Lutter !

En 1968, le manifeste « Le cinéma au service de la révolution » est acté par les États généraux du cinéma. Des réalisateurs, distributeurs, techniciens…  se rassemblent pour dessiner les contours du cinéma de demain. Les cinétracts et les actions des groupes Medvedkine marqueront aussi de leur empreinte cinématographique les luttes ouvrières de l’époque.

Kinshasa makambo © Les Films de l'oeil sauvage, Alva Film, Kiripifilms, Bärbel Mauch Film, Flimmer Film AS Kinshasa makambo © Les Films de l'oeil sauvage, Alva Film, Kiripifilms, Bärbel Mauch Film, Flimmer Film AS

En 1968, le manifeste « Le cinéma au service de la révolution » est acté par les États généraux du cinéma. Des réalisateurs, distributeurs, techniciens…  se rassemblent pour dessiner les contours du cinéma de demain. Les cinétracts et les actions des groupes Medvedkine marqueront aussi de leur empreinte cinématographique les luttes ouvrières de l’époque.

La question de l’engagement dans le cinéma n’est pas neuve. Dès son essor au XXe siècle, du fait de sa capacité à captiver les masses -du temps où la télévision n’existait pas et encore moins Internet- le cinéma devient pour certains un outil de lutte et pour d’autres un outil de propagande. Initialement considéré comme un divertissement, sa dimension artistique finit par prévaloir et lui confère le rang de 7e art. Si, pour beaucoup d’auteurs, faire du cinéma est déjà un engagement et un acte d’émancipation, il n’est pas rare, aujourd’hui, de voir des films réalisés pour soutenir des causes et chercher à faire émerger d’autres voix, pour résister et combattre l’oppression.

Comment définir le cinéma militant ? Filmer la lutte, est-ce déjà lutter ? Nous avons sélectionné sept films qui abordent ce thème, chacun de façon singulière, que ce soit dans la forme filmique, dans le point de vue du cinéaste ou dans la lutte elle-même. La force de ces films réside, bien sûr, dans les sujets filmés, mais aussi dans le regard du réalisateur et l’oeil du spectateur. Car c’est bien cette alliance qui donne corps aux luttes, des luttes incarnées par des hommes et des femmes en action. Et dans ces combats où chaque geste compte, chacun lutte à son niveau : en agissant, en filmant, en diffusant, en regardant, en partageant.

À ciel ouvert, d'Ines Compan

Prendre son destin en main, c’est ce que décident de faire les amérindiens Kollas qui vivent dans le Nord-Ouest de l’Argentine. Ainsi, pour dénoncer l'influence négative d'une mine d’argent à ciel ouvert sur leur environnement et leur mode de vie, ils utilisent la seule arme à leur disposition ; bloquer la grande route qui traverse la région. Armés de banderoles et de leurs revendications, ils tentent d’attirer l’attention dans l'espoir de faire basculer les décisions politiques en leur faveur. Un film qui s’intéresse au rapport de force et au décalage entre les besoins des populations et les décisions prises par des politiciens éloignés du terrain.

Cinq Caméras brisées, de Emad Burnat et Guy Davidi

Filmer pour garder en mémoire, c'est ainsi que Emad Burnat, paysan vivant en Cisjordanie, raconte pourquoi il s'est mis à filmer. À la naissance de son 4e fils en 2005, il décide d'acheter une caméra. Mais à la place des premiers sourires, Emad se retrouve à filmer les événements violents qui surviennent  dans son village. C'est avec l'aide du documentariste israélien Guy Davidi qu'il effectue le montage de ce film.

Fragments d'une révolution, réalisation anonyme

Le récit du film se construit autour des vidéos amateur reçues ou glanées sur Internet. La révolution iranienne de 2009 se dessine peu à peu à travers les témoignages recensés par ce collectif anonyme. L’image dans l’image vient alors représenter le réel et c’est à travers cette mise en abyme que les ressortissants iraniens partagent l’inquiétude et le paradoxe de l’exil, entre la douleur et la nécessité d’être loin.

Une jeunesse allemande, de Jean-Gabriel Périot

Jean-Gabriel Périot a mis presque dix ans à faire aboutir ce film d’archives qui relate l’histoire de la Fraction Armée Rouge (RAF), groupe d’extrême gauche auteur d’attentats dans l’Allemagne de l’Ouest des années 1970. La jeunesse est ici révoltée et agissante, le passage à l’acte mènera ces étudiants au terrorisme. Ce film pose la questions de l’engagement, des limites et des moyens à utiliser. Le travail de montage de Jean-Gabriel Périot, magistral, met à la fois en avant le rôle déterminant du choix des images et de leur agencement et les processus en marche dans cette période de l’histoire, notamment les modalités de la lutte sociale et politique dans une Allemagne sortie depuis peu de la guerre.

Kinshasa Makambo, de Dieudo Hamadi

Dieudo Hamadi vit en République Démocratique du Congo quand il décide de suivre des amis militants opposés au régime de Kabila. Caméra au poing, il filme la quête de démocratie dans cette jeune génération dont il fait partie. Le destin de ces hommes est aussi le sien, lui qui voyage de festivals en festivals pour montrer ce qui agite son pays, de l’intérieur.

Reprise, de Hervé Le Roux

L’image d’une femme criant son désarroi et sa révolte devant l’usine Wonder est devenu un grand classique du cinéma documentaire. Filmée en 1968, la scène d’anthologie sert de point de départ à l’enquête menée vingt-sept ans plus tard par Hervé Le Roux. Ce film en deux parties, restauré pour le cinquantième anniversaire des événements de 1968, brosse à partir d’entretiens et d’archives un portrait du syndicalisme et du monde ouvrier.

La Véridique Légende du sous-commandant Marcos, de Carmen Castillo et Tessa Brissac

L’armée zapatiste de libération nationale fait parler d’elle à partir des années 1980. Pourtant, même si le nom est évocateur, la réalité qu’elle incarne est souvent moins connue. Ce film permet l’immersion dans un monde habité par une soif de justice et de liberté. Nous découvrons ce qui vient donner naissance au combat d’un homme et de milliers d’autres pour une vie meilleure dans la région mexicaine du Chiapas.

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