La contraception définitive: un choix à défendre

Après le lancement d'une pétition demandant le retrait d’Essure®, dispositif de contraception féminine définitive, qui a lancé un débat médiatique en France, le Planning Familial, l'ANCIC et la CADAC considèrent qu'il est important d'avoir des données scientifiques complémentaires avant de prendre des décisions concernant le maintien ou non de ce produit sur le marché.

Suite à cette alerte, les associations nationales Le Planning Familial, l’ANCIC et la CADAC ont interpellé l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) et le Ministère de la santé pour que de nouvelles études permettent de faire le point sur les effets secondaires notamment ceux inexpliqués, d'apparition récente et non rapportés dans la littérature scientifique. Seule une évaluation scientifique rigoureuse (en l’occurrence à partir des données épidémiologiques rétrospectives sur 5 ans et de données de surveillance) pourra en effet évaluer le rapport bénéfice/risque lié à la pose d’Essure® et éclairer toute prise de décision quant à une éventuelle suspension du produit; suspension qui risquerait de priver les femmes d’une méthode éprouvée et pratiquée sans difficulté par nombre de praticiens. Pour rappel, la France est le deuxième pays, après les USA, en termes de nombre de dispositifs d’Essure® posés. Ces derniers représentent 60% des méthodes de contraception définitive en France : les gynécologues en posent plus de 20.000 par an.

Cet implant est aujourd'hui la méthode recommandée en première intention pour la contraception féminine définitive en raison du caractère non invasif de sa pose. Contrairement à la ligature des trompes, réalisée par cœlioscopie sous anesthésie générale avec hospitalisation, la méthode Essure® est posée sous anesthésie locale, ou sous neurolept (1). Le procédé consiste à insérer un micro-implant dans la trompe, par hysteroscopie, ce qui va créer une fibrose et obstruer la trompe de manière progressive. Elle est efficace au bout de trois mois et nécessite durant cette période la prise d’un autre moyen de contraception.

Comme dans toutes méthodes de contraception, le rapport bénéfice/risque est posé. Une des meilleures façons de le réduire est :

- de fournir une information et un accompagnement qui permettent aux personnes de faire leur choix en toute connaissance,

- de rechercher scrupuleusement les risques potentiels qu’encourent certaines personnes : intolérance, effets secondaires, incidents voire accidents,

- de respecter les recommandations de bonne pratique.

Les associations nationales Le Planning Familial, l’ANCIC et la CADAC souhaitent que la décision qui va clore ce débat se fasse de façon raisonnable en ayant pour objectif de maintenir une offre de qualité des moyens de contraception définitive, en permettant l’audition des praticien.nes qui utilisent le dispositif depuis de nombreuses années, mais aussi en encourageant les femmes ayant bénéficié avec satisfaction de cette méthode à faire entendre leur voix, sans culpabilisation en leur reconnaissant le libre choix et en garantissant l’exercice de ce choix.

En effet, décider d’une contraception définitive rencontre encore une forte résistance sociale. Le désir d’enfant apparaît inné chez une femme, comme un élément naturel qui n’est jamais remis en question et dure toute la vie. Son droit fondamental à la maitrise définitive de sa procréation est contesté, a fortiori si elle n’a jamais eu d’enfant ou est jugée trop « jeune » pour prendre ce type de décision; ce qui souvent se concrétise par l’inquiétude émise « qu’elle regrette un jour », signe de l’impossibilité de penser qu’une femme puisse faire ses choix en pleine conscience. Ce n’est pas un hasard si seuls 0,3% des hommes et 3,9% des femmes y ont recours, malgré le fait qu’elle soit pratiquée sans condition d’âge et est remboursée par la Sécurité Sociale.

Au vu de ce contexte particulier, moralement chargé, il est particulièrement important que les études concernant la méthode de contraception Essure® soient menées de façon independante et objective, sans pression politique partisane, dans une période de régression des droits des femmes.

(1)Arrêté du 5 février 2016 limitant la pratique de l'acte de pose de dispositifs pour stérilisation tubaire par voie hystéroscopique à certains établissements de santé en application des dispositions de l'article L. 1151-1 du code de la santé publique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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