Adama Traoré a été tué le 19 juillet à la suite de son interpellation par les gendarmes, alors qu'il était sous leur responsabilité. A croire que cela ne suffisait pas : ses frères Youssouf et Bagui, qui réclament, avec leur famille, vérité et justice pour leur frère, viennent d’être incarcérés préventivement après avoir été empêchés d'assister au conseil municipal de Beaumont-sur-Oise le 17 novembre. « Outrage, rébellion » : le prétexte est malheureusement devenu habituel. Les responsables de la mort d’Adama, eux, ne sont toujours pas mis en examen.

L'édile de Beaumont, Nathalie Groux, cristallise l'acharnement subi par la famille. Ce soir-là, les Traoré et une centaine d'habitants demandaient en effet à assister, comme c'est leur droit, au conseil municipal qui s'apprêtait à voter sa demande de financement, jusqu’à 30 000 euros, notamment pour la plainte qu'elle voulait déposer contre Assa Traoré : la sœur d’Adama serait poursuivie pour avoir déclaré que « la maire a choisi son camp », en se mettant « du côté de la violence policière ». Une maire qui a par ailleurs relayé sur Facebook, le 13 novembre, un appel aux « habitants de souche » à s'armer pour venir en aide aux policiers...

L'incarcération de Youssouf et Bagui Traoré n’est pas une énième « bavure ». Depuis le début, l’institution judiciaire s'est employée à relayer la version des gendarmes, en même temps qu'à l’absoudre. Cette collusion relève à l’évidence d’une décision politique. Le 2 novembre, Bernard Cazeneuve a répondu à l’interpellation d’un député à l'Assemblée nationale, Pouria Amirshahi, en rejetant, sans attendre le résultat des enquêtes en cours, la « mise en cause » du travail des forces de l’ordre. Le 25 novembre, le même ministre de l’Intérieur a apporté son soutien à la maire de Beaumont. Ni le gouvernement ni la municipalité n’ont jugé bon de présenter leurs condoléances à cette famille. Tout cela démontre une détermination des pouvoirs publics, jusqu'au sommet des institutions, à faire taire Assa Traoré, et avec elle toute sa famille, en s’attaquant à ses frères.

Ce scandale de plus doit être le scandale de trop : nous ne pouvons que nous révolter contre ce pouvoir qui couvre ses propres crimes. Il justifie la répression et l’arbitraire, devenus sa marque de fabrique, avec encore plus de répression et d’arbitraire. N’attendons pas de nouveaux crimes. Nous exigeons la libération immédiate de Youssouf et Bagui. Nous demandons aussi que les responsables de la mort d’Adama soient poursuivis. Nous appelons dans ce pays à une mobilisation qui réponde aux menaces et aux tentatives d’intimidation contre la famille Traoré. Nous sommes face à une affaire d’Etat : il faut la dénoncer comme telle. Par la force du nombre, imposons de redonner un sens au mot « justice ».

Baguy et Youssouf Traoré seront jugé le 14 décembre. Entourons-les, ainsi que leur famille, de notre solidarité, devant le tribunal de Pontoise et partout dans le pays.

 

Lien vers la pétition

 

Premier-e- s signataires :

Norman Ajari, philosophe; Loulouwa Al Rachid, politologue; Pierre Alferi, écrivain; Fatima Ali, Arts; Zahra Ali, sociologue; Eric Alliez, philosophe; Romain Altmann, secrétaire général d’Info’Com-CGT; Bastien Amiel, politiste;


Samir Baaloudj, militant des quartiers populaires; Marine Bachelot Nguyen, auteure-metteure en scène; Etienne Balibar, philosophe; Ludivine Bantigny, historienne; Emmanuel Barot, philosophe; Michel Barthélémy, sociologue; Hourya Bentouhami, philosophe; Eric Beynel, Union syndicale Solidaires; Florian Bolgar, astrophysicien; Christian Bonnaud, médecin généraliste; Houria Bouteldja (membre du PIR); Naima Bouteldja, journaliste;
Yasser Brahmi, militant des quartiers populaires; Sébastien Budgen, éditeur;

 

Cécile Canut, universitaire; Vanessa Caru, historienne CNRS; Cristina Cerami, philosophe; Vincent Charbonnier, philosophe, responsable syndical SNESUP-FSU; Alice de Charentenay, littérature française; Farah Cherif Zahar, philosophe; Bernard Coadou, médecin; Philippe Corcuff, politiste; Léon Crémieux, retraité, syndicaliste Sud aérien; Alexis Cukier, philosophe

 

