Défense du cinéma documentaire: une mission des bibliothèques

Pour exister, un film doit être vu. En organisant des séances sur des territoires et pour des publics parfois éloignés des salles de cinéma, les bibliothèques jouent un rôle considérable dans la diffusion de films documentaires d’auteur.

Pour exister, un film doit être vu. En organisant des séances sur des territoires et pour des publics parfois éloignés des salles de cinéma, les bibliothèques jouent un rôle considérable dans la diffusion de films documentaires d’auteur. S’il s’agit avant tout du plaisir de transmettre, de partager un moment, un contenu, une idée, une ambiance, les bibliothécaires font néanmoins face à des obstacles de taille.

Ces difficultés imbriquées découlent les unes des autres. Difficultés liées au contexte général à l’heure où l’image et la parole envahissent notre quotidien, difficultés liées au contexte professionnel avec des équipes réduites et des moyens limités, difficultés tenant à la forme même de ce cinéma documentaire qui peut sembler abrupte et nécessiter un accompagnement. Là où les thématiques offrent une porte d’entrée pour des publics diversifiés, la forme peut rebuter. Silences, ellipses, plans longs, absence de commentaire offrent pourtant un accès au réel par la grande porte du cinéma.

Aujourd'hui, il n’existe presque plus d’espaces où le temps et le loisir sont laissés au spectateur d'exercer son esprit critique et laisser parler son émotion. Le but n'est pas de convaincre et séduire mais donner la possibilité à une fraction du réel d’exister chez l'autre. Car au-delà de l'image, il y a des mondes à découvrir et, comme dans un voyage, ce n'est pas seulement la destination qui importe mais le chemin parcouru. Le cinéma documentaire de création donne accès à des territoires difficilement accessibles, parce qu'ils sont loin, parce qu’ils sont méconnus. Et, souvent, le regard de l’auteur parvient à nous faire redécouvrir ce que l'on croyait connaitre.

Mais, de l'écriture du film à sa diffusion, le cinéma documentaire est porté par un circuit fragile. Chaque étape est animée par des passionnés soudés par un but commun : faire émerger un regard singulier sur le monde. Défendre ce cinéma qui rejette le spectaculaire, c’est défendre une façon d’appréhender le monde. Cela demande de l’énergie, de la volonté et, en ce sens, les bibliothécaires font un travail précieux : ils accompagnent le spectateur et lui permettent de s'approprier des territoires supposés inaccessibles. La bibliothèque est plus que jamais un lieu et un moyen de donner accès à ces films, que ce soit dans ses espaces ou en ligne. Oui, il faut souvent être déterminé, avoir du temps pour trouver des idées, faire du cousu main et accepter que ce ne soit pas toujours évident, comme on le fait pour des livres d’exception dont on accepte qu’ils sortent peu parce qu’ils sont essentiels à la compréhension du monde.

Alors si nous, bibliothécaires, ne faisons pas notre possible pour faire vivre ce cinéma, qui le fera ?
 

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