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Billet de blog 20 mai 2012

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Julian Assange, Ioulia Timochenko, Angela Davis, Ted Turner et le Docteur Hyder : entre dissidence et bonne volonté

Il y a des moments, comme ça, où je ne peux pas m'empêcher de faire le lien. Je sais qu'il est, au mieux, tiré par les poils des fesses, voire impertinent ou même provocateur, mais c'est plus fort que moi : quelque part dans ma tête, des neurones ont fait court-circuit et un morceau, une citation ou autre extrait se collent sur un événement. Et parfois, tout s'enchevêtre.

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Il y a des moments, comme ça, où je ne peux pas m'empêcher de faire le lien. Je sais qu'il est, au mieux, tiré par les poils des fesses, voire impertinent ou même provocateur, mais c'est plus fort que moi : quelque part dans ma tête, des neurones ont fait court-circuit et un morceau, une citation ou autre extrait se collent sur un événement. Et parfois, tout s'enchevêtre.
Ainsi, la récente nouvelle annonçant que Ioulia Timochenko arrête sa grève de la faim a été pour moi l'occasion de me repasser en boucle la chanson « Doktor Hyder » du groupe Nol'. Et, accessoirement, de finaliser la traduction qui traînait dans un coin. Le texte n'est pas particulièrement compliqué, mais sa compréhension peut nécessiter quelques indices.
Premièrement, un voyage en train, en Russie, pour ceux qui ne s'imagineraient pas bien les réalités du pays, c'est long. Les « quatre heures » mentionnées dans la chanson ne sont que le début d'un trajet qui peut facilement durer cinq ou dix fois plus longtemps. Et tout ce qu'on est à peu près sûr de trouver dans un train russe, c'est du thé, à condition que l'agent de train n'ait pas « oublié » de faire chauffer l'énorme bouilloire que l'on trouve dans chaque wagon.
Deuxièmement, si vous connaissez sans doute tous ces personnages de la résistance anti-soviétique, dissidents, prisonniers de conscience et autres refuzniks, vous risquez d'être moins bien renseigné sur ceux qui étaient, dans le miroir magique du Parti, leurs Némésis : les « gens de bonne volonté ». Certains noms vous seront familiers, quand même, ceux des commies et autres stals occidentaux : si George Marchais n'a malheureusement pas laissé d'empreinte indélébile dans l'inconscient collectif russe, Angela Davis, elle, donnera son nom à la coupe afro et inspirera une chanson de Garik Soukatchiov.
Vers la fin de l'ère soviétique, quand le régime était définitivement prêt à collaborer avec l'ennemi, on était devenu un peu moins regardant sur les titulaires : ainsi Ted Turner le Mécène – avant d'abreuver les moscovites, au début des années 90, de vieux films hollywoodiens via sa chaîne TV6 et de se taper Jane Fonda dans la foulée – sponsorisera et organisera les « Goodwill Games », conçus comme une réponse aux boycotts respectifs et successifs des J.O. de 1980 et 1984. [Pour revenir brièvement à Timochenko, notons qu'aujourd'hui, un boycott par les sportifs de l'Euro 2012 de football (organisé conjointement par la Pologne et l'Ukraine) est impensable, mais les personnalités politiques occidentales parlent quand même d'être obligés d'éviter les matchs pour ne pas se faire surprendre en train serrer la pogne au président-tortionnaire et à sa junte.]


Parmi toutes ces figures, il y en a une pour laquelle les russes ont une tendresse et une affection particulière : Charles Hyder, docteur en physique et astrophysique, spécialiste des éruptions solaires. Entre septembre '86 et mai '87, son interminable grève de la faim aux abords de la Maison Blanche fera la une des journaux télévisés soviétiques. Durant ces sept mois (qui peuvent paraître irréalistes et poussent certains à affirmer qu'il trichait), Hyder ne demande qu'une chose : le désarmement nucléaire. Ou, pour dire les choses plus simplement : la fin de la Guerre. Gorbatchev en personne lui écrit une lettre de soutien, des chercheurs ukrainiens lui décernent une médaille (notez, sur le revers, la dédicace dans un anglais approximatif, et l'orthographe « Charlse Heider », tout aussi approximative), un char qui lui est dédié participe au défilé officiel du 1er mai 1987, et un col des montagnes de l'Oural est nommé en son honneur.
Mais si les soviétiques trouvent très séduisante l'image de l'excentrique et idéaliste compteur d'étoiles, pour la presse et l'opinion publique occidentales, il n'est de toute évidence pas assez sexy. Après 217 jours d'attente infructueuse d'une prise de conscience de ses concitoyens, il cesse sa grève de la faim et décide de se présenter aux élections présidentielles, sans plus de succès. Quand il commence, dans ses discours, à aborder les problèmes écologiques en URSS, la Pravda préfère l'oublier. Restent, dans la mémoire des gens, son bonnet de ski, sa barbe, son panneau, et ce morceau du groupe Nol', donc :
Le train roulait doucement, et il faisait nuit,
Les pianistes, les conducteurs, les cheminots,
Et les agents de train, pour tromper l'ennui
Jouaient aux dominos
Et en ce dur instant,
Un heureux événement :
Le Docteur Hyder,
Le Docteur Hyder,
Le Docteur Hyder mange de nouveau !
Le train roulait depuis plus de quatre heures
Quand on a épuisé tout le pain et tout l'beurre
Marre de fumer, on voulait boire,
Dormir et manger
Mais l'actualité
Nous a fait chanter :
Le Docteur Hyder,
Le Docteur Hyder,
Le Docteur Hyder mange de nouveau !
Comment se présenter aux élections d'un comité ?
Les roues tambourinent, et toujours pas de thé !
L'agent de train s'est endormi
Et dehors il fait nuit.
Mais en ce dur instant,
Pour tous ses partisans,
Le Docteur Hyder,
Le Docteur Hyder,
Le Docteur Hyder mange de nouveau !

***

« Hé attends, mec, et Assange alors ? »
Ah, oui : juste pour dire, en passant, il paraît que Julian Assange présente maintenant une émission sur Russia Today, la télé anglophone pro-Poutine dédiée à la théorie du complot occidental. Et il paraît qu'il peut y dire ce qu'il veut. J'ai du mal à y croire, même avec beaucoup de bonne volonté.

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