Pour la libération de Salim Yezza, militant des droits humains arrêté en Algérie

À l’approche de l’élection présidentielle, le régime algérien semble tolérer de moins en moins la liberté d’expression, surtout quand ceux qui en usent sont des militants associatifs ou des blogueurs. Après la condamnation de M. Merzoug Touati à sept ans de prison pour avoir interviewé un diplomate israélien, c’est autour du militant berbère M. Salim Yezza d’être arrêté et présenté devant un juge, dénonce Ali Chibani, journaliste et écrivain.

À l’approche de l’élection présidentielle et avec tout le flou qui l’accompagne, le régime algérien semble tolérer de moins en moins la liberté d’expression, surtout quand ceux qui en usent sont des militants associatifs ou des blogueurs. Après la condamnation de M. Merzoug Touati à sept ans de prison pour avoir interviewé un diplomate israélien, c’est autour du militant berbère M. Salim Yezza d’être arrêté et présenté devant un juge.

Le 03 juillet 2018, M. Salim Yezza s’est rendu en Algérie pour assister aux funérailles de son père. Le 14 juillet 2018, alors qu’il se préparait à rentrer en France où il réside depuis plusieurs années, il a été appréhendé par la police à l’aéroport de Biskra (Est algérien) et transféré à Ghardaïa (Centre algérien), suite à un mandat d’arrêt rédigé par le tribunal de cette dernière ville le 10 juillet 2018.

Salim Yezza est accusé d’« incitation à la haine » dans une réaction qu’il a publiée sur sa page Facebook le 25 janvier 2014 suite aux affrontements intercommunautaires qui ont fait plusieurs morts dans la ville de Ghardaïa. Cette accusation est surprenante car M. Salim Yezza est un militant des droits humains qui a toujours appelé à la fraternité entre les peuples et les cultures. Par ailleurs, son arrestation quatre ans après cette publication étonne car le mis en cause est rentré dans son pays natal en 2014 et en 2015 sans être inquiété par les autorités algériennes.

Pour nous, il est évident que M. Salim Yezza est victime d’une arrestation arbitraire en sa qualité de militant des droits humains, d’autant que la publication qui lui est reprochée ne fait que dénoncer le silence du peuple algérien devant le drame de Ghardaïa et la souffrance du peuple mozabite. M. Salim Yezza s’est en effet indigné avec force de la passivité de son peuple qui, relève-t-il, préfère regarder ailleurs pendant que des Algériens meurent. Insistant sur son engagement militant en faveur de tous les peuples opprimés sans distinction de nationalité, de couleur de peau ou de religion, M. Salim Yezza constate que le fait d’être musulman ne protège pas contre la violence d’autres musulmans et finit par déclarer : « Je suis Mozabite. »

On le voit bien : il n’y a absolument rien de haineux dans ce message qui, peut-on même dire, est d’une grande banalité dans les échanges qu’on peut lire entre les internautes algériens. Malgré cela, M. Salim Yezza a été présenté le 24 juillet devant le juge de la ville de Ghardaïa. Le Procureur a alors requis deux ans de prison ferme et une amende conséquente contre lui. Le délibéré est renvoyé au 31 juillet 2018.

Ce réquisitoire inquiète les proches de Salim Yezza et toutes celles et tous ceux qui savent les peines lourdes infligées aux détenus d’opinion en Algérie.

Cette affaire montre à quel point les autorités algériennes craignent leurs propres citoyens, érigés en potentiels ou réels ennemis de l’Etat, dans une forme de paranoïa institutionnalisée nourrie par la certitude que les plus puissants sont les seuls à aimer leur pays. Pourtant, Salim Yezza et ses semblables, en rendant publique leur opinion sur et contre un malheur historique dont souffre toute la population algérienne, ne font qu’exprimer leur désir de voir naître une Algérie apaisée, attentive aux besoins et aux idéaux de ses enfants.

La libération de M. Salim Yezza et de tous les détenus d’opinion sera vécue par toutes les Algériennes et tous les Algériens comme le début d’un certaine forme de sérénité qui manque dans leur pays qui a tant besoin d’être initié aux débats apaisés et au respect de l’opinion de l’Autre.

Ali Chibani, journaliste et écrivain

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