Sonia Dayan-Herzbrun, sociologue; Rokhaya Diallo, journaliste, réalisatrice; Laurence De Cock, historienne; Thierry Defresne, délégué Cgt Total Raffinage Pétrochimie; Joel Delhom, hispaniste; Christine Delphy, sociologue; Thomas Deltombe, éditeur-auteur; Suzanne Doppelt, auteur; Mathias Dupuis, syndicaliste CGT Dieppe; Vincent Duse, délégué CGT PSA Mulhouse;

 

Lucile El Hachimi, philosophe; Didier Epsztajn, blog « entre les lignes entre les mots »; 

Didier Fassin, anthropologue; Eric Fassin, sociologue; Franck Fischbach, philosophe; Sebastien Fontenelle, journaliste; Arnaud François, philosophe;

Claire Gallien, littératures anglophones; Isabelle Garo, philosophe; Georges Gastaud, professeur de philosophie retraité; Franck Gaudichaud, universitaire; Christophe Giudicelli, historien; Alain Gresh, journaliste; Nacira Guénif, sociologue;

Eric Hazan, éditeur;

Evelyne Jacquey, chercheuse SHS; Anne Jollet, historienne;

Almamy Kanouté, militant des quartiers populaires; Hanane Karimi, féministe antiraciste, sociologue;

Razmig Keucheyan, sociologue; Reynald Kubecki, co-secrétaire de l’UL CGT du Havre; Stathis Kouvélakis, King's College Londres;

Annie Lacroix-Riz, historienne; Rose-Marie Lagrave, sociologue, directrice d'études EHESS; Aude Lalande, ethnologue, revue Vacarme; Léopold Lambert, rédacteur en chef de The Funambulist; Olfa Lamloum, politologue; Lila Lamrani, philosophe; Souad Lamrani, philosophe; Salim Lamrani, universitaire, hispaniste; Mathilde Larrère, historienne; Hervé Larroze, psychologue; Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire; Amélie Le Renard, sociologue; Alain Leclerq, syndicaliste SUD Rail; Olivier Long, universitaire et peintre; Michaël Löwy, CNRS; Frédéric Lordon, économiste et philosophe;

Armelle Mabon, historienne; Pascal Maillard, universitaire, responsable syndical SNESUP-FSU; Patrice Maniglier, philosophe; Joelle Marelli, traductrice; Jamila Mascat, philosophe; Xavier Mathieu, comédien, ex porte-parole des Contis; Guillaume Mazeau, historien; Madjid Messaoudène, ville de Saint-Denis; Bernard Mezzadri, anthropologue; Bénédicte Monville-De Cecco, conseillère régionale IDF;

Philippe Nabonnand, enseignant-chercheur; Olivier Neveux, universitaire;

Ugo Palheta, sociologue; Xavier Papaïs, philosophe; Willy Pelletier, sociologue; Timothy Perkins, artiste architecte enseignant; Roland Pfefferkorn, sociologue; Nestor Ponce, écrivain et universitaire;

Gaël Quirante, Sud Poste 92; Lissell Quiroz-Pérez, historienne;

Antonio Ramos Ramirez, hispaniste; Jacques Rancière, philosophe; Manuel Rebuschi, universitaire; Matthieu Renault, universitaire; 

Julien Salingue, politiste; Valentin Schaepelynck, universitaire; Guillaume Sibertin-Blanc, philosophe; Omar Slaouti, membre du collectif  Vérité et Justice pour Ali Ziri; Yannick Souladié, philosophe; Maboula Soumatoro, universitaire, américaniste et fondatrice du Black History Month;

Etienne Tassin, philosophe; Pierre Tevanian, philosophe; Ludivine Thouverez, hispaniste; Sylvie Tissot, sociologue; Rémy Toulouse, éditeur; Enzo Traverso, historien; Jean-Baptiste Thomas, historien; Louis-Georges Tin, Président du Conseil Représentatif des Associations Noires de France;

Guillaume Vadot, politiste; Jérôme Valluy, universitaire; Françoise Vergès, politologue; Laure Vermeersch, cinéaste documentaire;

Maude Yvinec, hispaniste;

Dror Warschawski, physicien;

Elisabeth Zucker, démographe.

 

Les associations et collectifs

Alcir Paris 20, Association de lutte contre l’islamophobie et les racismes – Paris 20e 

Association Black is really beautiful

Centre d'Etudes et d'Initiatives de Solidarité Internationale (CEDETIM)

Collectif La Chapelle Debout

Collectif Ni guerres ni état de guerre

Collectif Urgence Notre Police Assassine 

Compagnie Jolie Môme

Emancipation, Tendance Intersyndicale

Ligue des Droits de l’Homme

Marche des femmes pour la dignité (MAFED)

RevolutionPermanente.fr, quotidien numérique

Revue Vacarme

 

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