Lancement du Prix du public «Les yeux doc 2021»

Le Prix du public est une célébration du cinéma documentaire, ouverte à toutes et à tous les spectateur-rice-s de la plateforme Les yeux doc. Il est organisé par la Bpi. 10 films, choisis parmi les nouveautés des trois dernières années, ont été soumis au vote des bibliothécaires, qui ont sélectionné les 5 films suivants. À vous de voter !

Un prix qui valorise et soutient la diffusion de films documentaires créatifs et engagés dans les bibliothèques !

Merci aux bibliothécaires d’avoir choisi les 5 films de la sélection.

Les bibliothécaires ont sélectionné 5 films pour le Prix du public Les yeux doc 2021 Les bibliothécaires ont sélectionné 5 films pour le Prix du public Les yeux doc 2021

 
Du 25 janvier au 6 mars , c’est au public de choisir son film préféré - rendez-vous sur la plateforme pour découvrir les 5 films :

Atelier de conversation, de Bernhard Braunstein

Derniers jours à Shibati, de Hendrick Dusollier

L'Île au trésor, de Guillaume Brac

Les Vaches n'auront plus de nom, de Hubert Charuel

What You Gonna Do When The World's On Fire, de Roberto Minervini

En savoir plus :

Une salle blanche vitrée, une montagne de chaises multicolores: nous sommes à l'Atelier, un espace situé au coeur de la Bibliothèque publique d'information (Centre Pompidou), où se déroulent quotidiennement depuis plusieurs années des conversations en diverses langues et, plus précisément dans ce film, en français langue étrangère (FLE). Ces conversations, accessibles sans formalités, sont animées par le personnel de la bibliothèque sur la base du volontariat, ou plutôt de la volonté et de l'empathie. C'est en assistant à titre personnel à quelques-unes de ces séances que le réalisateur Bernhard Braunstein s'est pris d'intérêt pour l'aventure humaine qui se joue là, pendant une heure, entre des hommes et des femmes venus du monde entier pour, dans le meilleur des cas, découvrir la France, ou, dans le cas le plus fréquent, fuir leur pays d'origine. Sur un thème à chaque fois différent, proposé par le meneur de jeu, la conversation s'engage. Dès le tour de table achevé, les spectateurs que nous sommes sont invités à réviser leurs idées reçues. Car, de la Suède à l'Irak, de l'Égypte aux États-Unis, comment trouver un consensus sur l'amour ou sur l'égalité hommes-femmes ? Assis en cercle, les participants sont filmés de près par une caméra équipée d'une optique fixe, posée au milieu du groupe. Ce principe d'égalité permet l'échange et le débat d'idées, jusqu'à un certain point toutefois, car la polémique s'invite parfois dans la conversation, obligeant les modérateurs à rétablir la sérénité des échanges. Ils le font à l'aide d'un simple mot, qui revient comme un leitmotiv ou un talisman, le mot "respect": ici, plus que la langue, l'enjeu est bel et bien le vivre ensemble.

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Bande-annonce // Atelier de conversation de Bernhard Braunstein [Film d'ouverture] © BPI Cinéréel

 

En Chine, comme dans la plupart des centres urbains des pays développés ou en cours de développement, la pression sur les terrains constructibles est forte. À Pékin, les Hutongs, les vieux quartiers et leurs ruelles étroites bordées de maisons basses, ont été rénovés au cours des vingt dernières années, laissant place à des immeubles de grande hauteur, des complexes hôteliers et touristiques. À Chongqing, ville tentaculaire de 34 millions d'habitants de la province du Sichuan (Centre de la Chine), les derniers habitants d'un quartier traditionnel vivent en quasi autarcie, entourés ou plutôt encerclés par les gratte-ciels géants de la ville-lumière, dont les enfants s'approchent le soir, attirés et hypnotisés par la forte luminosité ambiante. C'est le cas de Zhou Hong, petit garçon tiraillé entre une famille restée à l'écart du progrès technologique (les parents ont peur de prendre l'ascenseur) et l'appel de la ville moderne, porteuse d'une promesse d'avenir. Dans cet espace un peu lunaire, le réalisateur a du mal à trouver sa place car il ne parle pas la langue. Objet des risées de la population, qui voit en lui un excentrique, il ne doit son ancrage dans le quartier qu'aux liens d'amitié qu'il tisse avec deux personnes en marge de la société des adultes : l'enfant et une vieille femme originale, Madame Xue Lian, qui trône sur une déchetterie d'objets hétéroclites, destinés à perpétuer son quartier, sa culture, ses convictions. Film mélancolique et crépusculaire, "Derniers jours à Shibati" fait montre d'une empathie profonde pour tous ceux qui résistent au rouleau-compresseur d'une modernité tyrannique.

