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Tribune 31 août 2018

Avec l'affaire Macron-Benalla, on continue comme avant?

Au lendemain de la première Université d’été « solidaire et rebelle » des mouvements sociaux et citoyens, plusieurs personnalités militantes proposent de prendre le relais de l'affaire Benalla et d'en faire un élément fédérateur de la rentrée du mouvement social.

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Les premières réactions après les révélations de l’affaire Benalla sont à la mesure de l'événement: enquêtes judiciaires et mises en examen, deux commissions d'enquête parlementaire largement médiatisées pour établir les responsabilités gouvernementales, deux motions de censure, licenciement de Benalla par l'Elysée et autres sanctions internes... Mais ce n’est qu’un début, réalisé sous la pression de l’indignation populaire.

Comme l'a rappelé le collectif des associations de victimes à la marche en mémoire d’Adama Traoré à Beaumont sur Oise (22 juillet), la lumière doit être faite sur toutes les violences policières, et les responsables écartés et condamnés. La justice ne doit pas être à deux vitesses, les pauvres comme les riches doivent être jugés dans la sérénité après une enquête sérieuse et dans des délais raisonnables. 

Le mouvement social doit contribuer au ménage dans l’appareil d’État en imposant la fin des polices parallèles et privées, ainsi que l'abrogation de la loi Sécurité intérieure (octobre 2017), qui a rendu permanent l'état d'urgence et banalisé la répression. C'est le moment aussi de la contre-offensive judiciaire, par la constitution en partie civile collective des victimes des violences policières dans les quartiers populaires et lors de manifestations pacifiques.

Le Parlement a bloqué le débat sur le projet de modification de la Constitution et de réforme institutionnelle (encore un projet de renforcement des pouvoirs du président de la République) : cette opportunité est à saisir  pour mobiliser sur l’urgence d’une démocratisation en profondeur de notre République. Afin d'en finir avec un cadre institutionnel anachronique, marqué par les crises à répétition (affaires du SAC de Pasqua,  des Irlandais de Vincennes, des écoutes de l’Élysée sous  Mitterrand, affaires Sarkozy, Cahuzac, Fillon, récemment l'affaire Kohler, qui concerne les connivences du pouvoir et de Bercy avec la finance et les transnationales...). 

Un exemple de réussite à saluer dans ce sens, à rebours de la gestion néolibérale-autoritaire désormais largement ancrée en Europe notamment, la destitution aux Cortés du  premier ministre espagnol Mariano Rajoy (le 1er juin 2018) : elle a été  obtenue grâce à l’unité des forces progressistes en Espagne (élu·e·s et représentant·e·s de Podemos, des communautés autonomes catalane et basque, de l’aile gauche du PSOE). En Côte d’Ivoire, c’est une amnistie de 800 opposants politiques qui a été arrachée à la dictature de Ouattara (le 6 août 2018).

En France, l’affaire Macron-Benalla fait suite aux mobilisations sociales du printemps dernier pour sauver notamment le service public à la SNCF ainsi qu’une orientation équitable des lycéen·ne·s et des étudiant·e·s : la manifestation unitaire du 26 mai « Marée populaire » s’en est fait l’écho. Dans cette deuxième étape, fédératrice, puisqu’axée sur des malversations de l'exécutif mises en défaut sur un plan légal, il est de la responsabilité du mouvement social, en solidarité avec les quartiers populaires, d’effectuer la rentrée sur ces bases. A la défense des droits et acquis sociaux, doit se conjuguer celle des libertés publiques. A défaut de quoi, de nouveaux échecs sont à prévoir d’ici la fin de la mandature (retraites, fonction publique...), qui feraient suite à ceux accumulés sur le front social et sectoriel depuis le vote de la première loi Travail. A défaut de quoi, l’extrême-droite, qui est en embuscade, ne manquerait pas quant à elle de saisir cette opportunité historique pour inverser le cours des choses. 

Vive la convergence des luttes politico-sociales dont la récente université des mouvements sociaux, organisée à Grenoble avec l’implication de 300 organisations, est une illustration prometteuse. Ainsi que la démission-sanction de Nicolas Hulot, « le ministre le plus populaire du gouvernement ».

Les signataires :

Philippe Blanchet, universitaire, Fondation Copernic

Martine Boudet, auteure, membre du CS d’Attac France

Claude Calame, historien et anthropologue, directeur d’études EHESS

Jean-Louis Comolli, cinéaste

Alain Coudert, porte-parole d'AC/Action contre le chômage

Régis Essono, militant écologiste

Yann Fiévet, chroniqueur au mensuel Le Peuple Breton

Gérard Halie, ancien co-secrétaire national du Mouvement de la paix

Evelyne Perrin, coordinatrice Stop précarité

Carl Pivet, président d'AC/Action contre le chômage Gironde

Gérard Tautil, auteur, coordinateur de la revue Occitania-Lo Cebier

Jacques Testart, essayiste

Jérôme Valluy, universitaire, Paris 1 - Panthéon-Sorbonne

Jean-Paul Vanhoove, Agenda des actions africaines

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