« Oui, mais chez nous, on fabrique des fusées »

Il y de ces signes qui trompent rarement : quand Dmitri Kisseliov, se permet, il y a une vingtaine de jours, de rappeler à son public, comme ça, en passant, que la Russie est le seul pays du monde capable de « transformer les USA en cendres radioactives » grâce à son système de mise à feu automatique des missiles ballisitiques «Perimetr »,c'est que le pouvoir russe ressent le besoin d'invoquer une de ces « réponses universelles » à l'occident décadent calibrées encore au temps des Soviets. Plus qu'une vulgaire menace « faites pas les cons, on a la Bombe », on touche la corde patriotique et nostalgique : « l'URSS nous a quand même légué de belles choses, et nos know-how technologiques super-secrets qu'on va enfin révéler vont encore en faire trembler plus d'un ».

Il y de ces signes qui trompent rarement : quand Dmitri Kisseliov, se permet, il y a une vingtaine de jours, de rappeler à son public, comme ça, en passant, que la Russie est le seul pays du monde capable de « transformer les USA en cendres radioactives » grâce à son système de mise à feu automatique des missiles ballisitiques «Perimetr »,c'est que le pouvoir russe ressent le besoin d'invoquer une de ces « réponses universelles » à l'occident décadent calibrées encore au temps des Soviets. Plus qu'une vulgaire menace « faites pas les cons, on a la Bombe », on touche la corde patriotique et nostalgique : « l'URSS nous a quand même légué de belles choses, et nos know-how technologiques super-secrets qu'on va enfin révéler vont encore en faire trembler plus d'un ».

Certains en profitent pour poser la question : la Russie a-t-elle vraiment les moyens de ses ambitions nucléaires ? D'après l'analyse d'Oleg Leousenko, blogueur ukrainien, les traités mettant fin à la production de plutonium militaire empêchent la Russie, théoriquement, de renouveler la partie la plus importante et menaçante de son arsenal nucléaire : les missiles à têtes multiples basés dans les silos. D'ici 2015, l'efficacité de l'arsenal serait déjà fortement réduite, et toutes les forces stratégiques nucléaires russes pourraient être bonnes pour la casse d'ici quelques dizaines d'années.

Si, de mon côté, je n'ai pas de connaissances suffiasntes en termes de traités antinucléaires et de caractéristiques techniques des différents lanceurs russes pour pouvoir juger de la pertinence de ces allégations, je ne doute pas qu'une bonne partie des spectateurs de Kisseliov refusera l'éventualité même d'une disparition ou d'un affaiblissement de son bouclier nucléaire. Youri Vizbor, chansonnier et icône de la «chanson d'auteur» russe, avait déjà décrit, il y a 50 ans de cela, dans un style léger et humoristique, cette foi inébranlable en la suprématie de la science et du ballet soviétiques, scandée par son héros imaginaire, l'ingénieur-technologue Pétoukhov. Dans la vidéo qui suit, le morceau est interprété par le collectif « Chansons de notre siècle », que je vous avais déjà brièvement présenté dans un autre billet.

ПНВ - Рассказ технолога Петухова. © Архив авторской песни

 

Youri Vizbor : « Le récit du technologue Pétoukhov »

J'causais une fois, les gars, avec un africain,
Et puis figurez-vous voilà qu'y m'dit :
Fait trop froid en Russie pour s'mettre en slip de bain,
C'est pour cela que tout est aussi gris !

Oui mais chez nous, j'y dis, on fabrique des fusées, [1]
On barre le cours des rivières ! [2]
Et dans le domaine du ballet,
Nous devançons la Terre entière,
Nous devançons la Terre entière !

Après ça on a bu deux-trois verres de plus,
Et puis figurez-vous voilà qu'y m'dit :
On ne danse pas le twist dans les villages russes,
C'est pour cela que tout est aussi gris !

Oui mais chez nous, j'y dis, on fabrique des fusées,
On barre le cours des rivières !
Et dans le domaine du ballet,
Nous devançons la Terre entière,
Nous devançons la Terre entière !

Puis on a arrosé tout ça de vin
Et voilà qu'y me dit : mais toi, t'es qui ?
Moi, y dit, je suis un héritier africain.
« Moi, ingénieur Pétoukhov », que j'y dis.

C'est moi, j'y dis, qui fabrique les fusées,
Qui barre le cours des rivières !
Même dans le domaine du ballet,
Je suis devant la Terre entière,
Je suis devant la Terre entière !

Je suis pétri, qu'y dit, des meilleurs sentiments,
Révèle-moi votre ultime secret !
Facile, j'y dis, l'art soviétique, de notre temps,
Vaut bien plus que toutes les fusées !

Mais bon quand même, j'y dis, on fabrique des fusées,
On barre le cours des rivières !
Et dans le domaine du ballet,
Nous devançons la Terre entière,
Nous devançons la Terre entière !

(1964)

[1] J'ai choisi de traduire raketa par « fusée » parce que ça me facilitait la rime et collait mieux au ton de la chanson, mais ce terme désigne en russe aussi bien les roquettes de petit calibre que les missiles balistiques ou les fusées spatiales.

[2] Le texte original parle du Iénisseï, un fleuve de Sibérie. En 1963 commençait la construction du second barrage sur ce fleuve qui en compte trois de nos jours.

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