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Tribune 27 juil. 2017

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Appel à voter "non" aux statuts proposés par La République en Marche

Plus de trente adhérents du mouvement LRM, constitués en Collectif "La Démocratie En Marche", exposent les fondements démocratiques de leur position et appellent les "marcheurs" à dire non à l’adoption des nouveaux statuts de La République en marche, lors du scrutin qui se déroule du 23 au 30 juillet.

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Les adhérents de la République En Marche, sont appelés à se prononcer, dans l’urgence et en plein été, sur les nouveaux statuts de leur mouvement.

Les statuts d’un mouvement politique représentent la colonne vertébrale de l’organisation, sa constitution. Mieux, ils traduisent en termes juridiques sa philosophie politique et sa conception de la démocratie. Ils organisent le « vivre ensemble » au sein du mouvement, avec toutes les diversités. Or, ceux qui sont proposés aujourd’hui par la direction du mouvement sont particulièrement peu démocratiques. Ils ont été élaborés de manière totalement opaque, sans débat national préalablement engagé, à la va vite. Cela augure mal de la manière dont la REM va pouvoir continuer à animer le débat démocratique avec la confiance nécessaire de ses adhérents, et au-delà, des citoyens de ce pays.

C’est pourquoi nous adressons cet appel avant tout aux adhérents ; un appel à voter « non » à l’adoption de ces statuts lors du scrutin qui se déroule du 23 au 30 juillet.

Cet appel public s’adresse aussi aux dirigeants et élus de notre mouvement afin qu’ils prennent conscience des risques politiques qu’ils font courir à la REM  en fuyant les appels de leurs concitoyens relativement à une adoption à la hussarde de ces statuts ; les dégâts peuvent être irréparables, car ils auront abimé ce qui est au cœur de l’engagement militant : la confiance.

Pour la plupart adhérents de la première heure, nous venons  de toute la France.  Nous avons adhéré avec enthousiasme au projet de renouvellement de la vie démocratique porté par Emmanuel Macron; nous nous sommes engagés avec le même enthousiasme  lors des campagnes présidentielles et législatives et soutenons le programme présidentiel devenu contrat avec la Nation.

Nous comprenions tous le concept de la « start-up » politique, et l‘urgence liée à la nécessité de gagner d’abord les élections. Toutefois, après des campagnes électorales relativement éprouvantes, nous aspirions à un moment de réflexion et de cohésion afin d‘établir les bases d’un parti civique qui fasse de la politique autrement.

Aujourd’hui c’est le décalage, pour ne pas dire une opposition totale, entre l’adhésion à la promesse de renouvellement démocratique portée par Emmanuel Macron et la réalité crue qui apparaît avec cette proposition de statuts : circulez, il n’y a rien à discuter et faites vite s׳il vous plaît, surtout pendant qu‘une partie d‘entre vous récupère ou est en vacances !

Nous sommes des citoyens majeurs, pleinement conscients de ce que représente l’engagement politique bénévole. À ce titre nous demandons que « notre voix compte » ; or ces statuts montrent ce que serait la REM s’ils venaient à être adoptés. Elle serait un parti d’élus et de professionnels chargés d’animer des « supporters », voire un « fan club », et uniquement cela. La seule raison d’être des adhérents –supporters serait de porter la bonne parole en appui au gouvernement, à l’aide de la communication préalablement « marketée » par les professionnels du QG, et uniquement cela. Si cet appui et ce soutient sont évidemment nécessaires, ils nous semblent aussi insuffisants au regard de notre ambition partagée : la réalisation de la promesse de notre projet et l’audace d’un professionnalisme, d׳une rigueur et d'une éthique à toute épreuve.