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Film Annonce Derniers Jours à Shibati d'Hendrick Dusollier - Au cinéma le 28 novembre. © Météore Films

 

Déjà remarqué pour un premier long métrage "Tonnerre" et un moyen métrage primé dans plusieurs festivals "Un monde sans femmes", Guillaume Brac choisit l'île de loisirs de Cergy-Pontoise comme décor de son deuxième long, "Contes de juillet". Pendant l'été 2017, il y tourne aussi un documentaire, "L'Île au trésor", dédié à son frère Clément et à l'enfance éternelle. «C'est un lieu que j'ai connu petit, mes parents m'y emmenaient. J'ai grandi dans un milieu privilégié, protégé, contrairement aux enfants que je filme. J'ai grandi avec l'envie de sortir de ce cocon d'enfant protégé et sérieux, j'aspirais à être comme ces enfants en toute liberté.» Comme le titre le suggère, l'accent est mis sur l'enfance, la quête d'un paradis sur lequel le monde extérieur n'a pas de prise et l'aventure sous toutes ses formes, y compris la forme transgressive lorsque des petits "pirates" tentent de resquiller. Les enfants s'approprient immédiatement les lieux et l'investissent de leurs jeux et de leurs rires, dans une nature certes partiellement factice, mais qui ménage à l'imaginaire enfantin un espace d'épanouissement presque illimité. Aussi loin que porte le regard, on ne voit que de l'eau, des arbres, du sable et de sympathiques équipements permettant de s'initier au kayak, au surf, au ski nautique, ou plus simplement de patauger dans l'eau et de faire des pâtés sur la plage. Les adultes ne sont pas moins intéressés par le lieu, qu'ils soient employé chargé des pédalos ou conducteur du train touristique, qu'ils viennent de la banlieue ou de beaucoup plus loin. Pour les uns, c'est un peu une façon de prolonger l'enfance, pour les autres, c'est retrouver l'écho d'un paysage ou d'une ambiance de leur pays d'origine. En observateur bienveillant, Guillaume Brac est allé cinq jours durant à la rencontre de ce peuple en vacances, heureux de partager les moments de liberté et de détente sans pour autant essayer de gommer l'envers du décor: la mélancolie du temps qui passe et fuit, un été qui se termine et renverra bientôt les insouciants hédonistes vers la chaleur du foyer, s'ils en ont un.

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L'ILE AU TRESOR bande annonce officielle © Les Films du Losange


  • Les Vaches n'auront plus de nom, de Hubert Charuel - France | 2019 | 51 minutes

