Un projet obsolète, imposé sans débat
Le projet d’autoroute A154, censé relier Dreux à Chartres puis Orléans, est un scandale comme notre pays ne peut plus se les payer. Porté par des élus bornés depuis plus de vingt-cinq ans sans évaluation sérieuse, ce projet incarne l’entêtement d’une logique dépassée : celle du tout-voiture, du bétonnage massif et des grands travaux inutiles. Les alertes se multiplient, les alternatives évidentes, comme le renforcement du ferroviaire, sont ignorées, et les voix des citoyens, des agriculteurs, et même des scientifiques, sont balayées d’un revers de main, dans une logique désormais bien connue.
À l’heure où les collectivités locales voient leurs budgets fondre en raison d’une politique économique inique de l’Etat, comment justifier un investissement d’un milliard d’euros pour quelques dizaines de kilomètres ?
À titre de comparaison, un kilomètre d’autoroute coûte en moyenne 6,2 millions d’euros en France. Ici, le coût est quasi doublé, sans garantie de retour sur investissement. Pire, les prévisions de trafic, brandies comme argument massue, reposent sur des données obsolètes, jamais actualisées pour 2030. Le Conseil d’orientation des infrastructures lui-même a souligné le manque de transparence et de débat autour de ce dossier. Pourtant, rien n’y fait : le ministre des Transports Philippe Tabarot persiste, comme s’il s’agissait de cocher une case plutôt que de répondre à un besoin réel.
Un désastre écologique et agricole
L’A154 est une aberration économique et une catastrophe environnementale. Son tracé s’apprête à défigurer des centaines d’hectares de terres agricoles, à fragmenter des corridors écologiques et à menacer des espèces protégées. Dans l’Eure-et-Loir, département où l’agriculture est une richesse majeure, bétonner des sols fertiles au nom d’un prétendu « développement économique » est une absurdité sans nom. Ce projet constitue le front du combat contre le recul que certains veulent imposer dans notre bataille sociale contre l’artificialisation des sols et pour préserver notre souveraineté alimentaire.
Les études d’impact, déjà contestées, confirment ce que les habitants dénoncent depuis des années : l’A154 sacrifiera des écosystèmes fragiles, perturbera la biodiversité et dégradera la qualité de vie des Euréliens. Pourquoi ? Pour favoriser un modèle de mobilité individualiste, polluant et coûteux, alors que des solutions existent : modernisation des routes existantes, développement du train, transports en commun performants.
Un mépris démocratique inacceptable
Le pire, dans cette affaire, est la méthode : une précipitation suspecte, des décisions prises dans l’opacité, et une volonté claire d’imposer le projet avant que les citoyens ne puissent vraiment s’exprimer. Le choix du concessionnaire, prévu pour fin 2025, ressemble à une manœuvre pour verrouiller le dossier avant les élections municipales et une possible dissolution. Les manifestations, comme celles des 13 et 14 septembre à Challet, ont rassemblé des centaines de personnes, et les recours juridiques se multiplient. Pourtant, le gouvernement fait la sourde oreille, invoquant un « intérêt général » qui sert plus que jamais de prétexte aux caprices d’un ancien monde d’élus et d’entreprises.
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L’A154 s’inscrit dans une série de grands projets routiers inutiles et légitimement contestés – A69, A24 – qui, malgré les alertes répétées, continuent d’être imposés. Ces chantiers sont les derniers soubresauts d’une époque révolue Aujourd’hui, la transition écologique et la justice sociale exigent une autre vision : celle d’une mobilité sobre, partagée et respectueuse des territoires.
Notre exigence : l’arrêt immédiat du projet
Face à ce déni de démocratie et à ce gaspillage d’argent public, nous, élus locaux et parlementaires, exigeons :
- La suspension immédiate du projet A154, le temps d’une évaluation indépendante et transparente.
- L’ouverture d’un vrai débat public, associant citoyens, experts et acteurs locaux.
- L’étude sérieuse des alternatives, notamment le renforcement du ferroviaire et des transports collectifs.
Nous ne laisserons pas sacrifier nos terres, notre environnement et notre avenir sur l’autel d’un projet inutile et imposé. La mobilisation citoyenne grandit, les recours juridiques se préparent, et la pression politique s’intensifie. Le gouvernement doit entendre ce message : l’A154 ne passera pas.
Signataires :
Christine Arrighi, députée écologiste de Haute-Garonne,
Sylvain Carrière, député LFI de l’Hérault,
Jean-François Bridet, conseiller régional et tête de liste de la gauche écologiste aux élections municipales à Chartres,
Bérenger Cernon, député LFI de l’Essonne,
Grégoire Bailleux, Maire de Gasville-Oisème.