

Hassan MAKAREMI, psychanalyste chercheur

Alireza MANAFZADEH, essayiste, chercheur en histoire

Shokouh MIRZADEGI, journalist and cultural heritage activist

Manouchehr NAMVARAZAD, comédien et metteur en scène de théâtre

Massoud NOGHREH KAR, médecin, écrivain et chercheur

Morteza RAFII, Artiste peintre miniaturiste

Nestor RAKHSHANI, artiste peintre

Mahnaz SHIRALI, sociologue/politiste spécialiste de l’IRAN

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