    C'est chouette d'avoir une ferme, d'en avoir fait une exploitation rentable et d'avoir passé sa vie à câliner les vaches, à les appeler par leur petit nom. À l'approche de la retraite, Sylvaine et Jean-Paul Charuel ont tout pour être satisfaits. Pourtant quelque chose cloche : la transmission à la génération suivante. Ils n'ont qu'un fils, Hubert, qui s'est entiché du cinéma et ne reprendra pas la ferme, malgré son attachement au monde paysan. À ce moment-clé de la vie de ses parents, la retraite du père et le départ des vaches pour une ferme ultramoderne, Hubert vient filmer une situation plus explosive qu'il n'y paraît car sa mère supporte mal la séparation d'avec ses bêtes. D'abord concentrée sur le transfert des bovins ("C'est un peu la fin quand même") et sur l'adaptation au nouveau lieu et aux nouveaux outils (un robot de traite pas toujours fiable et des rouleaux de massage géants pour le confort des vaches), Sylvaine tombe peu à peu dans la sinistrose, inquiète pour le troupeau mais aussi, sans doute, inquiète pour son fils qui n'a pas hérité de son atavisme terrien. Pour ne pas se laisser enfermer dans ce qui ressemble un peu à une débâcle, Hubert possède l'antidote miracle, apanage de tous les grands humanistes du cinéma : l'humour. Ici, il pétille et certains plans ménagent de délicieuses surprises, comme celui du tout petit chat devant le gros sabot de la vache, de la mère qui lit l'horoscope ("C'est pas bien du tout") ou des parents qui sommeillent devant la télé. Cette forme de dérision témoigne de l'éloignement déjà consommé et irréversible du fils, mais aussi de son affection profonde pour ses parents. L'épilogue, tourné trois ans plus tard dans un contexte apaisé, montre Jean-Paul en train de bichonner une moto de grosse cylindrée, tandis que Sylvaine rêve à des voyages lointains. Après sa retraite, elle a racheté une de ses vaches pour lui épargner de finir à la boucherie. Depuis, l'animal parfaitement domestiqué la suit partout en faisant des sauts de cabri et le film peut se clore sur ce tendre hommage à un temps où bêtes et gens cohabitaient et où la vache n°53 portait encore le doux nom de Falbala.

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Excerpt | Cows With No Name | Hubert Charuel © visionsdureel

 

Comme nombre de documentaristes, Roberto Minervini a developpé des affinités électives avec un pays, une région, une population, qu'il a découverts en tant qu'étranger. Souvenons-nous de Jean Rouch au Niger ou de Louis Malle en Inde, le cinéaste italien a quant à lui choisi le Sud des États-Unis, entre Texas et Louisiane. Il a réalisé en quelques années une oeuvre dédiée aux laissés-pour-compte de l'Amérique, qui oscille entre fiction et documentaire, celui-ci semblant prendre l'avantage au fil du temps comme si les hommes et les femmes croisés en chemin, avec leurs doutes, leur colère, leurs vies bricolées et leur beauté aussi, avaient rendu inutile et vain le travail factice de recréation du réel, du vivant, du présent. La gestation de "What You Gonna Do..." est un parfait exemple de la méthode empirique de Minervini, dont le projet initial était de creuser les origines de la musique afro-américaine et son rôle dans la lutte pour les droits des Noirs. La rencontre avec Judy Hill, descendante d'une famille de musiciens R&B et patronne du bar Ooh Poo Pah Doo de Treme (Nouvelle-Orléans), lui ouvre les portes de territoires et de quartiers considérés comme inaccessibles par les Blancs. Sans perdre le fil rouge de la musique, toujours présente en arrière-plan, Minervini construit un film de dialogues à travers les histoires croisées de plusieurs personnages, victimes de la radicalité des conflits raciaux : Judy, la première, menacée d'expulsion du fait du processus de gentrification de son quartier qui fait grimper les loyers ; Ronaldo et Titus, deux jeunes frères dont le père est en prison ; les Indiens de Mardi-Gras, des Afro-américains réprésentants d'une ancienne tradition de métissage entre les communautés noires et amérindiennes de Louisiane ; enfin, les militants d'une résurgence contemporaine des Black Panthers, le New Black Panther Party, qui défilent en uniforme dans les rues, manifestant contre les meurtres racistes impunis commis à Baton rouge et dans le Mississippi. Le noir et blanc somptueux de l'image, choix "politique" du réalisateur, magnifie la beauté des visages et des corps sans jamais édulcorer le tragique de ces existences marquées par les éclats d'une violence devenue endémique.

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WHAT YOU GONNA DO WHEN THE WORLD'S ON FIRE? Trailer © FestivaldeiPopoli

www.lesyeuxdoc.fr

Un prix organisé par la Bpi en partenariat avec ARTE, Mediapart, Images documentaires et Le Blog documentaire.

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