Meilleurs vœux

« Nous préférons un art anonyme et laborieux, fort d’étincelles et de flammes qui traversent la nuit ». Chaque semaine de cet été 2021, depuis Arles, nous partageons un texte issu du recueil « Manger Luma », publié le jour de l'inauguration de la tour Luma, fondation d'art contemporain créée par Maja Hoffmann, héritière des laboratoires Hoffmann-La Roche.

Au lieu d’un Art majuscule concentré entre quelques mains liées par les rubans dorés de la fortune – les plus riches d’entre nous faisant croire qu’il ne peut y avoir de grandeur sans eux –, nous préférons la puissance artistique des multitudes agissantes, opérant avec les moyens du bord et faisant feu de tout bois, fut-il de béton et de verre.

Au lieu d’un Art héroïque et brillant, glorieux jusque dans le dépouillement de ses formes, grand soleil qui nous éblouit, nous préférons un art anonyme et laborieux, fort d’étincelles et de flammes qui traversent la nuit.

Au lieu d’un Art qui ne regarde que du côté du fini, de l’objet, de l’œuvre même éphémère – tropisme de ceux qui aiment à s’entourer de choses de valeur et y mettre à distance les autres – nous préférons la richesse et la puissance plastique d’une informité de matière dans laquelle le grand nombre trouve à s’exprimer, fut-ce contre lui-même.

Au lieu d’un Art esthète tout entier tourné vers lui-même, vers ces valeurs de beauté, de mystère, de vérité ou d’effroi, par lesquelles il cherche à transfigurer, représenter ou bouleverser le réel, nous préférons un art aussi égaré qu’enfoncé dans le monde : une technique, un geste, un regard, une voix, qui chaque fois doit se retrouver, aveugle à son chemin, dénué de moyens ; un art qui doit se réinventer comme il peut et là où il échoit : telle foi, telle loi, tel roi.

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