Les statuts actuellement proposés nous apparaissent en complète contradiction avec le projet de renouvellement politique porté par Emmanuel Macron, qui a suscité l‘adhésion et le militantisme des marcheurs ils nous inquiètent sur deux points essentiels :

1) La démocratie interne : les adhérents ne pèsent que 25 % au sein du Conseil national (le parlement du parti) et les procédures de nomination et de décision internes font qu’il seront privés du plus élémentaire des droits, celui de pouvoir voter sur les décisions importantes du parti (le programme, les investitures et la désignation des responsables, et même modifications ultérieures des statuts).

2) la gouvernance interne : celle qui nous est proposée installe de façon permanente l'endogamie au cœur du parti (cooptation pour les principales fonctions exécutives, pour les investitures et absence de procédures de validation et de contrôle).

Par ailleurs, ces statuts renvoient à un Règlement Intérieur (élaboré par les seules instances exécutives) encore non communiqué, qui peut les modifier considérablement et à laquelle il est donné une part considérable de possibles modifications de la gouvernance que l‘on ne retrouve pas traditionnellement dans un règlement mais dans les statuts même d‘une association (ceci n’est pas une innovation mais une régression par rapport à la loi de 1901 qui a connu de nombreux régimes associatifs, y compris de partis politiques depuis).

La direction actuelle demande aussi de confier au futur Bureau exécutif un blanc-seing afin qu’il puisse changer les statuts à sa seule initiative sans autre possibilité de recours par les adhérents qu'un vote "contre" réunissant les 2/3 des adhérents, ce qui est numériquement impossible.

Au nom de la démocratie participative, 20 % des adhérents pourront faire remonter des questions au Bureau Exécutif. Sur la base actuelle, cela représente près de 75.000 adhérents. En France le droit de pétition est fixé à 500.000 pour environ 50 millions d’habitants majeurs. Cette démocratie participative procède plutôt de la démocratie d’exception.

Pourquoi une telle disposition, qui atteste d'une grande méfiance à l'égard des adhérents de la REM et d’une volonté de confisquer le débat ? Alors que les adhérents pouvaient légitimement espérer des valeurs et statuts d’origine auxquels ils avaient adhéré une démocratie émergeant de la base et plus horizontale, ils assistent à une proposition de gouvernance plus « verticalisante » que dans les partis traditionnels (qui laissent plus d‘espace au vote de leurs adhérents) consacrant ainsi une forme d‘oligarchie contraire à leurs aspirations de renouveau politique.

Alors que l’élaboration de nouveaux statuts est une formidable opportunité de débattre de l’avenir, ce débat est confisqué.

Si par ses statuts, la REM ne montre pas de confiance dans les adhérents, comment expliquer aux citoyens que nous avons des solutions pour transformer la démocratie française et les y faire participer ?

Pire, si le débat est confisqué au sein même du mouvement, le danger est qu’à terme En Marche ne réinvente pas la politique, mais la confisque aussi au profit d’une oligarchie. Quelle sera la crédibilité d‘un mouvement qui se veut progressiste et veut susciter demain des alliances partout en Europe si ses fondations sont elles-mêmes si viciées ?

Cela n’augure rien de bon pour la vitalité du paysage politique français ni européen et met en danger tous les efforts de conquête, d’audace et d’espoir qu’a représenté la REM. Nous, les adhérents, en sommes les garants et ne pouvons laisser un tel gâchis se dérouler sous nos yeux.

Notre pensons que nous méritons des statuts dignes d'un grand mouvement démocratique. Un mouvement dans lequel les adhérents doivent pouvoir s'exprimer et construire la gouvernance de leur mouvement, qui a porté depuis sa création même le principe du renouvellement des pratiques démocratiques.

Plutôt que d’aller de l’avant et de réinventer la démocratie, LREM propose des solutions du passé en supprimant tout référence à la démocratie.

Nous demandons donc qu’on fasse confiance aux adhérents.

Faire confiance en ses adhérents, faire confiance aux Français, c'est ça l'ADN d'En Marche !

Soyons audacieux et confiants : en nous-mêmes, en notre pays, pour l’Europe, pour le monde et pour l’avenir !

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